Tentacule mafieux, incident non anodin

Jeudi dernier Martina, une camarade de classe de ma fille, est arrivée en retard au lycée.
Au volant de sa voiture et mal réveillée elle n’avait pas cédé le passage à un gros véhicule flambant neuf, un de ces 4×4 dévoreur d’énergie qui encombrent les rues des villes. Ignorant les gesticulations du conducteur elle avait continué tranquillement sa route. Hélas, quelques mètres plus loin, bloquée par un feu rouge intempestif, elle avait vu le véhicule s’immobiliser à ses côtés et le conducteur, un costaud mal rasé se précipiter vers elle la mine menaçante.
A peine avait-elle eu le temps de réaliser ce qui se passait que le malabar en furie avait déjà cassé un phare et cabossé le capot d’un pied impétueux. Suite à quoi, tout en continuant à marteler du poing la carrosserie, il avait hurlé à son intention une bordée d’injures, avant de grimper dans son 4×4, de claquer la porte et de démarrer en trombe.
Effrayée, abasourdie mais lucide Martina avait eu le réflexe immédiat de noter le numéro d’immatriculation de la voiture. Suite à quoi elle s’était rendue illico presto chez les carabiniers pour porter plainte.
Sûre de son bon droit, comme de juste.

Le lendemain un appel de la caserne lui a demandé de bien vouloir passer dans l’après-midi car on voulait s’entretenir avec elle au sujet de l’incident.
Et là, éberluée, elle a entendu un carabinier, un peu mal à l’aise quand même, lui expliquer très sérieusement que les recherches sur l’identité du propriétaire de la voiture avait abouti et que, il en était vraiment désolé, celle-ci appartenant à un mafioso connu et redoutable, il lui conseillait, vivement, de retirer sa plainte, car non seulement on ne pouvait pas y donner suite mais que de surcroît il valait mieux de pas attirer une seconde fois sur elle l’attention de ce personnage.

Cet incident non anodin s’est passé il y a quelques jours à Bologne, une ville qui jusqu’à présent avait la réputation d’être « propre ».

La mafia étend désormais impunément ses tentacules sur tout le territoire italien.
Plus précisément il s’agit de la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise qui est actuellement en train de surpasser la Cosa Nostra (mafia sicilienne) et la Camorra (mafia napolitaine) dans le sordide domaine de la criminalité organisée.

« La vérité est que l’on connaît très mal la ‘Ndrangheta. Des trois grandes sociétés criminelles du Sud de l’Italie, elle est la seule qui confonde délibérément la famille biologique et la famille criminelle. Pas « d’étrangers » dans le clan, ce qui rend ce dernier quasiment impénétrable pour qui vient de l’extérieur. Une organisation décentralisée, sans véritable organe décisionnaire central, dont les clans sont par ailleurs très soudés : Il n’y a jamais eu de repentis célèbres au sein de la ‘Ndrangheta, contrairement à ce qui se passe pour la Mafia et la Camorra », écrit Xavier Raufer, spécialiste de la mafia.

