Méchanceté urbaine

L’autre jour, à Bologne, en passant devant un immeuble que je connais bien, en bas de la porte d’entrée, j’ai vu ça :

porte-bologne

Sur le coup, je n’ai pas compris pourquoi on avait caché la marche sous ces chapes de cuivre. J’ai demandé à mon amie Gianna. Elle a longtemps habité dans cet immeuble et connaît les propriétaires.

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Indignée, elle m’a expliquée que cet habillage cuivré, lisse, pentu et froid est destiné à empêcher le quidam de s’asseoir.
Juste devant l’immeuble s’arrête un autobus qui mène vers l’extérieur de la ville. Là où vivent les pauvres : les étudiants qui n’ont pas les moyens de louer une chambre dans le centre,  les travailleurs, souvent précaires, la plupart « extra communautaires », comme on dit pudiquement ici.
Des gens qui ont bossé toute la journée,  qui sont fatigués et pour qui il est normal de s’asseoir sur des marches. Oui, parce que si l’Italien estampillé rechigne à laisser choir son postérieur n’importe où « l’extra communautaire », par contre, le fait volontiers.
C’est frappant lorsque l’on voyage. Hors du monde occidental, on s’assied très facilement par terre, sur les marches, sur les trottoirs, sur des murets, là où on peut. Et on attend, on se repose. Pas seulement les pauvres ou les jeunes. Tout le monde.
Donc, en fin de journée, les habitants, braves bourgeois bien-pensants propriétaires de l’immeuble  étaient fortement incommodés par la présence sur leurs marches de pauvres hères fatigués, venus d’ailleurs pour gagner leur vie en occupant des emplois dont les Italiens ne veulent plus. Il fallait parfois à la dame du troisième leur demander de se lever pour rentrer chez elle et ensuite se faufiler entre eux. Quelle horreur !

Alors ils ont fait mettre du cuivre, bien lisse.
Niqués les gueux ! Baisés les métèques !

Je suis, naïvement,  restée éberluée par tant de méchanceté. Et puis, hier,  j’ai trouvé le blog de narvic:

« Les excroissances urbaines anti-SDF se multiplient à Paris (ou ailleurs), et repoussent les démunis vers des zones encore plus inhospitalières.
Cette violence ordonnée, indifférente aux souffrances d’autrui est une réponse silencieuse et paradoxale à l’ultime précarité, en n’améliorant que la qualité de vie des parisiens dérangés par la misère de France.
En réalité, ces initiatives (collectives, privées, publiques), ne participent qu’à la dégradation des relations humaines, et au triomphe égoïste de l’individualisme.
»

« C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches. » (Victor Hugo)

33 réflexions au sujet de « Méchanceté urbaine »

  1. pas très nouveau – à Paris réfection des stations de métro avec des barres poser ses fesses ou de petits sièges coquilles pour qu’on ne puisse plus s’allonger – réfection de Pompidou et multiplication des vigileants pour ne plus avoir les groupes assis dans le hall, et un peu partout des designers embellissant les « espaces publics » pour inciter à a circulation ou au repos individuel sans avachissement

  2. Certains de ces « systèmes répulsifs anti-manants » me font penser aux saloperies qu’on pose contre les pigeons, sur certains rebords de fenêtres et autres rambardes de balcons.

    La prochaine étape, sans doute, c’est la clôture électrifiée…

    Monde de merde.

    Sinon, bon dimanche…

  3. Le 1er avril 2004 (ce n’était pas un poisson), Philippe de Jonckheere et moi avions traité du problème sur remue.net.

    J’avais fait, à l’époque, les photos dont celle d’Habitat, le magasin bien-nommé. Les pointes anti-SDF y sont toujours : ce genre d’esthétique a la vie dure !

    http://remue.net/spip.php?article228

    Ce que tu montres là, ce dispositif en cuivre (comme une provocation car il a dû coûter bonbon !) est une insulte aux passants.

    Il est vrai, comme le remarque Brigetoun, que les dispositifs empêchant les gens de s’asseoir – ou de s’étendre – se multiplient partout : bancs supprimés dans le métro (ou avec des arceaux empêchant la station… allongée), rares sièges individuels, parcs dépourvus de bancs publics comme s’il fallait « circuler » sans s’arrêter, piques et crocs disposés le long des vitrines…

    A quand des villes sans plus rien pour s’asseoir, se reposer, lire, rêver… : finalement l' »état de siège » permanent ?

