De la rivalité

A toujours vouloir faire mieux que ses semblables, l’être humain s’est perdu.
De naissance ni bon ni mauvais, mais faible, malléable et peureux il a suivi d’étranges voies qui aujourd’hui le mènent à sa perte.
Le sens de la concurrence qu’on lui inculque depuis l’enfance l’éloigne des autres mais aussi de lui-même.
« Tu dois être le meilleur, mon enfant ! »
Universelle litanie qui condamne à la rivalité or de la rivalité à la haine il n’y a qu’un pas, si vite franchi.
Dès lors ce n’est plus une compétition mais une guerre sans merci que se livrent des individus qui ne se connaissent pas.
Pour être le plus fort, le plus riche, le plus puissant, le plus beau, le plus intelligent, celui qui vend le plus de disques ou de livres, celui dont les créations sont les plus coûteuses, celui dont le blog est le plus lu ou a le plus de commentaires, celui dont on parle le plus (tout cela se décline bien sûr aussi au féminin).
Etre le plus célèbre humain du monde !

Ce qui bien sûr ne protège ni de la mort ni des hémorroïdes.

Ne me plaçant plus depuis longtemps en concurrence avec qui que ce soit je jouis désormais d’une bienheureuse sérénité qu’aucune rivalité extérieure ne vient perturber.

Un beau billet lu  au détour d’un blog ne me donne pas envie de faire mieux – par rapport à qui par rapport à quoi ? –  mais déclenche en moi l’envie d’écrire, le désir de jouer avec les mots, de tisser les émotions.

Ce ne fut pas toujours ainsi et j’ai connu par les passé les affres de la compétition et les stériles souffrances de l’envie. J’ai désiré ce que d’autres possédaient et qui m’était interdit ou impossible à obtenir. J’ai rêvé de gloire.
J’avais par exemple l’ambition de devenir écrivain, de publier un livre, de lire mon nom dans les colonnes des journaux, d’être complimentée et reconnue comme une artiste.
Vaines prétentions que le temps doucement a laminées.

N’étant jamais en rivalité avec les autres, les relations que j’entretiens avec eux oscillent entre amitié et indifférence. Ce qui ne signifie par pour autant que je suis disposée à me laisser agresser, mes capacités de défenses sont intactes et efficaces. De même il n’est pas question que je laisse sans réagir des régimes politiques aussi imbéciles que répressifs me priver, ainsi que mes congénères, des droits dont tous les humains devraient bénéficier : la liberté d’être, de vivre dignement, de se déplacer et de s’exprimer.

Lutter pour le bien commun, lutter pour l’humanité, oui.
Lutter pour satisfaire ce que je crois être mon ego, non.

C’est pourquoi le combat des enseignants de Longhena, sur laquelle mon ami Olivier plume de presse a écrit un très bel article qui explique parfaitement la situation et en définit les enjeux, est essentielle.

L’apprentissage de la rivalité commence à l’école et les notes en sont le vecteur. Plus elles sont précises, plus les enfants peuvent se comparer les uns aux autres, au demi point près.

Quelle stupidité !
Chaque être humain est unique, riche de ses propres caractéristiques et ne peut être comparé à un autre.
Et si au lieu de considérer ses semblables comme des ennemis potentiels il leur tendait la main ils pourraient, tous ensemble, bâtir un monde paisible où toutes et tous auraient leur place.

« Si toutes les filles du monde voulaient se donner la main,
Tout autour de la mer elles pourraient faire une ronde.

Si tous les gars du monde voulaient bien être marins,
Ils feraient avec leurs barques un joli pont sur l’onde.

Alors on pourrait faire une ronde tout autour du monde,
Si tous les gens du monde voulaient se donner la main. »

Paul Fort

32 réflexions au sujet de « De la rivalité »

  1. Pour reprendre une comparaison assassine de notre ami commun Tiziano Terzani, ce qui distingue l’homme de l’animal, et qui le perd, c’est que l’animal reste sagement à sa place, alors que ce foutu humain n’arrête pas d’avancer.

