Aéroport de Dubaï : silhouettes, regards et sourires

Minuit, dans le ciel qui surplombe Dubaï notre avion se met en file pour atterrir, devant nous deux  appareils, derrière nous, trois autres. Une fois au sol, pendant une dizaine de minutes, il parcourt les pistes, longeant d’innombrables Boeing et Airbus au repos. Puis nous empruntons un bus. Encore quinze minutes de trajet avant d’arriver à l’aéroport.
Enorme, scintillant il est le symbole de l’éclatante richesse de Dubaï, oasis de luxe au milieu du désert.

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Soutenues par des montants de ciment et de fer, ses monumentales parois vitrées piquées de petites lumières rouges semblent s’élever jusqu’au ciel.

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Je suis sonnée. Comme je déteste prendre l’avion, c’est-à-dire que je suis terrorisée, j’ai ingurgité une copieuse quantité d’une substance médicinale destinée à amadouer ma stupide et irrépressible angoisse.
Résultat, je navigue dans un univers parallèle, ouaté et distordu. Alors que certains éléments du lieu qui m’entourent échappent totalement à ma conscience embrumée d’autres s’impriment vivement dans ma mémoire.

De ces quelques heures passées à l’aéroport de Dubaï, il me restera le souvenir de visages, de silhouettes observées, de regards croisés, de sourires échangés.

Je me souviendrai de cette jeune femme pressée. Vêtue d’un pantalon et d’un tee-shirt, ses longs cheveux bruns répandus dans son dos, elle fend la foule d’un pas rapide, une abaya noire détachée flottant sur ses épaules. Elle serre un bébé dans ses bras. Je suis trop loin pour déchiffrer l’expression de son visage mais je devine sa hâte, sa détermination.
Est-elle seulement en retard pour prendre un avion ou fuit-elle une situation insupportable ?
Et pourquoi a-t-elle seulement enfilé l’abaya ?
Par défi ? Négligence ? Manque de temps ?
Je la regarde se fondre dans la masse colorée des voyageurs, le long tissu noir sinuant au rythme de ses pas.

Elle par contre est complètement ensevelie sous des mètres d’étoffe. Des lunettes sombres masquent ses yeux. D’une main gantée elle agrippe le poignet de son époux qui, lui, porte un bébé , de l’autre elle tient la menotte d’une fillette souriante vêtue d’une courte robe rose. Le contraste entre la mère et la fille est saisissant. J’en ai la chair de poule.
Comment protéger les fillettes de cette étrange folie, personnelle ou d’autrui, qui les contraint à se dissimuler sous d’épais voiles, les isole, les enferme ?
La possible loi d’interdiction française n’est pas la solution, j’en suis convaincue. Elle ne ferait que couper encore plus du monde ces femmes sans visage.

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Dans l’unique et minuscule smoking room de l’aéroport, l’air est irrespirable. La fumée, palpable, envahit l’espace, s’étire entre les fumeurs, pique les yeux et la gorge. Les éphémères occupants de la cage vitrée échangent des regards à la fois consternés et amusés. Peu importe l’atmosphère, on fume quand même.
Une jeune femme s’assied à côté de moi. Elle a de courts cheveux noirs et lisses, des yeux en amande. Elle me sourit et nous échangeons quelques mots en français. Je ne saurais dire de quelle nationalité elle est. J’écrase ma cigarette avant de m’échapper de la salle.
Un dernier sourire, un signe de la main.
« Bon voyage ! »

Plus loin des Indonésiennes patientent, sagement alignées devant un bureau d’embarquement. Elles portent des chemisettes et des jeans fatigués. De ternes foulards cachent les chevelures et les cous. Les visages sont graves, tristes. Elles partent pour le Qatar où elles seront femmes de ménage, bonnes à tout faire, ombres dociles. Elles ont laissé sur leurs îles des enfants, des maris, des fiancés, des parents. Elles devront attendre des mois, peut-être des années avant de retrouver ceux qu’elles aiment. Elles n’ont pas le choix. Pour échapper à la misère elles doivent s’exiler, travailler dur, courber le dos, obéir.
Les hommes sont à la fin du rang. Ils sont jeunes et semblent plus joyeux que les femmes, ils parlent entre eux, plaisantent, pourtant leur sort n’est guère enviable, de durs travaux les attendent.

