Italie : l’autorisation de la pilule RU 486, une victoire à nuancer

Le Vatican a eu beau menacer « d’excommunication pour le médecin, la femme et tous ceux qui poussent à l’utilisation » de la pilule abortive, l’AIFA (Agence italienne du médicament) a finalement, au bout de deux ans de controverses et de batailles, autorisé la mise sur le marché italien du RU 486.

«Ne vendez pas de médicaments contre la vie»: avait ordonné, le 14 septembre 2009, Benoit XVI, aux pharmaciens catholiques  réunis pour un congrès en Pologne. «  Le pharmacien ne peut pas renoncer aux exigences de sa conscience au nom des lois du marché, ni au nom de certaines législations complaisantes ».

Ce à quoi Annarosa Racca, la Présidente de Ferderfarma, une association de pharmaciens, avait répondu que l’objection de conscience ne leur était pas possible « Le pharmacien est tenu par la loi de délivrer un médicament, ou de le procurer le plus rapidement possible, si celui-ci a été prescrit par un médecin ».
Sergio Dompé, président de Farmindustria, l’association des producteurs de médicaments, avait  pour sa part indiqué que « les médicaments sont élaborés et pensés pour résoudre les problèmes et aider les personnes » et que le devoir du pharmacien « est de mettre à disposition les solutions existantes » même s’il s’agit de problématiques comme la fin de la vie ou la conception.

RU 486

Dessin emprunté à mon amie Vincenza du blog Marginalia

Le gouvernement, toujours soucieux de plaire au Vatican a fort peu apprécié la décision de l’AIFA  et  a qualifié le RU 486 de « poison mortel ».

De nombreuses limitations seront imposées à l’utilisation de la pilule abortive  qui ne pourra être administrée que dans le cadre hospitalier et avant le 63e jour d’aménorrhée.
La compétence revenant aux Régions qui doivent établir les protocoles d’application et les types d’hospitalisation on peut penser que d’autres difficultés vont à nouveau surgir, comme le souhaite sournoisement le Cardinal Javier Lozano Barragan, président émérite du conseil Pontifical pour la santé pastorale qui espère que les médecins catholiques feront jouer « l’objection de conscience ».

Bien qu’autorisée en Italie depuis 1978, l’IVG est peu pratiquée en Italie, les médecins se réfugiant derrière cette fameuse objection de conscience.  (121 406 avortements ont été effectués en 2008, un chiffre en baisse de 4,1 % par rapport à l’année précédente.)
Les femmes souhaitant avorter sont contraintes de se rendre dans les quelques villes préservées par la vague d’obéissance bigote ou dans les pays voisins.

« Le risque d’une grave limitation de l’utilisation clinique de la pilule RU 486 est très fort à cause de l’objection de conscience qui est pratiquée par plus de 70% des gynécologues. Et ceux qui refusent l’objection de conscience risquent d’être marginalisés et bloqués dans leurs carrières » a déclaré Massimo Cozza, secrétaire national de la CGIL Médecins.

Autrement dit et même s’il convient de se réjouir de la décision de l’AIFA, rien n’est encore gagné pour les Italiennes.
Car si les médecins font appel à leur « conscience » pour refuser un avortement par aspiration, on se demande bien pourquoi ils accepteraient de prescrire la pilule abortive !

« Un état qui pense que plus l’avortement est traumatisant, moins les femmes avorteront est un état qui me fait peur, de là à fouetter les femmes publiquement, il n’y a qu’un pas. La pilule RU486 existe depuis 1980, en France elle est utilisée depuis 1988, elle a été adoptée même en chine et en Ouzbekistan, l’OMS l’a insérée dans la liste des médicaments essentiels.  L’instrumentalisation des obstacles à son utilisation est évidente. Ils veulent contraindre les femmes à subir une intervention chirurgicale ? De là au fouet, il n’y a qu’un pas. »
Lisa Canitano, gynécologue (l’Unità du 11 octobre 2009)

Mais, nouvelle encourageante, 100 000 femmes ont déjà signé la pétition contre le honteux machisme de Berlusconi.

feminismo al sud

Illustration: site Feminismo al sud

Ce texte a été écrit pour le tout nouveau et très bon webzine Italopolis.

16 réflexions sur « Italie : l’autorisation de la pilule RU 486, une victoire à nuancer »

  1. On a utilisé pendant des années la menace de mourir… j’ai entendu une ouvrière dire que c’était un crime d’avorter quand on avait déjà des enfants, parce qu’on n’avait pas le droit de risquer de les priver de leur mère.

