Cocaina

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dessin de Nole

A la recherche perpétuelle de  » la sensation physique de bonheur  » qu’il a connue lors de sa première prise de poudre blanche, Vadim héros du « Roman avec cocaïne » de M.Aguéev, se laisse prendre dans les dédales de la dépendance, de la déchéance.
L’illusion de bien être, l’euphorie, la facilité que procure la cocaïne ont fait de cette substance un élément illicite mais très présent dans la société contemporaine.
Et dans des proportions bien supérieures à ce que j’imaginais.

A Milan, 120 000 doses de cocaïne sont consommées chaque jour, et 240 000, durant le weekend.
La consommation est telle que l’eau du Pô en est souillée.

La Rai 3 a diffusé en Décembre un documentaire choc, Cocaina, réalisé par Roberto Burchielli et Mauro Parissone « un défi qui montre des choses qui sont sous les yeux de tous mais que personne ne voit ».
« Nous voulons raconter les macrophénomènes sociaux, les conflits, les thèmes sur lesquels les gens s’interrogent, pour que les Italiens puissent se voir dans un miroir »

Ce miroir, Gasparri, d’Alliance Nationale, ex ministre, n’en voulait pas, qui a tout fait pour tenter d’interdire la diffusion du reportage sur les ondes.

Sale reflet en effet !

Car loin de se cantonner dans les cercles de la frivolité, du luxe, de la mode ou des soirées pour désœuvrés friqués, la cocaïne s’est répandue (comme une trainée poudre) dans toutes les couches de la société italienne, elle est la drogue de tous.

Suivant un policier spécialisé dans les stupéfiants, les réalisateurs nous font peu à peu pénétrer dans des strates successives, de plus en plus sordides, et dont les dernières portent les marques d’un désespoir insoutenable.
De Milan, des rues et des places où la poudre passe de mains en mains pour finir aspirée par les narines désireuses de rompre l’ennui de vies sans passion, aux villages de la région de Brescia, là où à l’aube les journaliers attendent l’arrivée d’un éventuel employeur qui les emportera en camionnette sur un chantier, la caméra suit la trace de la cocaïne.
Mis en confiance par une (probablement) longue préparation, les consommateurs de la poudre qui distille un trompeur et éphémère bien être, racontent, se racontent.

La cocaïne est partout, c’est une véritable invasion.
Le barman en consomme pour pouvoir faire des heures supplémentaires, la caissière parce qu’elle a besoin de travailler le weekend entier pour faire vivre sa famille, l’étudiant pour passer un examen, le maçon pour travailler douze heures d’affilée.
Comme celui que nous suivons, euphorique et plein d’énergie après la prise, qui rit et chantonne, qui travaille obstinément durant des heures et qui à la pause déjeuner se remplit à nouveau les narines avant de se remettre à l’ouvrage.
Deux jours sans dormir avant que n’arrivent la fatigue, la solitude, la lucidité, le désespoir.

La cocaïne est la drogue de la rapidité, elle donne l’illusion de se sentir plus vivant et plus heureux (ou plutôt moins malheureux), elle permet de travailler plus, d’avoir un meilleur rendement.
Elle annihile toute révolte contre le système, toute velléité de fuite.
Elle maintient en esclavage, implacablement.

Aucune rébellion ne naîtra jamais de ceux qui chaque jour consacrent une partie de leurs revenus à l’achat de la substance qui les enchaine encore plus à leur travail, à leurs employeurs.

Voilà donc la nouvelle arme d’asservissement des peuples, encore plus sournoise, encore plus sordide, ourdie par les maffias tacitement alliées aux pouvoirs économiques et politiques (car comment imaginer qu’une telle diffusion soit inconnue des services publics).

Si vous n’avez pas de cocaïne, prenez donc des médicaments, les industries pharmaceutiques s’en lèchent les babines des dépressions, des stress, des insomnies.

« Mon rêve, dit ce jeune journalier appuyé au mur dans l’attente d’un employeur, c’est d’avoir une maison à moi, avec un jardin, une famille, mais je sais que quoi que je fasse, je ne l’aurais jamais, alors autant sniffer… »

Et beaucoup, faute de connaître le bonheur, se contentèrent alors de son succédané, une éphémère sensation physique.
Le capital s’étira d’aise, sa mainmise sur le monde pouvait perdurer.

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