Italie : le choix de la délation

Afin “d’inviter, sans racisme, les habitants de Turate, ville lombarde, à s’autoprotéger » la municipalité, aux mains de la Lega Nord, a créé un bureau de délation. Dans la ligne de mire, les immigrés clandestins.
Désormais, le citoyen est ouvertement encouragé à dénoncer le voisin suspecté de ne pas être en règle. Tous les jeudis, pendant deux heures, il pourra venir cracher sa haine de l’étranger, y compris anonymement.

A l’entrée du bureau, une affiche proclame fièrement que l’initiative est née « pour accroitre la sécurité urbaine, lutter contre la présence d’immigrés en situation irrégulière et respecter la légalité ».
La sécurité urbaine de Turate serait-elle menacée ?
Non, dans cette petite ville de 9000 habitants où officient trois policiers municipaux, on ne signale que quelques vols. Le but de l’odieuse manœuvre, explique le maire, est préventif. Il est destiné à « empêcher les phénomènes de location au noir où les propriétaires demandent des loyers très élevés aux clandestins qui payent très cher pour dormir à dix dans une pièce. D’une certaine manière, cela sert  aussi à faire comprendre aux personnes qui sont en situation irrégulière la nécessité d’entrer dans un processus légal ».

S’il est bien exact, malheureusement, que des propriétaires avides et sans scrupules louent fort cher et sans le déclarer, des taudis aux immigrés clandestins, prétendre aider ces derniers en les jetant dans les filets de la police relève du sadisme pur et simple !

Pourtant, très probablement, l’initiative remportera un franc succès car, particulièrement dans le nord de l’Italie, l’ambiance n’est pas à l’accueil de l’étranger. Celui-ci, fort utile lorsqu’il s’agit d’exploiter sa force de travail, qu’il soit ouvrier ou « badante » au service du pépé qui perdu la boule, est considéré comme un intrus à éliminer dès lors qu’il n’est pas en règle et particulièrement si la couleur de sa peau diffère du teint d’albâtre de l’Italien moyen ou s’il fréquente d’autres lieux de cultes que les saintes églises.
« J’ai une petite entreprise textile, deux de mes employés sont albanais, de braves gens. Etrangers, mais Européens » déclare paisiblement le maire de la ville affichant ainsi sa préférence, marquée, pour l’immigré blanc et supposé chrétien.

Cette odieuse initiative se rapproche tristement d’une autre, récente et nationale, qui sous la forme d’un amendement particulièrement infect déposé par la Lega dans le cadre du « pacchetto sicurezza », entend priver les immigrés en situation irrégulière de soins médicaux, jusque là gratuits. Un autre amendement demande que, dans le cas de soins donnés à des clandestins,  le secret médical soit balancé aux orties afin que les médecins puissent eux aussi se livrer sans retenue aux joies de la délation.
Les conséquences de ces mesures, dénoncent les commissions santé d’Emilie-Romagne et de Toscane, « seraient dévastatrices », elles pourraient entraîner des risques sanitaires et épidémiologiques cachés. « Par peur d’être renvoyés dans leurs pays les clandestins irréguliers ne se feraient plus soigner, mettant en danger leur propre santé et celle de la communauté dans laquelle ils vivent »  a déclaré le président de l’ordre des médecins de l’Emilie Romagne, Giuseppe Pizza.
Si les amendements sont votés, les deux régions envisagent un recours à la Cour Constitutionnelle, car, comme l’a souligné le président de la commission sanitaire toscane «  La Constitution prévoit le droit à la santé pour l’individu et non pour le citoyen »

Heureusement, dans l’Italie d’aujourd’hui qui sombre dans l’obscurantisme, la cruauté, le racisme, ces médecins ne sont pas les seuls à s’indigner, d’autres voix se font entendre.

Celle de ce groupe par exemple, créé sur Facebook :

« Migrants : pour que chaque être humain puisse marcher librement sur la Planète :

–    Parce qu’il n’existe pas de races, mais des peuples qui se rencontrent.
–    Parce que le mouvement migratoire de millions, de dizaines de millions, de femmes et d’hommes, ne peut être arrêté par notre peur.
–    Parce que chacun a le droit de chercher ailleurs son propre bonheur si celui-ci lui rendu impossible là où il est né : je le ferais moi aussi, à tout prix.
–    Parce que l’arriération séculaire de régions entières et la condamnation à la misère d’une infinité de communautés sont les conséquences directes de ma domination millénaire, celle du bourgeois blanc occidental.
–    Parce qu’il y a quarante mille ans que, sur tous les continents, les humains se mêlent. C’est ce qui a sauvé et enrichi l’humanité.
–    Parce que l’égoïsme, la mesquinerie et l’hypocrisie sont les seuls pêchés sur lesquels l’Histoire nous demandera des comptes.
–   Parce que la « tolérance ne suffit pas : il faut la fraternité » (Erri De Luca).

Sources: La Repubblica du 03/02 , Radio Città del Capo-Radio metropolitana

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