3. Retrouvailles

Speed Trust, Gandhi Nagar, Chennai

11h

L’entretien terminé, bouclé, filmé et le café bu, Albert nous montre la crèche où jouent d’adorables bébés et la bibliothèque, impeccable, bien organisée et nantie d’ordinateurs.

Puis il nous emmène visiter l’atelier couture. Cris de joie lorsque nous entrons, quelques couturières ont reconnu Olivier.

Elles le serrent affectueusement dans leurs bras.
Les effusions sont rares dans la société indienne et particulièrement entre individus de sexe différent et sans lien de parenté. Mais dans ces embrassades-là, naturelles, joyeuses, sincères, on sent le plaisir des retrouvailles, le réveil d’une complicité ancienne.
Il est vrai aussi que les femmes des milieux les plus humbles ne peuvent pas se permettre le luxe d’être maniérées. La minauderie sied aux riches, elle accompagne l’oisiveté. Il en va de même pour les principes et les tabous. Lorsque la vie consiste en un perpétuel combat pour survivre, les relations entre les sexes sont beaucoup plus directes. Les femmes des slums, qui souvent travaillent sur les chantiers avec les hommes, jouissent d’une liberté que leurs sœurs des classes moyennes et supérieures, bien souvent, n’ont pas.
Pour elles, travailler n’est pas un choix, c’est une obligation, surtout quand les hommes abandonnent les foyers ou sont trop ivres pour pouvoir en sortir. Alors elles relèvent la tête, se battent pour nourrir leurs familles, oublient la peur et certains principes. Même si la ferveur religieuse est vive, certains obscurs préceptes ne résistent pas à la faim.

Pendant qu’Olivier papote avec ses copines, Fabio filme, je prends des photos et j’échange des sourires.

Une des jeunes femmes est enceinte. Une autre a apporté son bébé de deux mois. C’est une fille. Elle dort dans une niche du mur.

L’ambiance dans l’atelier empli d’étoffes aux couleurs chatoyantes, est chaleureuse. Les femmes plaisantent entre elles, rient.

Plus loin dans la rue, d’autres tressent des paniers, assises au milieu des fils en plastique colorés. Ici aussi, l’arrivée d’Olivier déclenche des vivats et à nouveau de joyeuses embrassades.
La doyenne du groupe est aveugle. C’est elle qui enseigne aux autres.

Les sacs sont particulièrement jolis. Il y en a de deux types. Ceux en plastiques tressés et d’autres, genre panier, fabriqués avec des morceaux d’affiches plastifiés. Superbe ! Évidemment  j’en achète un, plus deux spectaculaires tabliers de cuisine, eux aussi en papier d’affiche.

Les visites sont terminées. Nous mettons d’accord avec Albert pour la suite des opérations.
Nous désirons filmer les conductrices en action, faisant visiter la ville à des touristes. Et les touristes, ça tombe bien, nous les avons : Romain et Elodie, mon fils et sa compagne. Ils ont posé hier soir et pour la première fois de leur vie, le pied en Inde et acceptent volontiers de participer à l’aventure.

Nous tournerons avec 3 auto-rickshaws : un pour nos touristes, un pour le caméraman (Fabio) et sa collaboratrice préférée (moi) et un autre pour Olivier et Albert qui sera lui aussi de la partie.
Après avoir déterminé un parcours nous fixons rendez-vous, cet après-midi à 15h, à notre hôtel habituel, le célèbre et très indien New Wooland.

A suivre

5 réflexions au sujet de « 3. Retrouvailles »

  1. Oh, quelle frustration! Vite, la suite! 😉

    Tu pourras (ou Fabio) nous mettre une carte sur les billets pour qu’on (que je) puisse suivre votre périple ? Ce serait sympa pour les handicapés de la géo comme moi.

    Bon, alors, les rickshaws, ça vient? 😀

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