La ‘Ndrangheta que Xavier Raufer définit comme « très cruelle et très sauvage », s’est longtemps spécialisée dans les enlèvements avant d’étendre d’abord ses activités aux trafics de cigarettes, de véhicules volés, de métaux recyclés et de cocaïne, détenant « un quasi monopole du trafic transcontinental de cocaïne et ayant même des ambassadeurs en Colombie. »
Avec ses 112 clans disséminés en Calabre, soit environ 7000 affiliés (on estime qu’un habitant de la région sur 345 fait partie d’un clan, et que 27 % de la population est plus ou moins complice) et réalisant un chiffre d’affaires de 35 milliards d’euros, alors que le PIB régional de l’économie licite n’est que de 29 milliards d’euros la ‘Ndrangheta est devenue une véritable et incontournable puissance.
Forte de quoi elle se livre aujourd’hui sans retenue au racket d’entreprise, taxant les entrepreneurs jusqu’à la faillite et à la captation des fonds publics, particulièrement la subvention européennes pour l’agriculture.
« En Calabre, la collusion entre monde politique et ’Ndrangheta est la règle, affirme le magistrat calabrais Vincenzo Macri. La région a échappé au contrôle de l’Etat. Les mafieux sont partout : depuis les guetteurs qui surveillent les champs jusqu’aux administrateurs qui gèrent les appels publics. »
Au cours des dernières années, trente-cinq Conseils communaux ont été dissous pour « infiltrations mafieuses ».
En cas de non coopération la ’Ndrangheta tue sans état d’âme pour se débarrasser des récalcitrants ou des gêneurs et terroriser ceux qui, dans les institutions, refusent de collaborer avec elle.
A la suite de l’émigration massive des calabrais, due à la pauvreté, au cours des années 70 et 80, des cellules mafieuses se sont progressivement implantées en Italie du nord, puis dans d’autres pays, notamment l’Allemagne et le sud de la France.

Bref, la racaille, la vraie, celle qui va à l’église le dimanche et assassine les pères devant leurs enfants, pour l’exemple.
Le pouvoir mâle dans toute son horreur, toute sa perversion qui revendique en les détournant deux concepts d’un autre temps « héroïsme et vertu ». (’Ndrangheta en grec)

Au fur à mesure que la pieuvre étend ses tentacules la démocratie recule. Coincée par une église plus envahissante que jamais, gangrénée par la mafia, exploitée par les possédants, trahie par les gouvernements successifs, la société italienne étouffe, courbe l’échine, et souffre.

L’histoire de Martina, qui a retiré sa plainte, est un des multiples signes du disfonctionnement de l’Italie, un pays en déperdition que seul un électrochoc politique, malheureusement peu probable, pourrait remettre à flots.

37 réflexions sur « Tentacule mafieux, incident non anodin »

  1. On a toujours l’impression que la mafia est un concept, voire un concept surfait, que c’est juste un sujet de (souvent mauvais) livres, films, etc.

    Mais on oublie que la mafia, c’est un système qui prétendent mettre sous le boisseau la vie des gens, la vie des habitants.

    L’histoire de Martina, elle est choquante, exemplaire, parce que, finalement, Martina, ça pourrait être n’importe qui. Et la réaction des carabinieri, ou plutôt « l’impossibilité » de réaction donne des frissons. En Europe aussi, il y a la caste des intouchables…

  2. oui, c’est effrayant!

    pas étonnant après que les contrôleurs d’autobus abusent de leur pouvoir (supposé).

    comme le souligne Bruno, de loin, on minimise la mafia.
    de près c’est une horreur, une gangrène qui pourrit et tue.

  3. Celeste, ta description est apocaliptique mais véridique…
    En Corse où le système mafieux sévit moins durement que ta description, certaines entreprises doivent inclure dans leurs marges, sous peine de tomber en faillite, le coût fort élevé de la « protection imposée ».

    Du coup, c’est évidemment le consommateur qui paye ces taxes illicites supplémentaires.

    Si vous refusez de payer, un « malencontreux » incendie se déclare rapidement. Avec la police, il est possible de remédier à cet état de fait, mais si la corruption est généralisée, je suis bien placé pour savoir qu’il n’y a hélas rien à faire…

    Ton blog et tes textes sont formidable, Céleste, je les lis souvent mais c’est la première fois que j’interviens…

  4. et de loin on va même jusqu’à la poétiser. Alors que ce sont des ..zut je ne trouve pas le mot. Mais ça remonte judqu’à Bologne.
    Je me mets à la place de cette jeune femme, l’humiliation de l’impuissance devant un crétin puissant et cruel

  5. Il y a 8 ans, mon fils s’est fait renverser par une moto en Italie.. Il avait 12 ans..4 mois de fauteuil roulant, des souffrances terribles.. Le motard était en tort..on n’a pas pu porter plainte à cause des menaces proférées.. il a même pu produire un constat des carabiniers…qui n’étaient pas venus lors de l’accident! La mafia est partout là bas, et mon grand regret est de m’être sentie impuissante, même face à ces petits chefs mafieux de village..parce que village ou pas, ils mettent leurs menaces à éxécution. Le grand souci est que toutes les administrations sont gangrenées par la mafia. on a vraiment l’impression d’un problème insoluble. Victoire de la violence..

