« Slumdog millionaire » et la lamentable aventure d’une grave erreur de traduction …

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Les critiques intellos élitistes des Inrocks et de Télérama ont éreinté «Slumdog millionaire» (slumdog, chien des bidonvilles) mais les Golden Globe l’ont consacré.

Moi, j’avais beaucoup aimé le livre de Vikas Swarup  « Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devient milliardaire » dont il est librement adapté, j’ai adoré le film.

Il m’a suffi de me laisser emporter par l’histoire, romanesque et colorée, de cet enfant des  bidonvilles de Mumbai qui s’acharne à forcer le destin, à retrouver coûte que coûte une fillette perdue sur le quai d’une gare.

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Bien que réalisé par un Britannique, Danny Boyle, le film offre une vision, certes cinématographique – rien à voir évidemment avec l’extraordinaire documentaire « Born into the brothels » (Camera Kids) qui lui est passé relativement inaperçu dans le petit monde des critiques de cinéma hexagonaux – mais plutôt juste de l’Inde d’aujourd’hui : bidonvilles, enfants des rues, misère, violence, espoir, joie de vivre et cynisme clinquant des nouveaux riches symbolisé  par les studios de télévision.

Ces enfants des rues, insolents et rieurs, je les connais, comme je connais les employés prétentieux de la new economy qui considèrent qu’un chaï wallah (serveur de thé) est un crétin, un sous-homme, que l’on peut traiter avec mépris.
Dans la société indienne, comme dans la société occidentale, bien qu’elle s’en défende, changer de milieu social n’est pas aisé.
Ce n’est d’ailleurs pas le souci de Jamal, le héros que l’on voit grandir dans la jungle urbaine, courir, courir éperdument pour échapper au danger, courir pour vivre.

L’on peut bien sûr chipoter sur certains clichés que véhicule le film, mais on peut aussi les oublier pour simplement suivre Jamal et penser que la détermination dont il fait preuve, que sa capacité de résistance sont admirables.
Résister encore et toujours à qui opprime, massacre, moque, discrimine.

Sorti il y a quelques semaines en Italie le film a indirectement  provoqué une juste indignation.

Lorsque que, dans la version italienne  (comme dans la version sous-titrée), à un moment crucial du film, les deux enfants, Jamal et Salim, fuient devant l’arrivée de fanatiques hindous qui massacrent les musulmans et incendient leurs maisons, la voix off d’un agresseur criant  en Hindi, « They’ re muslims, get them » (Ils sont musulmans attrapons-les)  devient « Au secours, les musulmans arrivent ! ».
Grave et imbécile erreur qui transforme les victimes en agresseurs.
Imbécile, car l’événement relaté correspond à une triste réalité, celle des pogroms antimusulmans dont se sont souvent rendus coupables les hindouistes extrémistes du BJP et du Shiv Sena, rappelons qu’en 1992, déclenchées par la destruction de la Babri Masjid (mosquée Babri) à Ayodhya le 6 décembre 1992, les émeutes de Mumbai, avait provoqué au moins 1 788 morts.
Imbécile, car Jamal et Salim étant des prénoms musulmans, comment imaginer qu’ils soient victimes d’émeutes anti hindouistes !
Grave, car c’est comme il était allé de soi que les musulmans étaient les agresseurs.

Il a fallu qu’Andrea Pomini, un blogueur journaliste, s’en indigne pour que  l’information soit relayée  et que la Lucky Red, la société qui distribue le film s’excuse !

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