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La jeune caissière qui contrôle ma carte d’embarquement afin que je puisse payer nos cartouches de cigarettes et la bouteille de vodka de nos futures soirées kéralaises me demande où je vais.
« In India ! »
Elle sourit.
Comme la plupart des employés de l’aéroport elle est indienne. Elle a appris à bien parler anglais afin de pouvoir travailler dans un des pays du golfe. Des milliers d’Indiens font de même. Les plus diplômés ou les plus chanceux accumulent rapidement des sommes suffisantes pour pouvoir retourner sur leurs terres, y construire des maisons ornées de colonnades et de marbre blanc, permettre à leurs enfants de fréquenter les meilleures écoles privées. Pour les autres l’exil se prolonge, parfois, il dure toute une vie.

Trois heures, nous quittons l’aéroport de Dubaï, ses ors, ses luminaires en cristal, ses horloges Rolex, ses boutiques luxueuses, ses passagers, riches et pauvres, ceux qui voyagent pour leur plaisir et ceux qui le font par nécessité.
Tous nos compagnons d’avion sont des immigrés indiens; seuls ou en famille, ils vont passer un mois de vacances au pays. Ils sont joyeux, détendus.

Je me ressers une rasade de gouttes. Dans quelques heures, nous serons à Trivandrum…enfin !

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Au sujet de Dubaï

26 réflexions sur « Aéroport de Dubaï : silhouettes, regards et sourires »

  1. @pescade

    le programme?
    deux mois en Inde. Dans le sud du Kerala pour nous occuper de la « casa delle mamme », la maison où nous hébergeons des mères, veuves ou abandonnées, avec leurs enfants, puis chez nos amis, deux mariages en perspectives, au Tamil Nadu aussi et peut-être ailleurs, là où nos désirs nous porterons 🙂

  2. Tu as pris Emirates ! Pas mal comme compagnie.
    Profites de tes 2 mois, ça va être bien bon. Et puis… on est censé se rencontrer à un moment ou à un autre là-bas… !

  3. @coucou zolive 🙂

    Oui, j’aime beaucoup Emirates, comme toujours le voyage a été parfait 🙂

    « Et puis… on est censé se rencontrer à un moment ou à un autre là-bas… ! »

    J’y compte bien, c’est prévu même si je ne sais pas encore quand.
    Je te préviens dès que j’en sais plus.

    Je suis ravie d’être enfin de retour en Inde 🙂

  4. Bonjour Céleste,

    Italien d’origine, vivant en Suisse depuis toujours, je reste passionné par l’Italie. Particulièrement friand des dernières Berlusconneries (povera Italia), je me rends très régulièrement sur le blog de Aglio e Cipolla. C’est là, un peu par hasard, que j’ai cliqué sur le lien menant à votre site. Quelle découverte !

    Depuis, plus moyen de le quitter. Je me délecte de votre prose, de votre vision du monde et de ses locataires.

    Grazie !

    Aldo

  5. @grazie a te, Aldo 🙂

    Povera Italia, vraiment!

    De là ou je suis, l’Italie, comme la France, semblent si petites, insignifiantes au regard du géant indien, tristes aussi, vieilles, immobiles, incapables de s’adapter aux changements du monde.

  6. Moi je t’ai connue par « la fille sur le pont [dicherry] » qui a parlé de toi quand elle a arrêté son blog.
    Et j’ai adoré, j’adore !

  7. @ Celeste
    Mon grand-père était un doux ……;-)
    Alors je vais moi aussi suivre ton regard.