  4. @AffreuxSale

    « systèmes répulsifs anti-manants », comme pour les animaux.
    Déshumaniser pour mieux réprimer…berk

    Bon dimanche à toi aussi 🙂

    @Dominique

    merci pour le lien que j’incite toustes à suivre car il est particulièrement édifiant.

    « A quand des villes sans plus rien pour s’asseoir, se reposer, lire, rêver… : finalement l’ « état de siège  » permanent ? »
    très joli, chapeau!
    même si ce n’est vraiment pas drôle!

  5. Niqués les gueux? Pas tant que ça…au prix du cuivre c’est un peu comme poser des biff’tons devant la porte…en plus les chiens vont pisser dessus…le cuivre ça s’oxyde très vite…je peux juste confirmer que les proprios de l’immeuble sont des cons.

  6. @ coucou Dom 🙂

    J’espère bien que les chiens vont pisser dessus et que les pigeons y lâcheront leurs étrons blancs et visqueux, ceux qui rongent!

    Récupérer le cuivre, pas con mais pas facile non plus, à Bologne, la nuit, patrouillent les brigades de « citoyens » qu’est ce que tu crois!

  7. Celesta a t elle vraiment rencontré ces pauvres heres fatigués pour leur demander ce qu’ils affectionnent tant dans ces territoires si inhospitaliers ? « venus faire le travail que les italiens…. » il y a des pret à penser coriaces ; autrement dit n’y a t il pas un cercle bien pervers à imposer son intolérable ???? , une effroyable machine de domination qui ne manque pas de porte voix dans le parti des niais ;

  8. @gongoro

    Oui, Céleste a maintes fois discuté avec des migrantes et des migrants et elle est en mesure d’affirmer que leur présence sur les territoires européens n’est pas due à une affection particulière pour les occidentaux mais à des nécessités vitales.
    Imaginez-vous, Gongoro, que dans certains pays il n’y a ni travail, ni nourriture, ni espoir.
    Parfois même il y a des guerres, payées ou faites, comme c’est cocasse, par des occidentaux.

    Par ailleurs Céleste n’impose rien du tout, la fréquentation de son blog n’étant pas obligatoire à tous les citoyens, contrairement, par exemple, au fait de secourir autrui lorsqu’il est en danger (agression, faim, maladie, expulsion vers des pays en guerre, placement d’enfants dans des centres de rétention, destruction des familles…etc) ne pas le faire s’assimile à de la non assistance à personne en danger.
    Qui l’eut cru, lustrucu!

    « une effroyable machine de domination qui ne manque pas de porte voix dans le parti des niais ; »

    Bigre! Enfin, Céleste dit ça mais elle n’est pas sûre d’avoir bien compris de quelle effroyable machine il s’agit…quelque monstre intime planqué dans les replis cérébraux de Gongoro, peut-être…

  9. Sale mentalité, ces excroissances… Quand je pense au temps que j’ai passé moi-même, quand j’étais étudiante, assise sur des marches d’escaliers, entre deux cours! Soit sur le campus, soit à la gare proche, en grignotant un sandwiche.

    Triste époque. À quand les barrières et murs anti-pauvres, comme dans certains quartiers de Rio. Ou entre le Mexique et les USA.

  10. 1976 Alain Souchon
    Tu verras bien qu’un beau matin fatigué
    J’irai m’asseoir sur le trottoir d’à côté
    Tu verras bien qu’il n’y aura pas que moi
    Assis par terre comme ça

    2009 on saura bien vous en empêcher.

    Depuis l’temps qu’on est sur pilote automatique
    Qu’on fait pas nos paroles et pas not’musique

  11. Et dans la plupart des magasins, disparus les bancs de l’entrée sur lesquels les vieux pouvaient souffler. Toutes ces rues sans un banc d’ailleurs! Et rien pour s’abriter.

    L’une de mes employeuses a fait un malaise à la caisse dernièrement. Tout a été remanié afin que les clients passent deux fois plus de temps dans les rayons.

    Le monde devrait ressembler aux hommes. Ce ne sont pas les hommes qui devraient s’adapter à un monde mal-pensé

  12. Ici au Mexique les autorités font du ramassage de mendiants… Gamins des rues, personnes âgées sans ressources on leur administre le même traitement, les autorités débarquent dans le centre ville, les embarquent puis les dépotent en périphérie. La misère freine le tourisme il paraît.

