Berlusconi, l’homme qui offense les femmes et la démocratie

« Vous êtes plus belle qu’intelligente ! » a lancé, méprisant,  Berlusconi à Rosy Bindi, la Vice Présidente de la chambre de députés, une femme de centre gauche, qui combat depuis des années la politique du cavaliere.
Digne, la dame a répondu : « Bien sûr, je suis une femme qui ne se tient pas à votre disposition ! ».
Les invités de l’émission « Porta a porta » ont échangé des regards gênés, le public en a eu le souffle coupé et même Bruno Vespa, le présentateur, un inconditionnel de l’homme qui n’en finit pas de berner, de manipuler les Italiens à son propre profit, a semblé embarrassé.

Acculé par la justice, la Cour Constitutionnelle vient de lever son immunité, pressé par l’opposition et une partie de la presse de s’expliquer sur différents scandales sexuels, lâché par sa femme, Berlusconi est en mauvaise posture.
Sa santé n’est pas bonne et  il a peur d’être contraint de céder le pouvoir. Pris par la paranoïa et le délire de toute puissance, il semble qu’il ait perdu le contact avec la réalité, c’est d’ailleurs la thèse soutenue par Veronica Lario, son épouse.
Il n’en sera que plus dangereux, capable de tout pour s’accrocher au pouvoir et sauvegarder ses intérêts économiques. Il a la majorité au Sénat et à la chambre des députés, il contrôle la quasi totalité des médias et il semble qu’il bénéficie encore et malgré tout du soutien de la majorité des Italiens.
Je dis bien « il semble » car la propagande gouvernementale est telle qu’il est difficile de se faire une idée précise de l’ampleur de l’opposition.

Pourtant, elle existe.

« J’ai réagi, a dit Rosy Bindi, non pour me défendre des offenses de Berlusconi qui ne m’atteignent pas le moins du monde, mais j’ai éprouvé le besoin de le faire parce je pense vraiment qu’il le faut,  au nom de toutes les femmes, ce président du conseil a une conception instrumentale des femmes, il véhicule à ce pays des messages dangereux et il est temps que les femmes réagissent vraiment. »

Aujourd’hui les femmes italiennes lui ont répondu en lançant un appel, suivi d’une pétition.

Cet homme offense les femmes et la démocratie: arrêtons-le :
Il est désormais évident que le corps des femmes est devenu pour le Président du Conseil  une arme politique d’importance capitale. Il est utilisé comme dispositif de guerre contre la libre discussion, l’exercice de la critique, l’autonomie de la pensée. Il ne voit dans la femme que désir, charme juvénile, séduction physique et, par-dessus tout, la totale soumission au vouloir du chef. Elle n’existe que pour chanter avec le chef, faire écho aux paroles du chef, se mettre à la disposition du chef, comme dans les foires promotionnelles, ou dans tout ce qui soutient despotiquement le culte de la personnalité. Les qualités retenues utiles pour des shows publicitaires se sont transformées en talents politiques essentiels, produisant d’indécentes confusions de genres : l’obéissance et le charme sont devenus les indispensables atouts des femmes qui veulent prétendre à des postes de hautes responsabilités.  Comme une burqa jetée sur le corps féminin afin de l’humilier sur les plateaux télévisés et le transformer en arme qui blesse tous et tout. Contre cette crétinisation des femmes, de la démocratie et de la politique elle-même, nous protestons. Cet homme offense les femmes et la démocratie. Arrêtons-le. »

15 réflexions sur « Berlusconi, l’homme qui offense les femmes et la démocratie »

  1. @merci pour le lien Romane. Ce documentaire est extrêmement pertinent.
    en Italie, c’est comme ça!
    C’est pourquoi cet appel, qui en est, comme vous le soulignez, un écho, mérite d’être soutenu.

    @toustes, prenez le temps de visionner le docu, il en vaut la peine.

  2. Bonsoir,
    Ce type suinte la vulgarité. Il ne devrait jamais être à la tête d’un état.

    Hélas, il n’est pas le seul, nous avons aussi notre lot de boulets – qui sont tout autant indignes.

    Ce qui m’interpelle, c’est qu’en Italie, il semblerait qu’il y ait tout de même un fort mouvement d’opposition, qui ne se voit pas ici, la gauche étant inexistante ou incapable de mobiliser, peut-être.

    Est-ce seulement une impression?

  3. >> Céleste
    Oui, arrêtons ce guignol, et pendons-le !
    >> emcee
    en France, je ne dirai pas que l’opposition ne se remarque pas. Simplement, les medias, aveugles et sourds sur ordre de leurs patrons, refusent de la considérer. Mais contrairement à ce qui se passe en Italie, elle est en train actuellement de se doter d’un prolongement politique sérieux.