  2. J’aime beaucoup, vraiment beaucoup le sujet abordé dans ce billet. La maturité aide à se débarrasser des contingences minables imposées par le système éducatif. Se réjouir pour l’autre, l’admirer tout en étant conscient que chacun apporte son originalité et sa différence permet de créer une saine émulation. Je lis dans ton billet que l’on apprend à aimer vraiment au fil du temps, à regarder différemment. Je partage totalement.

  3. D’accord avec toi. Demeure la rivalité amoureuse. Et là, les valeurs y peuvent peu… Mais je sors du contexte éducatif.
    Bravo d’admettre que tu n’as pas toujours échappé à cet esprit de compétition, qu’il ne va pas de soi qu’on y échappe, qu’il y faut aussi de la maturité.
    Ah, au fait, je me suis acquitté de ton tag : tu sais, l’histoire des 500 euros et des 500 secondes…

  4. @salut le yéti 🙂

    « ce qui distingue l’homme de l’animal, et qui le perd, c’est que l’animal reste sagement à sa place, alors que ce foutu humain n’arrête pas d’avancer. »

    merci de citer Tiziano Terzani, un sage, juste et lumineux.

    à toustes j’en conseille la lecture, son œuvre la plus abordable, légère est « Un devin m’a dit », un bonheur!

    @agathe 🙂

    oui, en vieillissant on apprend à relativiser, à se détacher du futile, à dépasser certains concepts que l’on nous a bassinés depuis l’enfance et qui détruisent et séparent.

    @Oh91

    beh, en ce qui concerne la rivalité amoureuse si nous étions moins coincés, moins absurdement possessifs et jaloux, peut-être pourrions-nous avoir des relations amoureuses plus sereines!

    cette idée de la possession de l’être aimé est totalement rétrograde et absurde.

    si je t’aime je te souhaite heureux (se), libre, joyeux(se) et non pas soumis(e) à mes désirs et mes angoisses.

    ce concept de couple, de famille étroite ne me semble pas être systématiquement un élan humain naturel mais plutôt correspondre à un souci d’ordre social.

    dans cette conception étroite des rapports humains, le patriarcat est une arme d’oppression d’une extrême efficacité:
    à la tête de chaque famille, un petit chef, dont les pouvoirs sur les autres membres et particulièrement les femmes, peut être, dans le pire des cas, sans limite, total et incontestable.
    en dehors du cercle familial le tyranneau prête allégeance à des individus plus puissants que lui: gouvernants, curés, imams, rabbins, patron etc…

    poussant ce système à l’extrême nous arrivons à la déplorable trinité « travail, famille patrie »

    Je crois qu’il est très difficile d’échapper dès l’enfance à l’esprit de compétition car rien (et souvent personne) ne nous y aide.
    Mais certains, éclairés, y parviennent.
    Moi il m’a fallu du temps 🙂

    Ton texte est super, élaboré et tout et tout…chapeau!

    @zolive de Pondy

    ça y est on a les billets d’avion, donc nous passerons à Pondy, c’est sûr et certain!

    reconstruire bien sûr

    par où on commence?
    par l’éducation, la réflexion, la méditation, le rire, les petits plaisirs, la tendresse…

  5. Merci de ce billet qui prolonge la conversation que j’avais pas plus tard que ce midi 🙂
    Où je m’interrogeais sur la difficulté de ne pas laisser les enfants intégrer cette domination de la concurrence, de la compétition, qui imprègne malheureusement bien trop d’endroits de la société (en socio on dirait « d’institutions » au sens large : l’école en premier lieu, mais aussi le club de sport, l’école de musique, trop souvent hélas la famille… et bien sûr toute l’imagerie médiatique). Et comment transmettre, en lieu et place, la volonté de COOPÉRATION (je le mets en majuscule même si je n’aime pas trop ça – je préfère mettre en gras – mais je ne sais pas comment renforcer le terme sinon…)
    🙂

