Les enfants et la lecture

La lecture a meublé mon enfance, l’emplissant de rêves qui m’emportaient bien au-delà des champs et des fermes éparses, des buissons et des bosquets. Lire m’était précieux, essentiel, vital. Lorsque j’avais épuisé mon lot de livres et que le bibliobus tardait à rapporter les caisses de bois clair pleines de nouveaux trésors, je relisais indéfiniment les mêmes bouquins.

Il est vrai que je regardais très peu la télé. Quand les enfants désertaient l’école, que j’avais épuisé les joies solitaires de la bicyclette, tournant consciencieusement dans la cour vidée de ses protagonistes bruyants, mangé une tartine de pain légèrement rassis accompagnée d’un carré de chocolat noir Poulain et esquissé en patins à roulettes quelques pas de danse approximatifs, la lecture, dans le soir descendant, était le plus sûr des refuges.

J’ai lu à mes enfants des dizaines et des dizaines de livres, je leur en ai acheté, le les ai accompagnés à la bibliothèque. Est-ce grâce à tout cela, je ne sais, mais ils sont devenus des adultes lecteurs .

Ce qui n’est pas vraiment le cas des petits Français d’aujourd’hui !

Une étude de la Repubblica, journal sérieux et respectable, présente un classement de 45 pays en fonction des capacités de lecture des enfants de 10 ans (source Progress in International Reading Literacy Study page 37).

L’indice minimal de lecture est 300, ce qui correspond à la prestation (302) de l’Afrique du Sud, tout juste devancée par le Maroc (323), le Kuwait (330), le Quatar (353) et l’Indonésie (405).
En tête du peloton, les petits Russes, avec un score de 565, talonnés par les minots de Hong Kong (564) et les Canadiens. Les premiers Européens fréquentent les écoles du Luxembourg (557) ils sont suivis de peu par les bambini italiens.
Pour trouver les petits Français il faut descendre dans le classement, ceux-ci n’étant qu’au 27 rang (522), donc après les Américains, les Chinois, les Ecossais, les Belges, les Allemands… etc.

Pas de quoi pavoiser !

A noter d’ailleurs que ces performances, dit pudiquement le site Maitrise de la langue, « ne sont pas en net recul par rapport à l’évaluation de 2001 ».
En fait la situation semble stationnaire, quoiqu’en légère baisse, ce qui a changé c’est que les autres ont fait des progrès puisque la France est passée de la douzième place à la vingt-septième.

Délaissée, empêtrée dans des réformes contradictoires, l’école française va mal. C’est inquiétant.
Ou plutôt symptomatique d’une société qui dysfonctionne.
L’école de la République, gratuite, laïque et obligatoire, qui devait permettre à tous le même accès au savoir est devenue une machine lourde et insensible.
A quoi bon éduquer le peuple ?

Dans son programme de travail et d’action pour le 2e trimestre de l’année scolaire 2007-2008 Xavier Darcos accumule les « je veux » et les « je voudrais » sans rien proposer de particulièrement novateur si ce n’est de raccourcir le temps passé à l’école et de supprimer la carte scolaire.

A mon humble avis ça ne changera pas grand-chose à l’affaire et c’est bien dommage.

Le goût de la lecture est un bien précieux, il permet découvrir le monde et les autres, il aide à apprendre, à réfléchir, à déceler les manipulations, à être libre.

Et vous, êtes-vous surpris par les résultats de ce classement ?

23 réflexions sur « Les enfants et la lecture »

  1. non évidemment… pourtant beaucoup de choses sont faites pour donner le goût de la lecture, à commencer par d’excellentes collections pas trop chères (l’école des loisirs par exemple), les séries alléchantes pour tous les goûts (chair de poule, Winx club…) et les très bons bouquins, un peu plus difficiles mais quand même (les chevaliers d’émeraude par exemple). Je suis d’accord avec toi sur le fait que cette habitude de lecture est le résultat d’une confrontation précoce au monde des histoires, au plus jeune âge. pour l’entretenir il faut ensuite laisser « du mou » aux mômes sur le choix parfois critiquable de leurs livres, ne pas vouloir leur faire lire st ex tout de suite…

  2. effectivement beaucoup de choses sont faites
    à Cap d’Ail (06), où j’habitais avant de venir en Italie, il y avait une superbe médiathèque avec un département enfants magnifique proposant de nombreuses animations et qui travaillait en partenariat avec l’école.
    et il vrai que les éditeurs (j’aime beaucoup l’école des loisirs) offrent une gamme étendue et intéressante;
    mais le résultat est là!