  13. C’est laid, moralement et physiquement. On empêchait les pigeons de se poser, maintenant ce sont les gens. De la ségrégation et de l’animalisation en marche.

  14. En effet, tout est fait pour que la population circule sans s’arrêter, ou, si elle veut s’arrêter, elle est obligée de s’asseoir à une terrasse de café. Même les « commodités » ont été supprimées des centres-villes.
    Pareil dans les centres commerciaux où il est interdit de stationner, et où tout rassemblement en bas d’un immeuble est passible de pénalisation.
    Les pouvoirs ne veulent pas que les gens se retrouvent et discutent entre eux. Seuls ceux qui ont les moyens ont droit de cité (les autres peuvent toujours regarder le foot à la télé ou se faire peur avec des faits divers atroces).
    Et c’est fort dommageable pour la société, car cela permet d’animer une ville, un quartier, dans la journée et en soirée, et aux gens de se connaître, de s’organiser, de mettre en commun des savoir-faire, de les transmettre aux plus jeunes, etc.
    L’anonymat et le repli sur soi, d’autre part, favorisent les agressions.
    Il n’y a même pas besoin de connaître les gens personnellement et nommément pour comprendre cela. Il suffit d’un cerveau et d’une conscience.
    Mais évidemment, à une époque où l’humanisme est persiflé, où les pacifistes sont ridiculisés et où la morgue et la bêtise triomphent jusque dans les plus hautes sphères, pas besoin de ces deux choses-là.
    Une bonne dose de cynisme et d’ego surdimensionné font tout à fait l’affaire.

  15. L’urbanisme des grandes villes, en général est pensé comme quelque chose qui exclut. Grandes rues, boulevards aux façades froides, digicodes. Et les place, les square à verdure réglementaire, ils manquent de chaleur.

    Les seuls lieux chauds, ça rreste le chez-soi (et l’entre soi) et les grandes surfaces commerciales.

  16. Le « mobilier urbain » est désormais systématiquement étudié pour être un « repoussoir de clodos et errants ». Dans les gares, jardins publics, abribus…, les bancs sont coupés d’accoudoirs pour ne pas laisser la place de s’y allonger. Ailleurs, métro, on met des sièges individuels moulés, impossible de s’asseoir en travers. Ailleurs, des bancs « planches inclinées », on peut s’y caler les fesses en appui sur les jambes, mais on ne peut pas y rester bien longtemps, et si on tente de s’y allonger, on glisse. On ne tente même pas, d’ailleurs. J’ai découvert récemment que dans de nombreux endroits (renfoncements, jardins intérieurs, le long de vitrines…) on intègre de gros galets ronds qui dépassent dans le béton ou le bitume. Je croyais y voir un but purement décoratif. Le but réel est : impossible de s’allonger sur ces trucs. À chaque fois que tu vois un coin avec de jolis galets ronds cimentés, c’est pas de la déco, c’est du chasse-pauvre… Les mêmes en version plus petite qui fait bien mal au cul sur les murets et autres espaces où l’on ne veut pas que le pauvre pose trop longtemps ses fesses. Rendre inconfortable est un art nouveau.
    On se demande où « on » voudrait les chasser d’ailleurs, puisqu’ils ne peuvent pas tout simplement disparaître du paysage, ce qui en arrangerait pourtant tellement certains.
    On a inventé un produit puant et gerbant joliment nommé « Malodor » (cf. Google…) pour rendre trop puants les coins les plus reculés pour qu’un quelconque clodo envisage d’y rester une seconde…
    Et pour chasser les d’jeunz, il y a les « Mosquitos » qui déversent leurs décibels d’ultra-sons agressifs aux oreilles adolescentes et imperceptibles aux typans épaissis plus âgés…

    Chouette monde.

  17. Plein de choses intéressantes, merci de vos contributions

    « Sale mentalité » et triste époque, comme le souligne Irène et j’ajoute que le futur ne me parait pas radieux!

    Un monde fait pour les riches, comme le dit Maëlle et qui « ne ressemble pas aux hommes » (Valérie)

    Un monde laid (Sophie), basé sur la « ségrégation », « l’animalisation », déshumaniser pour mieux soumettre.

    règner sur une société de consommateurs, qui déambulent dans des espaces commerciaux (Eric).