    On a pendant des décennies accepté que des femmes en meurent, dont on n’a jamais su et ne saura jamais le nombre, et que d’autres en restent stériles, alors que pratiqué correctement, un avortement est moins dangereux qu’un accouchement et ne fait pas courir de risque de stérilité.

    Par contre, la limitation au 63ème jour d’aménorrhée est normale, le RU 486, d’après Martin Winckler, n’est pas efficace au delà de sept semaines à partir des dernières règles, soit 49 jours. On pourrait même penser que c’est un piège de suggérer aux femmes qu’elles peuvent attendre si longtemps.

    On peut quand même espérer que l’avortement précoce médicamenteux donnera un peu plus de liberté aux femmes, en ne limitant plus l’intervention aux seuls chirurgiens.

    Il est possible qu’en Italie comme en France, ce soit la frange la plus masculine et la moins progressiste des médecins. Ceux (celles) qui sont en contact quotidien avec la souffrance des femmes sont un peu moins réactionnaires.

  2. @bonsoir Jardin

    merci pour toutes ces précisions.
    pour être honnête, avant de commencer la rédaction de billet je ne savais pas grand chose de la pilule RU 486 (à part son existence)
    j’adore écrire ce genre de billet: j’apprends!

    la particularité italienne, en ce qui concerne son utilisation sera probablement l’hospitalisation de la femme pendant toute la durée du traitement (plusieurs prises, donc si j’ai bien compris, plus de 24 h). Le ministre de la santé est opposé au « day » hospital (en anglais dans le texte).
    certainement histoire de compliquer la vie des femmes qui souhaitent avorter!

    en tout état de cause ce seront les régions qui décideront…bref, rien n’est encore fait, même si c’est un progrès.

  3. En France on ferme les centres d’IVG, les listes d’attentes s’allongent et les 3 mois sont souvent dépassés. C’est horrible de mettre au monde un enfant dont on voulait avorter.

    Ici au Mexique l’avortement est totalement interdit comme on peut facilement imaginer. On avorte à l’aiguille à tricoter… Si tu es célibataire et enceinte, on te rejette, et pire encore si on te soupçonne d’avoir avorté clandestinement c’est pire encore.

    Je ressens ce que devait ressentir les femmes en France il y a quelques décennie et me demande ce que pense les italiennes.

  4. @salut Amarula 🙂

    Comment vont les Alizés?

    @bonjour Maëlle 🙂

    des intervenantes du bout du monde, sur ce fil, quel plaisir!
    Merci de nous rappeler la situation des femmes au Mexique…La sinistre aiguille à tricoter, ce doit être monstrueusement douloureux, plus la mise à l’écart.

    Beaucoup d’Italiennes vivent très mal toutes ces restrictions et se battent mais il est aussi vrai que beaucoup d’autres sont bigotes et obéissent aux injonctions papales.

    @jardin

    « Ceux (celles) qui sont en contact quotidien avec la souffrance des femmes sont un peu moins réactionnaires. »

    il semblerait que non, dans le sud de l’Italie, là où la pauvreté est la plus forte, là où les femmes vivent le plus difficilement, le taux de médecins objecteurs de conscience et de plus de 80 % dans certaines régions (Basilicata, Calabre…etc)
    alors que dans les riches villes du nord, genre Bologne, il est inférieur à 70%

  5. J’admire toujours la manière dont on aime à éviter les questions de fond. La question de l’avortement est celle de la personalité humaine de l’enfant: si ce n’est qu’un amas de cellules, on peut en faire n’importe quoi, c’est vrai. Mais quand devient-il un être humain, réellement humain au point que le tuer devient un meurtre? Si on pense que c’est la loi qui « statue » qu’un amas de cellule est une être humain, une personne humaine, elle peut aussi statuer le contraire et dire qu’un juif n’est pas un être humain. Car sur quoi se baserait la loi (le législateur) pour dire que cet amas de cellules est devenu un homme à part entière? Sur des conventions infondées! Sachant qu’un enfant prématuré au septième mois est considéré comme un être humain, pourquoi ce même enfant qui serait encore dans le sein de sa mère ne le serait-il pas déjà? Si on admet qu’un être humain est tel à raison de son âme spirituelle et donc immortelle, alors la question de l’avortement ne se pose plus puisqu’il y aurait meurtre. Si on estime que les hommes ne sont que des amas de cellules organisées, il n’y a aucun obstacle à tuer son voisin de 30 ans s’il nous gêne vu que la morale n’aurait plus de sens. D’où la question fondamentale: Qu’est-ce qu’un homme? Dire: « On ne sait pas » c’est de l’hypocrisie de très mauvais aloi.
    Maïeul