    Dis leurs…Ho !…. dis leurs…ce que tu sais si bien écrire.

    Désolé pour mon humour 😉
    Et Bon Voyage

  8. J’avais moi aussi l’habitude de faire une tres courte escale par Dubai pour aller en Inde… Cette fois, je m’y suis arrete ! Comme ca, je suis a mi-chemin de l’Inde et de la France 🙂

    Bon voyage en Inde !

  9. Salut Céleste, et bonnes vacances !

    Tes billets d’Inde, je m’en régale d’avance.

    PS : j’ai trouvé un truc infaillible pour l’avion : je le prends plus 😉

  10. Dubaï m’a toujours fait un drôle d’effet: ville de touristes et de travailleurs immigrés, plate avec quelques constructions dressées vers le ciel, comme à Brasilia. Manque une dimension humaine, une âme sans doute …

  11. @amarula
    Oui, mais à côté de cela, les gens sont ADORABLEs. C’est impressionnant. Toutes ces mixités du monde, et un vrai service à l’anglosaxonne.
    Sinon, c’est réellement une ville d’esclavage : niveau de vie comparable à la france pour les prix, mais les riches qu’on imagine même pas tellement que, et ceux qui gagne 150 € par mois, oui par mois.

  12. Dubaï, paradis de milliardaires… Dommage que tu n’y sois pas restée jusqu’à ce que l’on ouvre le Louvre II et la Sorbonne bis !

    Mais l’Inde est sans doute plus naturelle : bonnes vacances, belles photos !

  13. @merci à toustes 🙂

    @zolive
    non, ce n’est pas l’Inde derrière un écran, mais c’est la mousson…ça laisse du temps libre pour écrire
    j’aimais beaucoup le blog de la fille sur le pont

    @Jean-Paul
    « Mon grand-père était un doux ……;-) »
    mythique 🙂

    @Djoh
    Salut!
    Tu vis à Dubaï?
    La prochaine fois nous pensons y faire halte quelques jours, par curiosité

    @patrick 🙂
    je ne peux pas me résoudre à ne pas voyager loin, le monde est si grand, si beau, si varié.

    @coucou Amarula 🙂
    Quel plaisir de te lire…toujours sous les alizés?

    @zolive
    oui, beaucoup de travailleurs surexploités à Dubaï, l’apogée du capitalisme peut-être.
    J’aime bien ce que tu écris sur la ville.

    @Dominique
    L’Inde est superbe, je ne m’en lasse pas 🙂

    Baci à toustes

  14. franchement je vois pas pourquoi vous vous permettez de critiquer une femme en voile integral…Dans son propre pays en plus…Cest quoi le rapport avec votre voyage ? Que savez vous de la vie de cette femme? Arretez de penser que ce sont de pauvres femmes sous des voiles epais , cest vraiment ne rien comprendre et ne pas chercher a comprendre non plus. Que vous critiquiez chez vous encore…(je dit bien encore hein!) mais la cest a dubai cest un pays musulman … Vous etes la pour visiter et si les autochtones ne vous plaisent pas pourquoi venir? Arretez donc de « fantasmer » sur ces femmes , elles sont comme tous le monde elle se voilent seulement par foi et devant les hommes…Vous l’auriez croisé sans son voile dans les toilette pour dame vous l’auriez trouvez charmante!

    Bref… Je comprend rien

  15. @une femme

    mais non, je ne critique pas cette femme, j’exprime simplement ce que j’ai ressenti en la voyant.
    Ce n’est pas un jugement.

    Vous savez, c’est drôle. Comme je suis opposée à la création d’une loi française interdisant le port de la burqua dans les lieux publics, on m’a copieusement insultée, vilipendée, sur ce blog et sur un autre.
    On me traite d’islamogauchiste!

    Et vous, vous venez me faire la morale!

    Rigolo 🙂

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