    en Italie du nord les bibliothèques sont nombreuses, dans le sud beaucoup moins, mais les performances des enfants italiens au niveau de la lecture sont nettement supérieures à celles des enfants français.
    en fait j’ai quelques pistes de réflexion pour expliquer ce décalage.
    ce sera l’objet d’un prochain billet

  3. Mademoiselle Patâpatî, qui se tape des Harry Potter de 5 ou 600 pages à la chaîne et peut avoisiner une vitesse de lecture de l’ordre de 100 pages de l’heure et est ensuite capable de raconter les univers qu’elle a lus dans les moindres détails de l’histoire et des personnages, s’est tapée un « D » à « capacité de lecture et de compréhension d’un texte long » sur son dernier bulletin trimestriel.
    Interrogée, soumise à la question et aux fers rouges, elle a fini par avouer ce que nous savions déjà : Les textes que la maîtresse lui file à lire l’emmerdent tellement qu’elle se donne à peine la peine de très vaguement les diagonaliser, encore moins celle de les régurgiter. Ça ne doit pas vraiment être parce que les textes sont chiants, ça doit plutôt être parce que c’est la maîtresse qui les donne, et qu’elle préfère être dans sa lune à elle plutôt que présente en classe…

    Alors le classement du pays Truc en nombre de points Machin, ça doit dépendre un peu de comment on fait la mesure. Parce que quand j’ai vu le « D » sur la « capacité de lecture et de compréhension d’un texte long » de ma Naine, j’ai bien failli tomber de ma chaise.
    Quoique le « D » ne se détachait pas vraiment des autres notes du trimestre, c’est surtout par son libellé qu’il était remarquable…

    Cela dit, l’Education Nationale me navre, et c’est sans fausse honte (mais ça me troue le cul tout de même) que j’avoue avoir expédié cette semaine sa demande d’inscription chez « les curés » pour l’année prochaine. Histoire de limiter la casse…

    Parce qu’un système qui n’est « pas en net recul », humm, comment dire…

  4. Ce qui peut donner envie de lire?
    Lire parfaitement?(ok c’est un bon debut:)
    Le hasard qui vous fait découvrir, à la lecture de quelques mots, un autre monde…du plaisir qui prend le ventre , comme une musique…waoooou.
    Mais on peut passer à coté aussi.
    Je comprends rien à ce que je raconte…
    Ben alors j’arrête…

  5. « Le goût de la lecture est un bien précieux, il permet découvrir le monde et les autres, il aide à apprendre, à réfléchir, à déceler les manipulations, à être libre » –W Tutafé, trés bien écrit, résumé.

    Surpris par le résultat ? Non, peut être suis je trop abattu.
    Envie néanmoins de croire, un peu, au pouvoir de l’école et de l’enseignement pour donner ce gout de la lecture. Je préferais un ministre qui « fasse » plutot qu’un ministre qui « veut », évidemment. Mais je préfere un ministre qui veut à un ministre qui n’a aucune ambition… Envie un peu d’avoir confiance en Darcos, qui ne me semble pas le plus mauvais de tous, même si le pouvoir du ministre est bien modeste…

    Bonne journée à toi

  6. pas surprise par le constat, Céleste, mais un doute sérieux sur le responsable incriminé.
    Il n’y a pas que l’école qui donne l’envie. Je connais des familles, de plus en plus hélas, où le seul écrit c’est le programme télé, où la maîtresse « fait… suer à donner une lecture d’une page A4 pour le lendemain » alors que c’est la finale de la StarAc!
    Tu soulignes tes efforts (consentis avec plaisir je n’en doute pas:)) pour éveiller en tes enfants le goût des livres : là se situe à mon sens le plus gros du boulot, même si réviser les méthodes de l’enseignement ne peut pas faire de mal…

  7. Etonnée, non! navrée plutôt. Que ce monde extraordinaire -celui des livres- ne soit pas davantage ouvert aux enfants. Les enfants ne demandent que ça, encor efaut-il trouver la bonne manière!

  8. C’est bien beau cette histoire de classement mais parmi les 32 premiers au classement les différences ne sont pas statistiquement significatives (voir graphique p37)… si bien qu’en fait on ne peut pas vraiment dire grand chose de ce classement par rapport au système d’éducation. Par contre, ils soulignent (dans leur rapport) que l’accès précoce à la lecture est un bon prédicteur de l’aptitude future à la lecture … ça ne veut pas dire non plus que le système français (ou québécois) actuel ne se casse pas la figure.