  6. @merci cui cui
    oui, c’est le consommateur qui finalement paye le prix fort.
    dans le sud de l’Italie (en Calabre), tout est bloqué, pas d’emploi, une pouvoir d’achat au plus bas

    @brigetoun
    poétiser, c’est bien le mot.
    cette image du voyou, du mafioso au cœur tendre…
    grave erreur, rien à voir avec Robin des bois, mais la cruauté, la violence.
    des structures prêtes pour épauler les pires fascismes

  7. @cerisette
    merci de ce témoignage bouleversant
    je comprends très bien votre détresse, ce sentiment terrible, insupportable, d’impuissance.
    ils sont réellement dangereux, très dangereux.
    une gangrène, comme vous l’écrivez, la victoire de la violence.

  8. Là je suis complètement scié, les bras m’en tombent !
    Je croyais ce genre de scène révolue, ou bonne à meubler le scénario du remake d’un vieux film avec Brando et Pacino… Ou alors dans les ruines de l’empire soviétique. Mais pas en Italie, cette grande démocratie européenne !

    On a du mal à imaginer ça en France, sauf peut-être en Corse… La seule personne à éviter en cas d’accrochage, c’est le fils Sarkozy, mais je doute qu’il use des même procédés…

  9. @ SuperNo : moi je n’ai aucun mal à imaginer çà en France, dès lors que le Président dit (je suis polie) à l’un de ses compatriote « casses-toi pauv’con ».
    C’est assez ancien comme principe, cela s’appelle quelque chose comme « la loi du plus fort ».
    Céleste, excusez-moi d’avoir abusé de votre espace.
    Shukria.

  10. La N’dranghetta est chantée entre autres par Franco Caruso (Il canto di malavita)

    Je vous préviens : c’est beau, mais ça glace le sang.

    « On a du mal à imaginer ça en France, sauf peut-être en Corse… »

    Mmm… allez sur corsicaregina.net, et cherchez la note où mon ami G-X Culioli parle du voyage de son jeune fils à Paris.

  11. @PMB
    Je suppose que vous voulez dire par là que mon opinion sur la Corse est un travers – que par ailleurs je dénonce très souvent !- qui consiste à énoncer une idées reçue conforme à ce qu’en dit TF1, qui ne parle que des truands et pas des habitants anonymes; des villas qui explosent et pas de celles qui n’explosent pas… J’en conviens, je ne connais pas la Corse, et vous avez certainement raison : c’est simplement ce qui me vient à l’esprit quand on parle de mafia en France.

    L’histoire du fils de votre ami est intéressante à lire, mais reconnaissez qu’elle témoigne surtout d’une sorte de paranoïa de la part de ce gamin. Paris est une grande ville, et parmi les millions de personnes qui vivent et y transitent il y a forcément un contingent de paumés, d’exclus du système (qui sont loin d’être tous violents), de tarés… Malgré cela, une bonne partie de la population y vit à peu près normalement… Et je pense même qu’il doit y avoir plus de mafieux en Corse que de détraqués prêts à pousser quelqu’un sur les rails du métro parisien… Même si ce climat d' »insécurité » est réellement ressenti par bon nombre de personnes (surtout celles qui n’habitent pas Paris et ne voient que les faits divers sur TF1), et qu’il constitue depuis quelque temps le fonds de commerce de certains de nos politiciens … Cela dit je suis très content d’avoir fui cet univers et d’habiter dans ma cambrousse lorraine !