  6. @ celeste : on t’y attend donc ! C’est pour quand ?
    @ ko : C’est drôle, on en parlait aussi ce jour avec ma filleule de 19 ans, à qui on demande de savoir ce qu’elle veut faire !
    Elle doit savoir exactement, se positionner pour sa vie, en fait on lui demande d’être « parfaite ». C’est dur, non ?
    Et bien sûr, elle ne sait pas et elle flippe total.
    Alors je lui expliquais qu’elle saura ce qu’elle veut au fur et à mesure, en se vivant elle-même à travers ses choix et ses réalisations, ses erreurs et douleurs.
    Franchement être jeune aujourd’hui, ça doit être super dur, on leur projette nos peurs, dans un monde où on doit être fixe, immuable et prévisible.
    Un lien découvert récemment et qui décrit si bien notre société actuelle :

    http://www.dailymotion.com/video/x8a1y5_miguel-benasayag-tarnac-et-lantiter_news

    Trop intelligent, ça fait du BIEN – idem que ko pour le gras et les majuscules… !

  7. @ko, quelle bonne surprise 🙂

    « Où je m’interrogeais sur la difficulté de ne pas laisser les enfants intégrer cette domination de la concurrence, de la compétition, qui imprègne malheureusement bien trop d’endroits de la société (en socio on dirait “d’institutions” au sens large : l’école en premier lieu, mais aussi le club de sport, l’école de musique, trop souvent hélas la famille… et bien sûr toute l’imagerie médiatique). Et comment transmettre, en lieu et place, la volonté de COOPÉRATION »

    absolument!

    les travaux de Freinet, par exemple, dont les méthodes pédagogiques sont malheureusement tombées en désuétude, pas par hasard mais à cause d’une volonté étatique, sont une excellente illustration de comment arriver à transmettre aux enfants une volonté de coopération.
    (dans ce fil de com tu ne peux pas mettre en gras, sorry)

  8. @zolive

    merci pour le lien, je viens d’écouter Miguel Benasayag, son discours est remarquable de lucidité et d’intelligence!

    Pondy, entre le 28 juin et le 29 aout, dès que j’en sais plus je t’informe.

    et oui, être jeune aujourd’hui est particulièrement difficile, la société de consommation écrase impitoyablement.

    Ma fille, qui a vingt ans est elle aussi à la recherche de sa voie et comme tu le fais pour ta filleule:
    « Alors je lui expliquais qu’elle saura ce qu’elle veut au fur et à mesure, en se vivant elle-même à travers ses choix et ses réalisations, ses erreurs et douleurs. »

    On se construit peu à peu.

  9. j’ai tjs essayé d’enseigner à ma fille que ce que l’on donne à autrui comme reconnaissance , ne lui enlève rien, à elle. Dans ce même esprit je lui ai déconseillé malgré les pressions enseignantes de faire une prépa, école aussi de la compétition, du résultat…
    la compétion m’a tjs tellement dégoutée en tout domaine que je la fuis partout où elle est, jusqu’au jeu de carte ou autre où je suis du coup une bien piètre partenaire pour qui aime gagner…j’aime juste jouer, pas forcément gagner

    les enfants sont aujourdh’ui plus que jamais passés et dressés au compresseur de la rivalité

  10. La compétition, la domination, l’esprit de tolérance, l’entraide, la coopération. L’être pensant qu’est notre homo sapiens, quand il fait fonctionner un peu son intellect, en comprend bien les enjeux. Il oublie parfois que son éthologie se rapproche encore beaucoup de celle des autres espèces avec qui il cohabite plus ou moins bien. Dominants, dominés, postures de dissuasion, de mise en garde ou de séduction, modulations vocales appropriées restent encore bien présentes dans nos séquences sociales. Voir et revoir « Mon oncle d’Amérique » de Resnais avec Laborit. C’est cette pression éthologique qui pénalise nos acquis intellectuels et se trouve parfois à la base d’un esprit de compétition exacerbé ou de pathologies psychosomatiques apparaissant lorsque lutte ou fuite (Lire aussi « Eloge de la fuite » du même Laborit) sont impossibles.

