De la rivalité

A toujours vouloir faire mieux que ses semblables, l’être humain s’est perdu.
De naissance ni bon ni mauvais, mais faible, malléable et peureux il a suivi d’étranges voies qui aujourd’hui le mènent à sa perte.
Le sens de la concurrence qu’on lui inculque depuis l’enfance l’éloigne des autres mais aussi de lui-même.
« Tu dois être le meilleur, mon enfant ! »
Universelle litanie qui condamne à la rivalité or de la rivalité à la haine il n’y a qu’un pas, si vite franchi.
Dès lors ce n’est plus une compétition mais une guerre sans merci que se livrent des individus qui ne se connaissent pas.
Pour être le plus fort, le plus riche, le plus puissant, le plus beau, le plus intelligent, celui qui vend le plus de disques ou de livres, celui dont les créations sont les plus coûteuses, celui dont le blog est le plus lu ou a le plus de commentaires, celui dont on parle le plus (tout cela se décline bien sûr aussi au féminin).
Etre le plus célèbre humain du monde !

Ce qui bien sûr ne protège ni de la mort ni des hémorroïdes.

Ne me plaçant plus depuis longtemps en concurrence avec qui que ce soit je jouis désormais d’une bienheureuse sérénité qu’aucune rivalité extérieure ne vient perturber.

Un beau billet lu  au détour d’un blog ne me donne pas envie de faire mieux – par rapport à qui par rapport à quoi ? –  mais déclenche en moi l’envie d’écrire, le désir de jouer avec les mots, de tisser les émotions.

Ce ne fut pas toujours ainsi et j’ai connu par les passé les affres de la compétition et les stériles souffrances de l’envie. J’ai désiré ce que d’autres possédaient et qui m’était interdit ou impossible à obtenir. J’ai rêvé de gloire.
J’avais par exemple l’ambition de devenir écrivain, de publier un livre, de lire mon nom dans les colonnes des journaux, d’être complimentée et reconnue comme une artiste.
Vaines prétentions que le temps doucement a laminées.

N’étant jamais en rivalité avec les autres, les relations que j’entretiens avec eux oscillent entre amitié et indifférence. Ce qui ne signifie par pour autant que je suis disposée à me laisser agresser, mes capacités de défenses sont intactes et efficaces. De même il n’est pas question que je laisse sans réagir des régimes politiques aussi imbéciles que répressifs me priver, ainsi que mes congénères, des droits dont tous les humains devraient bénéficier : la liberté d’être, de vivre dignement, de se déplacer et de s’exprimer.

Lutter pour le bien commun, lutter pour l’humanité, oui.
Lutter pour satisfaire ce que je crois être mon ego, non.

C’est pourquoi le combat des enseignants de Longhena, sur laquelle mon ami Olivier plume de presse a écrit un très bel article qui explique parfaitement la situation et en définit les enjeux, est essentielle.

L’apprentissage de la rivalité commence à l’école et les notes en sont le vecteur. Plus elles sont précises, plus les enfants peuvent se comparer les uns aux autres, au demi point près.

Quelle stupidité !
Chaque être humain est unique, riche de ses propres caractéristiques et ne peut être comparé à un autre.
Et si au lieu de considérer ses semblables comme des ennemis potentiels il leur tendait la main ils pourraient, tous ensemble, bâtir un monde paisible où toutes et tous auraient leur place.

« Si toutes les filles du monde voulaient se donner la main,
Tout autour de la mer elles pourraient faire une ronde.

Si tous les gars du monde voulaient bien être marins,
Ils feraient avec leurs barques un joli pont sur l’onde.

Alors on pourrait faire une ronde tout autour du monde,
Si tous les gens du monde voulaient se donner la main. »

Paul Fort

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