    Et pour en revenir au sujet, si vous êtes agressé à Paris et que vous allez porter plainte au commissariat du coin, il y a de fortes chances, du moins si ce n’est pas grave, qu’on vous dise en haussant les épaules qu’on a autre chose à faire… Ou on vous fera poireauter des heures pour établir une main courante… Mais en aucun cas on ne vous fera la réponse absolument sidérante de ce flic italien… Ou alors on nous cache des trucs !

  12. Je vais changer le nom de mon blog pour : igorlebongarcon…
    Mais pourquoi allons nous faire la guerre contre le terrorisme ailleur quand ça existe bien chez nous ?
    Les gens disent toujours comme cliché : les allemends sont tous fachos, les italiens sont marrants et cool… c’est sympa, un gentil italien avec un 4×4 et avec son arme dans mon cul (je parle de son arme avec lequel il peut tirer, en vrai), sympa comme sociètè aussi avec le chiffre que tu as donné : « 27 % de la population est plus ou moins complice »…Bon giorno mamma Theresa di sud, si je ne mange pas son pizza, elle va m’égorger ?

  13. J’ai oublié une autre remarque, un expression hongrois : « le poisson pue de sa tête ». Ca veut dire que si le pouvoir leader est pourri, tout le monde va ressemble à ça. Une société hérite tout de son gouvernement…

  14. Céleste, ce récit fait froid dans le dos. Et effectivement, on s’imagine trop souvent, de notre côté des Alpes, que cette époque est révolue ou qu’elle fait partie d’une mythologie « coppolesque » ou « scorcesesque »… C’est affolant et il est important que ce type « d’anecdote » soit rapporté.

  15. L’ambiance et l’état d’esprit particuliers sont palpables dans ces endroits régis par les mafias. Ces organisations traversent les époques et s’étendent grâce aux pouvoirs et connivences politiques, ne l’oublions pas.

  16. …Et nous des anciens pays communistes nous pensons souvent que « chez vous » la vie est plus facile, qu`y les gens on un plus de liberte, helas! Vraiment toutes ces histoires me font froid dans le dos a moi aussi! Mais je suis une metaphysicienne, je sais tres bien que ce monde injuste, corrompu et violent est arrive a son vrai fin, sur toute la planete nous tous nous irons le voir cette annee meme, soyons donc fort. Je salue votre honnetete et courage, Celeste!

  17. Hello,

    Un article très fort, qui mériterait de paraitre dans les hebdos d’info français (et italiens).

    Bon week-end à toi et tes proches. @ + …

  18. Voilà pourquoi le recul de l’Etat n’est pas forcément bon pour le droit. Ceux qui espèrent l’émergence d’une démocratie mondiale devrait réfléchir à deux fois car sur le court terme, ce sont les « méchants » qui risquent de prospérer.

    Très joli blog Céleste. J’aime bcp.

    T.

  19. Ah cela me glace. Moi aussi je pense toujours aux clichés sur l’Italie et la mafia, mais je n’en perçois pas vraiment la réalité. La vraie, pas celle des romans et des films.
    Et si Martina n’avait pas retiré sa plainte, aujourd’hui que lui serait-il arrivé ?

  20. un ami m’avait raconté une histoire semblable (comme tant d’autres, probablement) en Sicile mais ça s’était arrêté à l’autocensure (« oui il abîmé ma voiture, oui il devrait payer, mais tu n’y penses pas, si je vais porter plainte ça va être pire ») sans même passer par le poste de police.

    Le plus révoltant dans ce que tu racontes, c’est évidemment le fait que ce sont des paroles de policier. Et à Bologne en plus!