    C’est vrai qu’en avançant dans la vie on maîtrise souvent mieux toutes ces composantes et qu’on se libère peu à peu de ce fichu travers de se vouloir à tout prix le roi ou la reine de la basse-cour. La grande question qui met en fait notre Homo sapiens dans tous ses états est : « Est-ce que vous m’aimez et que dois-je faire pour l’être sinon ?». De là cette ma ligne de conduite sur le tard : ne pas perdre sa belle énergie à vouloir être aimé de tous. Non seulement c’est impossible, c’est en plus parfaitement ridicule et infantile. J’adore désormais être détesté par ceux que je n’aime pas et dépense mon énergie à essayer d’aimer un peu mieux ceux que j’apprécie.

    NB: me suis trompé de billet pour ce commentaire. Tu peux l’enlever dans le précédent. Merci d’avance, Céleste. J’arrête le diabolo menthe!

  11. Je suis jamais bien loin, même si silencieuse, amie Céleste 🙂

    Tant pis pour le gras, l’essentiel est que l’idée passe…

    Oui, la méthode Freinet, entre autres (il y a aussi les écoles Montessori, une très bonne en Avignon d’après un petit garçon de ma connaissance et ses parents !). La calendretta (maternelle et primaire occitane) de Montpellier bénéficie d’instituteurs Freinet : il en reste, il en reste ! Heureusement…

    Et puis il y a nous touStes, aussi (c’est pas rien, mince alors !) 🙂

  12. @Anne

    la compétition je ne l’ai jamais aimée mais je l’ai longtemps subie.
    par contre j’aime jouer, pas pour la gloire, pour le jeu, pour la tactique.

    l’envie de vaincre ne me vient que si je sens chez l’autre une volonté de m’écraser qui dépasse le cadre du jeu.

    je me souviens d’une finale de tournoi de tennis, terrible…mon adversaire était haineuse, méprisante, elle riait quand je ratais une balle. Elle était nettement meilleure joueuse que moi.

    du coup j’ai réagi, je me suis accrochée, la partie a duré 5 heures, en plein soleil, jusqu’au moment où elle a abandonné et j’ai gagné le match par forfait.

    @pierre

    Laborit, quel bon exemple!

    l’éloge de la fuite est un chef d’œuvre, lu plusieurs à plusieurs reprises.

    « De là cette ma ligne de conduite sur le tard : ne pas perdre sa belle énergie à vouloir être aimé de tous. Non seulement c’est impossible, c’est en plus parfaitement ridicule et infantile. »

    absolument 🙂

    @Ko

    et oui, il y a nous 🙂

    baci baci

    @toustes

    mon ami Marc du blog méditer faute de mieux vient de m’envoyer ce très beau lien:

    http://www.rtbf.be/info/matin-premiere/christian-arnsperger-est-notre-invite-85506?page=2

  13. Oh que je suis d’accord avec vous tous!
    Sur la même longueur d’ondes surtout quand vous citez Laborit!On pourrait rajouter Albert Jacquart qui est contre toutes formes de compétitions ,entre autres :le sport…ça me dégoûte quand j’en vois « gagner »ils leurs arrivent d’avoir un geste (pas facile à décrire par écrit mais vous allez sûrement imaginer ce que je vise)le bras semi plié le poing rageur le tout accompagné d’un :YES fulgurant .On voit ces spécimens même dans l’émission qui devrait être « cool » de questions pour un champion à fr3.La compétition partout,écraser l’autre ,l’égo ,toujours l’égo!comme s’il n’y avait pas assez de problèmes insurmontables ;comme le réchauffement de la planète….non ils mettent leur énergie dans la compétition,c’est stupide non?