    S’asseoir par terre (ceriselibertaire) sur les trottoirs et les places , jolie citation de Souchon, on aimerait croire que c’est encore possible.

    « Mais évidemment, à une époque où l’humanisme est persiflé, où les pacifistes sont ridiculisés et où la morgue et la bêtise triomphent jusque dans les plus hautes sphères, pas besoin de ces deux choses-là. »
    Bien d’accord avec emcee…
    C’est vrai, et c’est un phénomène relativement nouveau: l’humanisme tourné en ridicule pour affaiblir les idées et rallier les crétins suiveurs

    Mal barrés, on est!

    N’est-ce pas, Swâmi?

  18. Pas nouveau certes, mais tellement triste…
    Je croyais que c’était pour empêcher les sdf de dormir la nuit.

    Et en plus c’est moche !

  19. @bonsoir Agathe

    méchanceté ambiante, de plus en plus.
    les nuages s’amoncèlent, sale époque!

    @Bonsoir Fauvette
    à mon avis c’est double emploi, anti assise et anti clodos

    et pour être moche, c’est moche!

  20. Je sais que y et’ un pays dans le Nord de l’Italie, où un raciste politique parti commande, la Ligue Nord, où cet an à Noël, chaque agent de la police municipale recevra
    une récompense de 500 euro pour chaque clandestin dénoncé. Je suis indigné pour
    ce qui est en train d’arriver dans mon pays, l’ Italie, à moi il semble d’être revenu dans la période historique des lois raciales de Mussolini.

    Un salut de l’Italie.

  21. @merci pour le lien aglio e cipolla

    très intéressant

    et merci beaucoup à @Cesare pour ce commentaire

    Ce que tu racontes est monstrueux et malheureusement peu étonnant. La ligue nord affiche sa xénophobie avec un cynisme écœurant.
    Tu as raison, l’hideux fantôme de Mussolini s’est réveillé.

  22. Hi, I’m an italian guy. I found this blog post very interesting, even if I can’t understand every single word in French.
    I’ll come back to read you blog early and I will try to translate as much as I can from your writings. Goodbye!

  23. « Imaginez-vous, Gongoro, que dans certains pays il n’y a ni travail, ni nourriture, ni espoir. »
    et ceux qui peuvent se tirer se sauvent avec le futur de ceux qui restent – et ne se sauveraient ils pas avec le pain qu’ils leurs retirent de la bouche , en échange d’un faible espoir de faire pareil un jour ? ! je ne vois pas le sens moral

  24. en issrael ils construisent un nouveau mur côté Egypte et çà va couter bonbon! alors vos pauvres croyez moi l’élite s’en CONTREFICHE!.
    triste et tragique; obscène!
    pour changer radicalemebt de sujet, savez-vous que ces très chers italiens ont interdit le cruiser depuis 2008? savez-vous que les abeilles revivent?
    savez-vous que les firmes chimiques ont porté plainte contre l’état italien?
    mais non§ je croyais que l(italie grouillait de mafieux,
    moi, et c tout!
    bon ce ne sont que des abeilles! pas important. le mieux c de déblatérer dessus, sans prendre AUCUNE décision, ou comme le font ces frenchies si supérieurs à tout le monde: reconduire l’autorisation ddu cruiser! elle pas belle la vie des experts de l’Affssa?

  25. ya plus de religo, religare relier, et basta, à présent le seul valeur c LA MARCHANDISE, et pouvez y aller de vos commentaires indignés; c’est pas nouveau les centres commerciaux ont envahi la France et lorgnent sur l’italie aussi d’ailleurs ou il reste me semblet-il un peu de petits commerces. ca fait 20 ans que les sonnettes sont tirées, ensuite je répète que trop d’immigartion n’est pas bonne pour les pays çà les déstabilise et que c un réflexe sain que de dire à un moment : STOP! ATENTION, une fois avoir dit çà je ne veux EN AUCUNE FACON faire du MAL à ces pauvres gens; mais que les chefs, les responsables, les « appelez-çà comme vous le voulez » fassent en sorte que poussés au cul par nous ils trouvent des solutions décentes à la vie et que ces gens ne soient pas obligés de quiettr leur pays pour SURVIVRE! çà vous plairez à vous natis? moi non, je n’en ai aucune envie; et attention je ne parle pas d’un séjour linguistique, soyons clair!

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