  9. Pour les indices et le classement je ne sais pas. Je n’ai pas été voir à quoi correspondent les indices.
    Sur le fait que les enfants ne lisent pas beaucoup, je n’accablerai pas, pour ma part, l’école. Je pense que réformes ou pas réformes il y a toujours des instituteurs qui font bien leur boulot.
    Mais il faudrait voir si cette activité est, ou non valirisée dans les familles, dans la société en général.
    On a tendance dans les analyses à isoler le « problème de l’école ». A mon sens, si problème il y a, c’est en général un problème à l’échelle plus vaste de la société. Idem pour la violence, le respect dû aux adultes, etc

  10. @swâmi
    les tests sont des tests, avec bien sûr, avec leurs limites!
    difficile, voire même impossible de comparer les résultats entre une langue et une autre.
    par exemple les Italiens sont meilleurs lecteurs, mais leur langue est beaucoup plus facile à lire que la nôtre.
    par contre les performances françaises sont en dessous des performances luxembourgeoises ou québécoises.
    je comprends bien que ton adorable schtroumpfette, qui est tellement brillante ait du mal à s’intéresser et à s’investir dans la réalisation d’un test mal fichu dont elle ne voit pas l’intérêt.

    @dom
    « Le hasard qui vous fait découvrir, à la lecture de quelques mots, un autre monde…du plaisir qui prend le ventre , comme une musique…waoooou. »
    ben oui, c’est ça!

    @Tietie
    dans le lien vers le PIRLS il y a les détails du test, un test banal, conçu par des spécialistes qui bossent dans des bureaux, probablement.

    @Falconhill
    je comprends que tu aies envie de croire un peu en Darcos;
    des ministres de l’éducation j’en ai connus plein, avec leurs réformes, leurs idées.
    pour moi l’école manque tout simplement de moyens: classes chargées, pas assez de soutien aux enfants en difficultés, pas assez d’enseignants;..etc

    @Fanny et Marc
    loin de moi l’idée d’incriminer les enseignants;
    j’ai exercé longtemps ce métier (et je l’exerce encore quoique différemment) et je sais que la plupart des enseignants font très bien leur boulot dans des conditions difficiles, voire même très difficiles.
    la part de responsabilité des familles est importante.
    pauvres familles,stressées, déprimées, inquiètes.

    il y a bien un problème de société, réel, et qui dépasse le cadre de l’école.

    @mali
    c’est vrai que les écarts semblent assez peu significatifs, mais ils sont là. je reconnais que j’ai passé un long moment sur le site avant d’arriver à comprendre les différents tableaux.

    là je fais une parenthèse, sans ce foutu blog :-), je n’aurais jamais tout ce temps sur la question

    @la nymphette
    et oui, trouver la bonne manière.
    quand j’ai passé le concours de professeur d’école j’avais intitulé mon mémoire: « Plaisir de lire, désir d’écrire »
    je m’étais inspirée des travaux de Gianni Rodari
    et bien failli me planter car l’inspectrice chef, une dame sinistre a tiqué sur cette association plaisir/désir qui pour moi était essentielle.

  11. Je ne crois pas à la conspiration visant à ne pas éduquer le peuple. L’école se dégrade progressivement depuis les années 80, donc à une période où la gauche était aux commandes et où l’objectif d’égalitarisme était au contraire affiché.
    Par contre, trop d’intellectualisme et l’application sauvage de théories savantes mal comprises en liguistique, psychologie de l’enfant, entre autres, ont fait perdre de vue aux promoteurs des innombrables réformes des programmes l’objectif essentiel de l’école : apporter aux enfants un savoir et une culture de base leur permettant d’être autonomes et de progresser dans ce monde.
    On a enfermé les enfants dans leur propre monde en considérant qu’il était génial et qu’il fallait le respecter à tout prix et on ne les a pas ouverts au monde extérieur. Or l’apprentissage est toujours une violence à la paresse naturelle de l’être humain. Le plaisir n’est pas à la base de l’apprentissage, il vient en apprenant, c’est tout à fait différent.
    Par ailleurs, on a confondu enseigner et éduquer, l’école a voulu se mêler de tout.
    Je passe sur les aberrations des réformes successives, combien d’enfants à l’instar des miens n’ont jamais étudié la géographie de la France, mais savent tout sur la construction de Sao Paulo, parce que tel un jeu de chaises musicales, la France avait voltigé de la 3ème à la 6ème et vice-versa le temps qu’ils fassent le parcours inverse…
    L’école actuelle n’inspire pas le respect, on devient enseignant parce qu’on n’a pas trouvé de boulot, pas par envie.
    Tous ces problèmes accumulés depuis des décennies ne se résoudront pas en 1 mois, quel que soit le ministre… il faudrait tout mettre par terre et tout reconstruire en gardant à l’esprit qu’on n’est plus au début du 20ème siècle…

  12. « Je ne crois pas à la conspiration visant à ne pas éduquer le peuple » Annie, 13:

    Bien sûr que non, pourtant, des choix de priorités sont faits actuellement, difficile de le nier.