  14. Juste pour jeter le trouble et un peu pour rire aussi, cette citation, qui n’est peut-être pas de ce vieux facho de Pierre de Coubertin, mais qu’on lui attribue volontiers:  » L’essentiel, c’est de participer »… *mouarf*, quand on voit où en sont les J.O d’aujourd’hui, il y a de quoi sourire… jaune! sans doute!

    Je reviens plus tard, parce que je manque un peu de temps, mais comme j’ai lu les noms de Freinet et de Montessori, j’ajouterais bien celui de Steiner, mais il faut argumenter… donc plus tard!… Tiens dans ce domaine de l’abolition de la compétition, il y a aussi ce bon vieux Jacquard…!

  15. On peut aussi reprendre l’exercice à l’envers et se demander si sans compétition, l’homme n’en serait pas encore à l’âge de pierre… Est-ce qu’elle n’est pas un des moteurs qui lui permet d’avancer, d’inventer, d’innover, même s’il faut se frotter et se comparer aux autres ? Est-ce qu’on peut aborder avec un jugement moral une caractéristique aussi fondamentale de l’être humain… et enfin, n’y a-t-il pas beaucoup d’orgueil à ne jamais vouloir se comparer aux autres.

    Le problème n’est peut-être pas la compétition mais l’incapacité d’accepter que parfois, sur certains points, d’autres nous sont supérieurs.

  16. @merci Nathalie de nous rappeler la pensée d’Albert Jacquard…un précurseur!

    « La compétition partout,écraser l’autre ,l’égo ,toujours l’égo!comme s’il n’y avait pas assez de problèmes insurmontables ;comme le réchauffement de la planète….non ils mettent leur énergie dans la compétition,c’est stupide non? »

    tout à fait!
    en ce qui concerne le sport on atteint l’obscénité: des sportifs qui gagnent des fortunes, sont traités comme de héros et bourrés de médicaments!

    @salut Dom 🙂

    @vieil anar

    et oui, le sport!

    @Annie

    L’homme aurait pu se contenter de se mesurer aux éléments naturels pour vaincre les dangers qui le menaçaient, quel besoin avait-il, quel besoin a-t-il de se mesurer à ses semblables en allant parfois jusqu’à les massacrer ?
    En ce qui me concerne je ne crois vraiment pas que les guerres aient fait avancer l’humanité!

    « Le problème n’est peut-être pas la compétition mais l’incapacité d’accepter que parfois, sur certains points, d’autres nous sont supérieurs. »

    que c’est vilain cette notion de « supériorité » que de crimes et de discriminations ont été commis, sont commises, en son nom!

    Bien sûr et heureusement, toustes ont des compétences diverses; Je suis ravie de savoir que d’autres ont des aptitudes que je n’ai pas!

    Aucun orgueil là dedans mais la simple constatation des capacités de chacun, capacités que je ne vois vraiment pas l’intérêt de comparer.

    Il faudrait au contraire les mettre en commun, les partager.

    Je ne crois pas à cette idée de l’homme prédéterminé, dont une des caractéristiques serait une propension à la compétition!

    Oui, par exemple, les enfants font des courses, s’amusent à être les plus rapides, c’est un jeu et c’est très clair pour eux, tant que c’est ludique, c’est bien.

    mais lorsque des adultes consacrent leur vie à courir pour gagner un centième de seconde, qu’ils sont considérés comme des héros modernes, qu’ils gagnent des millions et que le monde entier (ou presque) regarde ces nouvelles grandes messes que sont les évènements sportifs, ça n’est plus du jeu, c’est de la connerie!