  6. Maïeul : « Si on pense que c’est la loi qui « statue » qu’un amas de cellule est une être humain, une personne humaine, elle peut aussi statuer le contraire et dire qu’un juif n’est pas un être humain. […] Si on admet qu’un être humain est tel à raison de son âme spirituelle et donc immortelle, alors la question de l’avortement ne se pose plus puisqu’il y aurait meurtre. »

    L’amalgame au début de cette citation est particulièrement abject, autant que répandu dans certaines malodorantes mouvances.

    Oui, dans un état laïque, c’est bien « la loi », laïque, celle de la République, aussi imparfaite soit-elle, qui statue sur ce qui est une « personne humaine » et ce qui ne l’est pas. Car dans un état laïque il n’y a aucune loi au-dessus de la loi, en particulier aucune « loi divine » ou conviction religieuse qui lui soit supérieure – mais tout citoyen est censé (oui, parce que c’est la théorie, pour la pratique j’en rigole encore) pourvoir participer directement ou indirectement (par le truchement de ses « représentants », j’en rigole toujours…) à l’élaboration de la loi, et à la question « sur quoi se base-t-elle ? » la réponse est alors évidente : sur l’opinion (théoriquement) représentée de la majorité des citoyens, sans qu’on puisse connaître sur quoi se basent ces opinions individuelles (Réflexion personnelle ? Connaissances scientifiques ? Opinions religieuses ? Esprit grégaire ? Bêtise ? Va savoir…) mais en tout état de cause le résultat final est censé être « l’opinion de la majorité » qui est le seul mètre étalon dans une démocratie (enfin, en principe).

    Pour votre « âme immortelle », vous pouvez vous la mettre sur l’oreille pour la fumer plus tard, ce n’est que votre opinion personnelle qui n’a aucune valeur universelle (et que les faits sous-jacents soient vrais ou faux n’y changera rien). Vous pouvez par contre, en théorie, voir cette opinion représentée dans la société et dans la loi par l’intermédiaire de votre bulletin de vote.

    Bon, maintenant, les gens votent comme des cons pour des pantins sans foi ni loi ni d’autre horizon que leur intérêt propre, alors la démocratie, des fois, ça fait rire, un peu, mais ceci est une autre histoire, aussi hilarante que le « devoir de réserve » que certains ministres et sinistres bouffons voudraient imposer aux lauréats du prix Goncourt qui ont le seul tort de ne guère les estimer…

  7. @swâmi!!!!!
    Quelle bonne surprise 🙂

    Surtout si bien inspiré, merci pour ce com!

    @Maïeul

    Mon opinion au sujet de l’avortement?
    J’y suis entièrement favorable et ce n’est pas discutable, donc inutile de chercher des « questions de fond », de plus, comme Swâmi, je n’aime pas du tout vos amalgames.

  8. Ben oui Céleste, Ma Sainteté ne trouve plus guère le temps d’écrire, mais parfois encore celui de lire et de remettre quelques horloges comtoises à l’heure 😉

    Faudrait quand même que tu m’envoies un mail un de ces jours pour me donner des nouvelles, je me demande ce que tu deviens 😉 …et hélas, je n’ai pas lu tous tes récents billets, si ça se trouve il y en a où tu en parles 😉

  9. Maïeul ; ce que je comprends c’est qu’on ne devrait jamais arrêté de baiser…
    ( Pas les vieux hein ….là c’est vicieux 🙂 limite deg 🙂
    ( je ne suis que de la viande…et c’est très bien ainsi)

  10. Salut les filles ! Content de voir que vous vous amusez bien : les derniers commentaires sont désopilants de spontanéité…

    Pour ma part, étudiant en pharmacie, donc directement concerné par le sujet, je suis agréablement surpris par la réaction précédente (pas la votre !). Un peu de réalisme dans ce monde virtuel !
    Effectivement la question de fond est : qu’est ce qu’un embryon humain ?