  21. @superNo
    je pense effectivement que la situation est différente en France. Une bavure peut arriver, bien sûr, mais en Italie l’anecdote que je raconte est banale, particulièrement dans le sud.
    c’est d’ailleurs ce que raconte Cerisette.
    mais Shukria (qui n’abuse pas du tout de cet espace, au contraire, il est ouvert) souligne bien le fait que lorsque la tête de l’Etat disfonctionne, jure, pète et insulte et méprise on peut s’attendre à tout

    @ce qui rejoint ce qu’écrit Igor (allez voir ses superbes tableaux sur son blog)
    « le poisson pue de sa tête »

    @PMB
    « c’est beau et ça glace le sang » quand c’est chanté
    quand c’est vécu, ça glace le sang tout court

    et nous voilà au côté folklorique comme écrit @Posuto ou « Coppolesque » de @ Traou, « les clichés » @Fauvette
    une image enjolivée de la mafia.
    mais la réalité est sordide.
    les principales victimes de la mafia sont les pauvres du sud de l’Italie qui vivent souvent dans la misère, et surtout les femmes qui dans le système mafieux sont entièrement soumises à l’ordre patriarcal, jouant exclusivement le rôle de génitrice (et priées de faire des petits mâles) et les enfants, le travail des enfants existe encore dans le sud de l’Italie

    @agathe
    connivence politique, et comment!
    voir par exemple Andreotti, dont les liens avec la mafia sont avérés depuis longtemps, mais qui non seulement n’a jamais été inquiété, mais considéré encore aujourd’hui comme un grand politicien.

    @krissolo, merci

    @merci aussi Toréador
    un état fort?
    au moins suffisamment pour lutter contre la criminalité organisée, ce qui me semble un minimum.
    l’etat se doit de protéger les citoyens.
    c’est pourquoi l’histoire de Martina est scandaleuse.

    @fauvette
    impossible de répondre à ta question, que ce serait-il passé?
    peut-être rien, mais l’intimidation fonctionne car les membres de la N’dranghetta sont des criminels…

    @tiusha
    …d’où, très souvent l’auto censure.
    il y a un espèce de résignation, on ne défie pas la mafia, on essaie de la contourner, de s’en tenir éloigné

  22. @stefania
    je me souviens de votre pays, il y a très longtemps, bien avant la chute de Ceausescu.
    nous, occidentaux, ressentions un sentiment d’étouffement.
    ce qui se passe en Italie est différent, la pression n’est pas politique, mais ancrée dans la société, sournoise.

  23. Oui, un fait divers politique (pas une anecdote) qui montre bien la gangrène qui se répand dans une partie de l’Italie. Peut-on rencontrer les mêmes situations en France ? J’imagine un artiste connu au volant de son 4 X 4 aux vitres fumées, renversant un cycliste : le pot de fer contre le pot de terre.

    Le scooter volé du fils Sarkozy a été retrouvé en moins de deux (test ADN !), par contre l’automobiliste percuté par le même conducteur de deux roues attend toujours que la Justice se remue (il est vrai qu’il y a de moins en moins de magistrats pour traiter de plus en plus d’affaires).

    Au niveau de l’Etat, et des grandes sociétés qui lui sont proches, les renvois d’ascenseurs, les nominations des copains, les réglements de comptes (certes pas à coups de fusil) ressemblent aussi à une sorte de mafia en activité : le volcan crache de temps en temps un nom, et la patronne du Medef « rentre de vacances » pour étudier de près le dernier cas pendable.

    Mafia ? En France, il faut dire maintenant « Ma foi » !

  24. Céleste, désolé je suis d’avoir pu laisser croire que je m’en tenais au folklore.

    Je vais envoyer votre blogue à un ami qui vit aussi en Italie.

  25. Il existe dans le sud de l’Italie une région en guerre, où une centaine de personnes sont assassinées chaque année : la Campanie. Elle se trouve sous le joug de parrains perçus comme des modèles de réussite par les jeunes désœuvrés. Né à Naples en 1979, Roberto Saviano couple, à son enquête journalistique, un témoignage personnel et une analyse sociale : pour cet ex-étudiant en philosophie, la Camorra est la quintessence de la mondialisation. Entrepreneurs ultralibéraux et fascisants, les « affiliés » ne connaissent que la loi du marché. Celle du plus fort. Seul importe le profit, et à court terme, puisque les menottes ou les balles achèvent toute carrière. Armes, drogue, contrefaçons… Tout est à vendre : les clans ont ainsi transformé leur région en décharge, y enfouissant les déchets toxiques du pays, pour le plus grand bénéfice de l’industrie.