  17. Les jeux du cirque: « Panem et circenses » ou comment amoindrir un peu les désillusions du quotidien quand on s’est assimilé au gladiateur qui a triomphé dans l’arène. César peut continuer alors un temps son petit commerce en paix. Je souris beaucoup de la fréquentation des stades avisée par nos hommes politiques qui la plupart du temps rigolent sous cape des propos creux des sportifs qu’ils sont venus ostensiblement saluer. Ils « prient » ardemment pour que nos équipes nationales triomphent!

  18. Avant même d’aller voir le « très bel article » que tu indiques – ce que je ferai – je veux déjà te remercier pour le bonheur que j’ai eu à lire le très bel article qui précède cette main tendue, et qui est le tien, évoquant, dans le peu de mots essentiels et limpides, une vie source de jeunesse toujours plus grande. Ça, je crois, c’est l’attention à la vie, la tendresse pour la jeunesse, qui est sensible, fragile, talentueuse.
    Horreur, les barbons qui sont arrivés !

  19. j’aime bien ce billet, et je ne dis pas ça parceque je suis le plus beau, le plus fort, le plus intelligent et tout hein..

  20. J’en reviens à Coubertin et à sa devise: « Citius, altius, fortius »,  » plus vite, plus haut, plus fort », empruntée à un père dominicain Didon, qui n’est que le credo sportif du libéralisme actuel, qui sous de fausses allures de désintéressement et de saine concurrence…! enfonce la tête sous le sable, à quelque entreprise individuelle que ce soit…!

    J’entendais avec stupeur une des initiatrices du micro-crédit en France, Maria Nowak, glorifier les vertus du tout nouveau statut de l »auto-entreprise »,, modèle super-hyper-ultra libéral, qui permet à qui que ce soit, à hauteur de 34 000 € de CA annuel, d’exercer tout type d’activité en exonération totale de TVA, en ne payant les charges que sur l’activité exercée, soit 15 jours par mois, ou 2 jours par semaine…etc, ce qui crée une concurrence, sur le marché des petits boulots, absolument effroyable…!

    Donc là, la compétitivité joue à plein et que le moins cher gagne, pas le meilleur…, le moins cher…!
    Ca laisse augurer, pas mal de pleurs et de grincements de dents, dans la plus parfaite légalité, sans qu’on tienne compte, bien sur en quoi que ce soit, de la solidarité, en termes de cotisations…

    Le modèle américain s’impose et les acquits de 45 volent en éclats, …mais la compétitivité, la rivalité…à vrai dire triomphe…! Sans pitié…!

  21. en fait il y a des avantages et des inconvéniens à cet esprit de « rivalité », cela pousse les gens, les stimule. S’il n’y avait pas cette rivalité et le désir de confort, nous serions encore dans une grotte à frotter deux morceaux de bois pour faire du feu … mais un humain invente, un autre cherche à faire +, mieux, + vite et … jusqu’à un certain point, tout le monde en profite. … Le pb c’est que ça va trop loin, les règles du jeu ne sont pas ‘fair play’ … le goût du pouvoir s’en mêle, la domination … enfin c’est ce que je pense … il y a l’émulation qui est bonne … mais quand ça devient trop fort, ça a l’effet inverse, et nous régressons…

  22. Miguel Benasayag a écrit, entre autres, deux livres avec Florence Aubenas : « La Fabrication de l’information » (1999) et « Résister c’est créer » (2002), aux Editions de la Découverte.

    Il pratique toujours une approche pertinente et décapante des choses : récemment, une interview de lui dans Rue89, montrant que l’on ne pouvait utiliser des comparaisons du type « fascisme » ou « nazisme » concernant le régime français actuel, car aucune situation historique ne se reproduit à l’identique et doit être observée dans sa spécificité.

    Concernant la compétition, il faut se souvenir de cette déclaration tonitruante de Fillon sur l’évaluation de ses ministres : on attend toujours les bulletins de notes des élèves MAM, Darcos, Pécresse, Bachelot, Lagarde, Borloo, Dati, Morin, Barnier, Laborde, etc.