  4. « Il corpo delle donne » est en effet un documentaire flippant. D’autant plus flippant que, si notre télé n’en est pas encore arrivée à ce point, nous sommes clairement et indiscutablement sur la « bonne » route.

    On pourrait, pastichant Jean Ferrat, craindre que la femme italienne soit l’avenir de la femme française. Et dans le reste de l’Europe, ça donne quoi?

    Euh, Mimi (5), je ne veux la pendaison de personne, tant qu’on peut empêcher ces gens-là de nuire par d’autres moyens.

    « Si tu combats avec les armes de ton ennemi, tu finiras comme lui ».

  5. @dominique

    Bonne idée!
    Rosy Bindi est quelqu’un de très bien. Je ne partage pas toutes ses idées, elle vient de la démocratie chrétienne mais elle est est courageuse, directe, humaniste.

    @emcee
    La gauche italienne est en piteux état: un centre gauche mou, la chute de Rifondazione communista (pas représentée à l’assemblée), des petits partis sans visibilité…
    mais aussi des gens brillants, j’aime beaucoup par exemple, Nichi Vendola, le président de la région des Pouilles
    En ce moment Berlusconi accumule les conneries, ce serait le moment d’en profiter
    speriamo bene!

    @Salut Mimi

    Contente de te lire!
    comme Jardin, je ne pends pas, j’aimerais seulement empêcher de nuire.
    Moi j’aimerais bien plus de collaboration entre les gauches des différents pays, la bataille que nous avons à mener est loin d’être facile, ce serait bien de s’entraider.

    @jardin

    ce que montre le docu est parfaitement conforme à la réalité de la télé italienne, qui est » inregardable « , vraiment!
    la télé française en est encore très loin, même si elle est aussi très loin de l’excellence.
    mais tu as raison, la voie où on nous mène est la même.
    boycott !

    @christine

    Si, le temps je l’ai mais comment je fais pour insérer des sous-titres lisibles dans le docu?
    sur le plan technique je vois pas.

    @des pas perdus

    « sauf peut-être l’instrumentalisation des femmes par le chef de l’exécutif… »

    bof, je suis pas sûre!
    Sarkozy est le genre de type à tout instrumentaliser, sa femme par exemple.
    Je ne crois pas que le choix de Carla Bruni soit uniquement à l’amuuuuur.

    Disons qu’il n’est pas encore au stade de Berlusco, mais bon, il est plus jeune et détient le pouvoir depuis moins longtemps.

  6. Je connais bien l’histoire du cavaliere et son rapport à la gent féminine, pardon, la femme-objet, mais je ne connaissais pas le docu que je suis ravie d’avoir découvert ici. Il est excellent et ça résume bien ce que m’inspirait la téloche quand j’y étais. Du coup j’ai relayé sur mon blog.

    Tes billets indignés made in Italy vont me manquer!

  7. Salut, me revoilà.
    Merci d’avoir répondu à ma question.
    Oui, quand je disais l' »opposition de gauche », je voulais dire le peuple-esse (clin d’oeil à Christine 😉 de gauche.
    Loin de moi l’idée qu’il y eût une gauche éclairée en Italie que nous n’eussions pas.
    D’ailleurs, ils seraient au pouvoir sans hésitation. Vu les pantins qu’ils ont en face et qui gagnent par défaut (et parce qu’ils ont les moyens – énormes – à disposition).

    Ce mouvement de socio-démocrates néo-libéraux, qui marquent la droite à la culotte, voire la dépassent, existe dans tout le monde occidental.
    Si tu peux citer des gens brillants en Italie, c’est, donc, qu’il y a un petit plus par là-bas 😉

    Oui, et donc, quand je parlais d’opposition, je parlais de mouvements sociaux qui semblent de plus grande ampleur, même s’ils restent souvent corporatistes.

    Quoique, hier, il y a eu une belle manif à Paris pour défendre le droit à l’avortement.
    Mais là, syndicalistes et socio-dèmes peuvent sortir: cela redore un peu leur image à peu de frais et leur évite de se prendre un cageot de tomates le long du parcours.
    Mais, enfin, que ce soit l’Italie, la France, la GB ou les US, et d’autres, nous sommes tous dans la panade. Et on ne voit pas d’issue.
    Parce qu’ils vont très loin pour nous pousser à la violence et pouvoir ensuite la réprimer en prenant le reste de la population à témoin.

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