    En Italie, Gomorra (pour Gomorrhe et Camorra) s’est vendu à neuf cent mille exemplaires. On le lit dans les écoles, un film est en tournage. Ce qui ne déplaira peut-être pas aux mafieux : fascinés par le miroir que leur renvoie Hollywood, ils singent volontiers les personnages du Parrain ou de Kill Bill. Quant à Saviano, il s’apprête à passer le reste de sa vie sous bonne escorte…

  26. Annecdote interrésante.
    Il n’est pas exlu que votre mafieux soit arrêté un jour.
    C’est aussi pour cela que les carabinniers ne veulent pas l’enmerder poir l’instant.
    Bien à vous

    Fabrice

  27. Et alors? Si cette personne etait une personne influente aux Etats-Unis, en France et ailleurs, il n’y aurait pas eu de difference. Les citoyens ne sont pas egaux devant la loi, cette affirmation est universelle.

    D’autre part les calabrais ne sont pas des « mafieux », c’est un terme sicilien.

    En France on le paye le pizzo.

    C’est le pizzo en France qui fait vivre des millions d’etrangers et de bureaucrates inutiles (emplois fictifs). Les travailleurs independants, les gens qui ont de hauts revenus, et les PME pourraient vous en parler de ce racket, monopole d’etat.

    Cela n’embete personne que les enfants de ces etrangers se tirent dessus chaque semaine a Paris, vendent de la drogue, vivent dans des zones de non-droit, jettent des pierres sur les pompiers/ambulances, brulent des voitures chaque soir, violent des filles dans des caves.

    Le crime est universel, le sud de l’Italie est une region pauvre pour de nombreuses raisons, et en France on a la memoire courte. Ce sont les Bourbons qui refusaient tout changement dans leur royaume du sud de l’Italie quand le reste de l’Europe de l’ouest etait en pleine revolution industrielle.

    Ne sortez pas de chez vous si vous avez peur qu’un criminel vous abime votre voiture.

    Article tabloid sans valeur.

  28. bonsoir Fabrice

    merci de cette seconde visite et surtout de l’intérêt que vous portez aux victimes de la mafia.

    je ne partage absolument pas le commentaire ci-dessus, comme vous le dites, tendancieux, si ce n’est pire;
    mais je ne supprime les commentaires que lorsqu’ils attaquent directement un autre commentateur, ou moi même, en des termes injurieux.

    pour le reste, je considère que ce sont des témoignages de ce contre quoi je veux lutter, l’indifférence, le mépris des victimes qui amènent finalement à une forme de complicité avec les criminels.

