La fête des mères ?

Derrière sa caisse, Laura avait le regard triste hier. Elle déplaçait machinalement les marchandises que les clients déposaient sur le tapis roulant, encaissait, saluait, recommençait sa tâche monotone, sans un sourire.
Parce que d’habitude elle est joyeuse, toujours prête à rire, elle est ma caissière préférée.
Je sais qu’elle s’appelle Laura car une étiquette, hypocritement nommée badge, est épinglée sur son polo rouge et bleu, les couleurs du supermarché Conad.
Quand mon tour est arrivé elle m’a adressé un petit sourire las.
Nous avons échangé quelques mots sur le temps printanier, puis en partant je lui ai souhaité un bon dimanche.
«   Ce ne sera pas un bon dimanche, demain le magasin est ouvert et je travaille.
–    Demain ? Comment ça se fait ?
–    C’est la fête des mères.
–     ???
–    Pour la fêtes des mères, ils font travailler les mamans. C’est comme ça ici.
–    Oh ! Je suis désolée pour vous. Moi je ne viendrai pas demain. Le dimanche les travailleurs doivent se reposer, être avec leurs familles. D’ailleurs peut-être qu’il n’y aura pas de clientèle, ça fera comprendre à la direction que c’est stupide d’ouvrir le dimanche.
–    Pffff ! Au contraire, demain ils seront nombreux. Vous savez les points pour avoir des cadeaux, demain ils compteront double, c’est écrit partout dans le magasin. Ils vont tous venir !
–    C’est triste.
–    Oui, d’habitude pour la fête des mères je vais chez mes parents avec mon mari et ma fille. »
La cliente suivante, une dame dont la blondeur artificielle et le bronzage aux UV tentaient de dissimuler l’ancienneté,  a manifesté son impatience en grommelant quelques paroles indistinctes mais dont l’animosité était parfaitement compréhensible. Quelque chose comme : « Elle peut pas s’occuper de mes courses, cette feignasse, au lieu de bavasser avec les clients? »
J’ai dit au revoir à Laura. Des larmes brillaient dans ses yeux sombres.

Et moi j’ai pensé : boycott, boycott, boycott

13 réflexions au sujet de « La fête des mères ? »

  1. Ciao Enzo 🙂
    ti rispondo in francese cosi tutti possono capire.
    on utilise le mot « étiquette » pour les objets, et le mot badge pour les êtres humains…pourtant on les « étiquette » et on les traite comme des objets utilisables à merci.
    c’est ce que j’ai voulu souligner.

  2. C’est joli, « boycott, boycott, boycott », ça fait comme un coeur qui bat.

    Des tas de coeurs qui battent, boycott, boycott, boycott… ça devrait bien finir par s’entendre?

  3. La démonstration par l’exemple de ce que dit Vaneigem (« Le culte de l’argent établit, plus qu’une complicité, une communion d’esprit entre le malfrat qui agresse les pauvres, brûle une école, une bibliothèque et la brute affairiste qui accroît ses bénéfices en détruisant le bien public et les acquis sociaux. ») dans l’interview que tu m’as aimablement donné à lire.
    Pour tes distingués lecteurs:
    http://www.lalibre.be/culture/livres/article/418371/vaneigem-mai-68-ne-fait-que-commencer.html
    Joyeux jour d’après, alors, à toutes les mères qui ont travaillé hier!

  4. Je profite de cette fête des mères pour avoir une pensée pour les filles mères marocaines.

    Au Maroc, une mère célibataire reste une prostituée, la loi les condamne à deux à six
    mois de prison, les familles les renient et
    la société les rejette. Sans emploi ni
    logement, elles n’ont d’autre alternative
    que d’abandonner leur enfant et de vivre
    dans la rue, ce qui les conduit souvent à se
    prostituer.

    Le recensement de ces jeunes femmes
    est impossible mais le phénomène est de
    société et leur portrait épouse de
    multiples profils. Si beaucoup sont de
    crédules petites bonnes venues des
    campagnes, elles peuvent aussi être
    étudiantes ou travailler dans une usine
    quelconque. Le géniteur peut être le
    patron ou son fils, un homme accueillant
    rencontré un jour d’errance, mais aussi
    « l’amour de leur vie ». Toutes n’ont pas cru
    à une fallacieuse promesse de mariage.
    Mais toutes subissent le rejet du père,
    affrontent le « qu’est-ce qui prouve que
    c’est le mien » contre lequel elles ne
    peuvent rien. Souvent, elles ingurgitent
    les mille mixtures des avortements
    traditionnels. Parfois, elles pensent au
    suicide. Et elles finissent par vivre seules
    une grossesse qu’elles cachent à leur
    entourage à coup de mensonges et de
    vêtements amples. Puis viendra le temps
    de l’accouchement, la peur de l’hôpital où
    les policiers peuvent venir les arrêter.
    Depuis quelques années, le voile se lève
    sur ce qui a longtemps été « le » tabou
    marocain et le tissu associatif se
    structure.

    http://www.fidh.org/lettres/2002/fr/55/mrp8.pdf

  5. @name
    conad connard j’imagine

    @jardin
    jolie image!

    @marc
    bien vu comme toujours 🙂

    @mohamed
    je partage avec toi cette pensée.
    le sort de ces jeunes femmes est terrible, effectivement les associations peuvent jouer un rôle important.
    A l’avènement du jeune monarque j’avais pensé qu’un vent de réformes sociales soufflerait sur ce si beau pays.
    mais malheureusement…

  6. Eh, je cherche killme (yeah), je m inquiète beaucoup (yeah bab’) car je ne l ai pas vu depuis longtemps (baby yeah baby), il est peut être resté coincé (yeah) dans sa chaise (roll over baby) à cause de ses rhumatismes (baby) 🙂

  7. Quand je passe aux caisses de super marché, je m’amuse à toujours lire le prénom de la personne à la caisse comme ça quand elle me dit machinalement « Bonjour Mr » en commençant mon compte, et bien je réponds « bonjour …. » et ça marche tous les coups, elle me regarde d’un air surpris…Et elle sait que je ne la prends pas comme partie intégrante de la caisse enregistreuse.
    Et pour elle aussi …

  8. Joli billet qui nous dit combien les jours dédiés au farniente ou aux proches sont peu à peu entrainés dans la spirale de la consommation. Sacrifice de l’essentiel pour le superflu.

  9. @celeste : merci pour ton p’tit comm chez moi…

    @moha et céleste : Ce ki bloke le coeur des peres ki rejettent leur fille bloke ossi celui du roi : la loi de l’honneur d’une famille, fondée sur des valeurs ki ont 12 siècles. A nous d’avancer vers l’ouverture du coeur.

  10. @Dom
    « Et elle sait que je ne la prends pas comme partie intégrante de la caisse enregistreuse. »
    c’est tout à fait!
    déshumaniser pour mieux contrôler, exploiter

    @Agathe
    nous sommes encore dans l’ère de la consommation et de la communication à outrance
    pour ne pas avoir à se passer du superflu une petite partie des humains est prête à priver tous les autres de l’essentiel

    @wajdi
    avancer vers l’ouverture du cœur, beau programme 🙂

  11. Pfff… C’est pas chez nous que ça pourrait se produire, des ignominies pareilles ! Puisque Notre Président a promis que cela ne concernerait que les volontaires, alors…

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