    Il est évident que l’embryon humain existe : il est donc un etre.
    Il est tout aussi évident que l’embryon est humain c’est une vérité génétique incontestable.
    Alors la conclusion s’impose d’elle meme : l’embryon est bel et bien un etre humain.
    Tuer un etre humain ? C’est la définition d’un homicide !
    Rien ni personne, et pas meme une loi de la République ne peut changer cette vérité élémentaire.

    On a tenté de contourner ce problème en en faisant une question de « personne en devenir » (notion farfelue inexistante dans le droit, c’est bien pratique pour nier les évidences), alors que la vraie question est : est-ce que cet etre est humain ?

    Je viens de la résoudre en 2 phrases : la réponse pour tout médecin ou soignant dignes de ce nom est évidemment oui, d’ou le fort taux d’objections de conscience en Italie, mais aussi en France, et dans tous les pays ou elle est reconnue.

    Alors à vos mouchoirs : au nom de la liberté, celà fait plus de 200000 avortements par an (un pour 3 naissances) pour notre seul beau pays de France : c’est (si je ne m’amuse) la 1ère cause de mortalité en France, devant les maladies cardio-vasculaires (180000) et les cancers (140000), et loin devant les accidents de la route (dérisoires, à 4 275 personnes en 2008).

    La seule différence c’est que ces homicides sont « légalement assistés », et remboursés, de quoi se plaint-on ?!

    Conclusion : réveillez vos consciences et cessez de braire, les filles, cette année 220 000 enfants aimeraient avoir la liberté de vivre comme vous…

  11. Dernier round ! Sauf votre respect, votre réaction ne démontre que trop les limites d’un humanisme bien pensant (sic !) et nombriliste… Vous me flattez car je ne prétends pas exposer MON opinion, mais plutôt la vérité qui s’impose à nous de l’extérieur. C’est une vérité scientifique (médicale, génétique) étayée par des chiffres officiels navrants de signification.
    Quel médecin honnête pourra nier cette évidence ? L’avortement est un meurtre, un infanticide à peine déguisé, qui s’est généralisé dramatiquement au point de devenir la première cause de mortalité dans de nombreux pays (j’insiste !)
    D’ailleurs condamné par Hippocrate, le père de la médecine moderne, puis par toutes les civilisations jusqu’à nos jours, il est affligeant que certains arrivent encore à considérer la légalisation de l’avortement comme une victoire !!?? Victoire sur quoi ? Sur la raison humaine peut-être…
    En 40 ans, l’ « IVG » aura fait plus de victimes que les deux guerres mondiales réunies.
    Je ne résiste pas à la tentation de citer cette pensée accusatrice mais lumineuse de Pascal : « Ceux qui n’aiment pas la vérité prennent le prétexte de la contestation et de la multitude de ceux qui la nient, et ainsi leur erreur ne vient que de ce qu’ils n’aiment pas la vérité ou la charité. Et ainsi ils ne s’en sont pas excusés » (207, Pensées).
    Je suppose donc n’avoir aucune excuse à attendre de votre part.
    Bonne fête de la Nativité à tous les lecteurs.

  12. Facile ! Dès qu’il y a un etre humain, il y a un souci si on le tue : or, dès les premières cellules après la fécondation, il y a bien un etre humain ; c’est à dire que toute l’information génétique est réunie dans un etre pour aboutir à un enfant humain puis à un adulte humain et enfin à un vieillard humain, sans risque de confusion avec une autre espèce.
    La notion de seuil est totalement artificielle et ne repose sur aucune réalité médicale : elle est liée à une artificielle notion de « personne en devenir » qui n’a (bizarrement) aucune existence dans le droit ; d’autre part les seuils sont tellement variables et extensibles d’un pays à l’autre (et meme d’une année sur l’autre…) qu’on se demande sur quel algorithme se basent les gouvernements pour les définir ?!

    Quant au « royal C-C » on est tous passés par là ! Sauf que certains ont eu de la chance de ne pas finir dans la poubelle d’un service de gynéco… (c’est cru, mais avec 1 chance sur 4, ce risque est d’actualité)

    A lire chez Téqui le livre de P. Anthonioz, Professeur d’embryologie et de Cytogénétique à la Faculté de Médecine de Tours : « Au fait qui suis-je ? Les embryons humains prennent la parole » (2004, 15 €) : il traite impitoyablement toutes les questions « éthiques » sur l’embryon humain

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