  29. Je suis moi meme calabrais , j’ai maintenant 20 ans et cela fait 11 ans que je vis en France. Mes parents ont fuit la Calabre pour la Lorraine pour plus de travail et aussi car les conditions de vie y sont vraiment meilleures que dans le sud de l’Italie, où le chômage se ressent fortement. Je suis issu d’une famille de travailleurs honnêtes et aucun membre de ma famille proche n’a de rapports quelconque avec la mafia… Pourtant, J’ai vécu 9 ans de ma vie dans ma terre natale, avec mes parents et mes 5 freres et soeurs, Et nous avons tous au moins une petite histoire à propos de la ndrangheta (qu’elle soit organisée ou évoquée sous forme d’incident violent comme le récit de CELESTE); voici une de mes histoires (ici celle qui restera la plus marquante pour moi) :
    Je devais avoir 7 ou 8 ans et j’étais avec mon oncle, en voiture, sur un genre de route droite (style rue principale), Mon oncle roulait d’une manière tout à fait exemplaire quand soudain un homme ouvrit la portière de sa voiture garée sur le coté (inconsciament, comme si de rien était) ; mon oncle l’évita en fesant un geste brusque et continua sa route en ayant laisser derrière lui 2 bons coups de klaxons quelques peu nerveux. Au feu rouge suivant, qui était à une cinquantaine de mètre du lieu de l’incident, nous vîmes le même homme débarquer, à pied, en s’approchant de nous. Je me souviens parfaitement de ses principales caractéristiques physiques : C’était un homme petit, mais plutôt baraqué, teint mate, cheveux noirs, gros sourcils et grosses lèvres et il ne devait pas avoir plus de 40 ans. Mon oncle ouvrit la fenetre et ils s’expliquèrent (je ne me rappelle pas des paroles exactes) , bien que mon oncle n’avait rien à se reprochait car c’était l’autre qui était en tort. Mais peu de temps aprés, l’homme en question ouvrit brusquement la portière coté conducteur et il gifla mon oncle après avoir demander « c’est quoi le prolème ? » (avec un tres fort accent calabrais et un regard menaçant). Mon oncle sortit tout de suite du véhicule et lui répondit par un coup de poing. Ils se batterent violemment tandis que mon je restais dans la voiture en pleurant et en criant à l’aide. Heureusement la bagarre fut tres vite arretée car des piétons les avaient séparés, et nous sommes repartis rapidement avant que la police n’intervienne. Mon oncle me consola ensuite sur le trajet et j’étais sans doute soulagé car il réussit à secher mes larmes. Pourtant ce n’était pas terminé ; tout juste 1 jour plus tard, mon oncle retrouva sa voiture brulée et désossée sur le parking d’un marchand de sanitaire, alors qu’il fesait des commandes . Les mafieux ont voler nombreuses pièces de l’auto avant d’y mettre le feu, tout cela pendant que mon oncle était dans le magasin. Mon oncle prétend encore aujourd’hui que le patron de l’entreprise a été complice dans ce crime en ayant prevenu les mafieux de l’heure précise à laquelle mon oncle avait prit RDV, en ayant mit des barrières opaques devant le batiment et de n’accepter aucun autre client (mon oncle etait le seul client ce jour là) et fesant perdre du temps dans les commandes que passait mon oncle (de sorte à ce que les malfaiteurs aient plus de temps). C’était , d’ après mon oncle, un crime extremement bien organisé et il dit toujours qu’il a eut beaucoup de chance de ne pas avoir été tué. Ce fut le fait le plus marquant de toute mon enfance.
    Je suis retourné énormément de fois en calabre (environ deux fois par an), pour faire l’huile d’olive avec mes grands parents mais aussi pour prendre des vacances au soleil; Et en l’espace de 20 ans, jai vu ni plus ni moins que 4 cadavres (de personnes assassinées), une fois je passa sur une route de campagne par laquelle je passait tres regulierement et je vit un cadavre que personne n’avait encore decouvert, une autre fois un homme égorgé sur le banc d’une eglise catholique (là non plus les forces de l’orde n’étaient pas encore intervenues ni meme les ambulances), une autre fois dans la reception d’un hotel chic en bord de mer où tous les touristes et passants (dont moi) s’étaient précipités lors de la fusillade (j’avais 5 ans) et encore une fois sur un banc d’un trotoire de la ville de Locri (ville de forte concentration de la ndrangheta) où ici la victime avait reçu 2 balles dans la tête.
    Ces exemples qui m’ont touchés à vie vous paraîtront peut etre grossiers ou peut etre trop clichés de la mafia mais vous pouvez y croire, tout est vrai dans mes histoires.

  30. je souahiterais préciser un passage de mon récit : lorsque, je cite : « une fois je passa sur une route de campagne par laquelle je passait tres regulierement et je vit un cadavre que personne n’avait encore decouvert » .

    je précise que le cadavre, qui baignait dans du sang, était étalé sur la chaussée dans une route de campagne, (en face d’habitations !)

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