    Victor Hugo disait: « Chaque fois qu’on ouvre une école, on ferme une prison ». J’ai bien peur que le choix actuel soit d’ouvrir des prisons (et des centres de rétention pour étrangers où sont retenus des enfants), quitte à fermer des écoles, les prisons ça coûte moins cher (quoique…)

  13. Effectivement l’école actuelle cherche à éduquer le peuple pour qu’il soit fonctionnel et surtout ne dérange pas. Ces test l’illustrent bien: on mesure les capacités de lecture d’enfants de 10 ans. On ne va pas voir ce que ça donne à 15-16 ans en terme de réflection et d’esprit critique. Au Québec, à 8 ans on apprend à lire des graphiques de fréquence, à faire des affiches publicitaires et à faire des présentations orales.
    J’ai un fils de 13.5 ans qui lit nimporte quoi à une vitesse vertigineuse, qui est capable d’en recracher des grands bouts et qui a compris le contenu. Mais ne lui demandez pas de faire une critique du livre, de le résumer ou d’en discuter.

  14. Je crois à l’envie de lire chez beaucoup d’enfants. Petite preuve quand j’enseignais, avec mes Sixièmes : j’achetais en vide-grenier des livres à 50ct ou 1 euro, que je tirais ensuite au sort, à la fin d’une semaine, parmi les volontaires. Ceux qui ne participaient pas au vote se comptaient sur les doigts de la main d’un manchot.

    Mais il faut du temps pour lire, le calme autour est préférable, et les enfants n’ont pas toujours ça.

    J’ajouterai un regret. La littérature actuelle pour enfants est plutôt de qualité. Mais elle est comme beaucoup de biens culturels qu’on leur propose : faite pour entretenir leur égocentrisme. On rejoint là l’hypothèse (un chouia parano ?) qui veut qu’ouvrir les esprits n’est pas la priorité des maîtres de notre monde. « Ce qui se passe ailleurs ne m’intéresse pas, ce qui est vieux ne m’intéresse pas ».

    Exemple, avec un livre que je place au plus haut : Jody et le faon (Folio junior). Un livre qui dit la vie l’amour la mort avec des mots d’une force, d’une pudeur et d’une précision également rares*. Je l’avais étudié en classe il y a dix ans, et je voulais recommencer l’an passé.

    Oui mais voilà, il est épuisé, et Gallimard refuse de le rééditer. Un livre de 400 pages, qui raconte l’hitoire d’une famille paysanne en Floride au XIXC° siècle : acune chance…

    * Je viens d’en trouver un en vide-grenier. Comme tout vrai livre « pour enfants », il touche aussi les adultes sensibles. Ceux qui veulent des extraits demandent mon adresse à notre Céleste. Tiens, je vais vous en mettre un petit.

  15. Penny chuchota : « Suis-moi. Nous nous approcherons le plus possible. » Il tendit le doigt : « Les hérons sont en train de danser leur danse nuptiale. »

    Jody aperçut au loin les grands oiseaux blancs. Son père avait des yeux d’aigle, se dit-il. Ils se mirent à quatre pattes et avancèrent lentement en rampant. De temps à autre. Penny se couchait à plat ventre et Jody se couchait derrière lui. Ils atteignirent un bouquet de hautes herbes et Penny lui fit signe de se cacher derrière. Les oiseaux étaient si près qu’il semblait à Jody qu’il aurait pu les toucher avec son long bambou. Penny s’assit sur ses talons et Jody l’imita. Il ouvrait de grands yeux. Il compta les hérons en fête. Ils étaient seize.

    Les hérons dansaient une espèce de cotillon aussi bien réglé que ceux qu’on dansait à Volusia. Deux d’entre eux se tenaient à l’écart, droits et blancs, faisant une étrange musique, moitié cri et moitié chant. Le rythme en était irrégulier comme celui de la danse. Les autres oiseaux formaient un cercle. Au centre du cercle quelques-uns remuaient en sens contraire. Les musiciens faisaient leur musique. Les danseurs levaient leurs ailes et soulevaient les pattes l’une après l’autre. Ils baissaient la tête, la plongeant dans leur poitrine de neige, la relevaient, et la baissaient de nouveau. Ils remuaient sans faire de bruit, avec un mélange de gaucherie et de grâce. La danse était solennelle. Les ailes frémissaient, montant et descendant comme des bras étendus. Le cercle extérieur tournait, tournait. Le groupe central semblait animé d’une lente ivresse.