    A propos de sport, relire toujours l’excellent Jean-Marie Brohm.

    Merci pour cette réflexion profonde et sincère, Céleste.

  23. Il y a deux genres de personnes, ceux qui font le travail et ceux qui en prennent le crédit. Tentez d’être du premier groupe ; il y a moins de compétition.
    Indira Gandhi

  24. @Pierre

    « Les jeux du cirque: “Panem et circenses” ou comment amoindrir un peu les désillusions du quotidien quand on s’est assimilé au gladiateur qui a triomphé dans l’arène. César peut continuer alors un temps son petit commerce en paix. »

    C’est tout à fait ça 🙁

    @kelcun

    le barbons sont tristes et sentencieux, c’est leur façon d’exister.

    résistons, soyons joyeux 🙂

    @vieil anar

    les affreux veulent tout récupérer tout, y compris le micro crédit!

    @Salut Jean-Pierre Martin 🙂

    @emelire

    l’émulation n’est pas la même chose que la rivalité.
    chercher à améliorer son sort ou celui de l’humanité en inventant, en créant des techniques de plus en plus élaborées, c’est bien.
    ce défi devrait suffire, pourquoi vouloir, de surcroit, faire à tout prix « mieux que les autres « .

    @merci Dominique pour ces précisions et conseils de lecture, qui sont toujours précieux!

    @jyf

    Indira Gandhi…fille du grand Nehru, a fait de belles choses mais aussi un certain nombre d’horreurs, dont la campagne de stérilisation forcée.

  25. Mais pourrquoi ramener la compétition à ses excès ? Et quel est le rapport avec la guerre ? Les conflits ne sont pas liés à l’envie d’être meilleur que le voisin, mais au fait qu’on le haïsse pour ce qu’il est, ou que l’on ait envie de s’approprier ce qu’il a.

    Quant à Jacquart; que je sache, il n’a pas craché sur le prix Nobel quand il l’a obtenu ! Or qu’est-ce que le Nobel si ce n’est une compétition ?

    Quant à la supériorité, oui, dans certains domaines d’autres sont meilleurs que nous, donc supérieurs. Qu’est-ce que la morale, le bien et le mal ont à voir là-dedans ? En quoi est-ce « vilain » ? Cela ne veut pas dire qu’ils sont des êtres supérieurs !

  26. @ Annie …Je ne sais pas du bien et du mal j’y connais rien, mais quand même on peut trouver un peu péjoratif d’être traité d’inférieur.Mais c’est pas mon problème en fait car je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui me soit supérieur…c’est une chance en fait…pour lui 🙂

  27. Cette idée de compétition entre les humains (ou entre les espèces), de « lutte pour la vie » etc. me semble être une idéologisation de données scientifiques. Les données scientifiques sont celles de Darwin et de la théorie de l’évolution: on n’y peut rien, ça existe, et Céleste sait bien que c’est ou bien Darwin ou bien les délires du créationnisme… Cette théorie a été l’objet de nombreuses récupérations idéologiques (y compris de l’extrême droite), mais il faut savoir faire la différence entre ce qu’elle dit vraiment et ce qu’on lui fait dire. Pour le Darwinisme, une espèce peut se trouver par chance dotée à un moment donné d’un avantage qui assure de meilleures possibilités de reproduction, alors en apparence elle « gagne » ou elle semble supérieure aux autres, mais ce n’était en aucun cas parce qu’elle était animée d’une quelconque « volonté de vaincre ». Une approche scientifique (matérialiste) ne doit pas mêler des notions de jugement (inférieur, supérieur) à de simples explications. Parmi les espèces qui ont disparu, beaucoup étaient sans doute des merveilles, de même que lorsque certains d’entre nous sont déclarés en échec, ils ont encore des merveilles en eux.

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