    Soudain, tout mouvement s’arrêta. Jody crut la danse finie ou leur intrusion découverte. Mais les deux musiciens rejoignirent la ronde. Deux autres prirent leur place. Il y eut une pause. La danse recommença. Les oiseaux se reflétaient dans l’eau claire du marécage. Seize ombres blanches doublaient tous les mouvements. La brise du soir soufflait dans les herbes. Elles se recourbaient et s’agitaient. Les eaux se ridaient. Le soleil couchant rosissait les plumes blanches. Des oiseaux magiques dansaient dans un mystérieux décor. Les eaux ondulaient avec eux, et la terre frémissait de toutes ses herbes. La terre dansait avec les hérons, et le soleil bas, et le vent, et le ciel.
    Jody se surprit à lever les bras quand les ailes des hérons se soulevaient. Le soleil s’enfonçait au bout de la prairie. Le marais était doré. Les hérons en fête étaient touchés d’or. Les champs au loin étaient noirs. L’ombre couvrait les buissons, et l’eau s’obscurcissait. Les hérons étaient plus blancs que des nuages ou que la floraison blanche des oléandres et des lis. Soudain, ils prirent leur vol. L’heure de la danse était-elle simplement terminée, ou bien la longue gueule d’un crocodile avait-elle surgi de l’eau pour les effrayer. Jody n’aurait su le dire, mais ils étaient partis. Ils formaient un grand cercle contre le couchant, poussant l’étrange cri rauque qu’ils ne faisaient entendre qu’au cours de leur vol. Puis ils se déployèrent en une longue ligne vers l’ouest et disparurent.

    M.K. Rawlings. Jody et le Faon

  16. C’est un de mes livres d’enfant préféré (l’autre étant une histoire de chats Mon amie Jennie). Je les ai sauvés des poubelles lors du ménage de succession et leur ai fait traverser l’atlantique. Ici mon fils n’a même pas voulu les ouvrir … Encore un de tes trucs niaiseux et vieillots m’a-t-il fait comprendre. Ça doit soit être collé sur leur réalité soit être fantastico-médiévalo-truc de pacotille.

  17. Lisez-lui à haute voix le passage de la mort d’Aile-de-Paille. Il verra si c’est niaiseux…

    Et, si ce n’est fait, relisez-le vous même, avec un regard d’adulte.

    Ceci dit, pourquoi ne pas négocier avec lui : tu lis mon Jody, je lis ton médiéval ou fantastique (surtout que ce sont deux genres tout aussi valables), et on en discute. Sinon, c’est mépris contre mépris. S’il a par exemple « Le Roi Arthur » de Michaël Morpurgo » ou « Le Fantôme de Maître Guillemin » d’Evelyne Brisou-Pellen, c’est bien.

  18. bonsoir Celeste.

    C’est un classement. Les petits français pourraient être cent vingt neuvième sur quarante cinq !, qu’ils ne serai pas plus c.. que les autres.

    La lecture peut éveiller ou formater, c’est selon l’individu.

    Se retrouver dérrière les Etats unis qui nous avait vraiment poilé avec leur carte de France sur CNN pendant les émeutes de 2006, c’est peut-être un motif de satisfaction.

    Lire n’est pas tout, celeste.

    Je ne vais l’apprendre à personne. L’important est ce qu’on lit, et donc, bien souvent, ce que l’on a CHOISI de lire. alors vient l’essentiel, la manière de lire, qui, dans ce dernier cas, est accompagné de plaisir.

  19. Merci pour les conseils, mais il ne veut plus lire d’éditions Junior.
    On a réussi à avoir des points communs avec bilbo le hobit et le seigneur des anneaux et le haut livre du Graal (vieux français/français) aussi avec les mémoires de Pagnol parcequ’il adore imiter l’accent marseillais.

    En fait l’essentiel est de réussir à discuter du font et de la forme des écrits mais (tout comme le reste) ça demande beaucoup de persévérance de la part des parents …

  20. Mali, les livres que vous donnez sont de bonnes références. Les Mémoires d’enfance de Pagnol sont ce qui m’a permis de découvrir cet auteur, que je limitais au folklore marseillais. La scène du fournil à la fin de La Femme du Boulanger, c’est quelque chose…

    La page du Château de ma mère où Marcel nous apprend la mort de sa mère, de son frère et de Lili est une page d’anthologie qui se termine sur une phrase à rendre jaloux tout écrivain :

     » Telle est la vie des hommes. Quelques joies, vite effacées par d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants. »

    Céleste, certes nous n’avons pas de Victor Hugo, mais avez-vous lu la saga familiale de Jean Rouaud ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *