Quand j’étais maîtresse, Michael

Quelque part en France, il y a longtemps.

Michael a de grands yeux sombres et le regard fixe. Il redouble le cours préparatoire. Il ne sait pas lire. Il ne connaît que quelques lettres. Il a toujours le sourire.
Il est beau.
Par je ne sais quel odieux miracle Michael est arrivé jusqu’au C. P. sans que son cas n’émeuve qui que ce soit.
La première à réagir a été la maîtresse de l’année dernière.

Pourtant, ici, dans ce prétentieux village qui se donne des airs de cité balnéaire de luxe, on le savait que « l’Antillais  » massacrait sa femme et son fils à coups de poing.
Difficile de l’ignorer, les gendarmes sont intervenus plusieurs fois et la gendarmerie jouxte l’école, elle même collée à la mairie. De plus des femmes de gendarmes travaillant à l’école et des instituteurs étant élus municipaux on pourrait penser que tout cela formerait un réseau de communication utile pour aider les enfants et les femmes martyrisés et bien il n’en est rien! Ici, comme ailleurs, on ragote sans fin mais on se garde bien d’aider ceux qui vivent l’horreur au quotidien.
« Elle a qu’à divorcer. »
« Pourquoi elle le fout pas dehors ? »
« On penserait pas, il est tellement gentil ! »
« Elle, elle fait pétasse! »
« Le petit, il est bizarre! »

Comme si c’était facile de virer de chez soi un individu dangereux qui vous terrorise et avec qui on a fait des enfants!
C’est déjà une épreuve terrible quand on a fait des études, qu’on a un métier, de quoi payer un avocat, des amis, des parents qui vous soutiennent et la faculté de comprendre le langage juridique, alors imaginez, quand on a rien de tout cela et pour seule aide une assistante sociale débordée et incompétente !
Pendant ce temps là, l’homme a cogné, étranglé, cassé, insulté.
Et Michael s’est éloigné de l’univers des autres. Il oscille entre indifférence béate et méchanceté souriante, s’acharnant sur les plus faibles: Clara, Alexandre.

Une histoire banale.
Il était beau, il dansait bien la biguine, roulant des hanches dans la poussière des bals estivaux.
Elle était jeune, naïve, fille d’émigrés italiens, du sud, de la Calabre, là où les femmes préparent la pasta dans les cuisines tandis que les hommes plastronnent au soleil sur les places des villages.
Elle riait tout le temps, surtout quand il la pelotait en cachette.
Ils se sont mariés. Ils ont fait une grande fête, la nombreuse famille antillaise a dansé toute la nuit pendant que la famille italienne faisait la gueule sur les chaises pour marquer sa réprobation.
Plus tard Michael est né, et les choses ont mal tourné.

Parfois il ne rentrait pas dormir, il émanait de son corps lisse des effluves féminines, il était exigeant, même au lit. La famille antillaise est devenue omniprésente, frères, sœurs, oncles, à qui il fallait obéir.
Elle en a eu marre et elle a parlé de divorce, alors il l’a battue, sauvagement, et encore, et encore. Il a frappé le bébé, l’a jeté sur le sol.
Elle s’est tournée vers les siens, ils étaient absents.
Elle s’est tournée vers la famille antillaise, on l’a traitée de salope.
Elle a résisté et puis, au fond, elle l’aimait toujours ce beau black à la croupe ondulante, à la peau douce et luisante.
Mais quand la violence s’installe dans une famille rien ne l’arrête, elle empire, se nourrissant d’elle-même.
Un soir il a serré si longtemps ses mains autour de son cou qu’elle s’est évanouie. Michael a hurlé, hurlé à s’en déchirer les poumons, hurlé si fort que les voisins n’ont plus pu ne pas entendre, ils ont appelé les gendarmes.
Elle a rassemblé toute son énergie et obtenu le divorce.

Enfin sauvés?

Il est revenu, gentil, repentant, un bouquet de fleurs à la main. Il s’est excusé. Il a pleuré, des larmes de crocodile. Il a glissé sa main sous sa jupe. Il a joué avec Michael. Il l’a suppliée de lui pardonner. Il a raconté sa triste vie sans elle. Il lui a dit qu’il l’aimait toujours et que  l’enfant avait besoin d’un père, d’ailleurs, comment faisait-elle, sans lui, pour le faire garder les dimanches où elle travaille ?

Elle a cédé, il est revenu à la maison.
Il a recommencé à les frapper.
Elle est allée à la gendarmerie, les gendarmes lui ont dit «  Mais madame vous êtes divorcée, pourquoi vous l’avez repris ? Tant pis pour vous, vous n’avez qu’à le jeter dehors. »
Elle est allée voir l’assistante sociale qui lui a dit «  Faudrait savoir ce que vous voulez ! »

C’est à ce moment précis de leur histoire que Michael est devenu mon élève.
Elle m’a parlé, parlé. Elle a un  peu pleuré, elle était résignée.
J’ai dit quelque chose comme : « Je comprends, c’est très difficile. Moi aussi le père de mes enfants me battait mais on n’est pas obligée d’être une victime toute sa vie. Michael va très mal. Vous êtes tous les deux en danger, il faut agir tout de suite.
–    Comment ? Je sais pas. J’aurais jamais dû le reprendre, c’est de ma faute.
–    Non, vous, vous êtes la victime. Des erreurs, tout le monde en fait. Allez dans votre famille, quittez cet endroit.
–    C’est pas possible, je gagne bien ma vie, mon loyer est pas cher, et puis ma famille y peuvent pas…
–    Faites changer les serrures, mettez-lui ses affaires sur le palier, allez voir un avocat, et surtout, surtout, ne lui cédez plus, ne lui parlez plus. Vous êtes divorcée, il n’a rien à faire chez vous. Vous n’avez pas besoin de lui, on n’a jamais besoin d’un homme méchant. Vous êtes capable de très bien vous débrouiller toute seule. Dites-lui que je veux le rencontrer, et prenez immédiatement contact avec le dispensaire, demandez à voir le médecin et le psychologue. Vous pouvez venir me parler quand vous voulez.»

Le père  n’est jamais venu me voir.

Mais elle, elle m’a écoutée. Elle a fait changer les serrures. Elle lui a tenu tête et sur sa lancée elle l’a fait contraindre, par un juge, au paiement de la pension.

Avant de partir, le père, solennellement, entre hommes, les yeux dans les yeux, a dit à Michael: « Ta mère est une salope et tu n’es plus mon fils.»
Il me l’a raconté le lendemain, en souriant.

A l’école son comportement, n’a pas changé, pas encore. Le psychologue qui le suit dit qu’il faudra du temps.
Je sais qu’on n’efface pas l’horreur d’un simple revers de manche.

Elle, elle rayonne, elle s’est acheté de nouveaux vêtements, elle a envie de partir en vacances, elle est pleine d’énergie.
Alors je lui ai confié la maman du petit Alexandre, elles sont voisines et je crois que cette solidarité-là, issue du désespoir,  peut sauver.

32 réflexions au sujet de « Quand j’étais maîtresse, Michael »

  1. Oui, il suffit parfois que quelqu’un la conforte dans le droit de s’affirmer et de se faire confiance pour qu’une femme humiliée se sente soudain le courage de TENIR BON.
    Et le beau cadeau que tu lui as fait en lui confiant une autre femme écrasée. Un beau cadeau à deux femmes et à leurs enfants.

  2. Très, très bon récit, à faire circuler, pour toutes celles qui ramassent et dont tout le monde se détourne.
    Je me souviens d’une famille où le père brutalisait tout le monde. Une fois, on les a vu courir sur le balcon en hurlant, le père derrière. J’étais une gosse, j’étais horrifiée, je ne comprenais pas que personne ne bougeait. « Tu comprends, ce ne sont pas nos affaires », « elle doit aimer ça si elle reste », etc.

    Le lendemain, on a croisé le père au marché. Tout le monde lui secouait la paluche, comme si de rien n’était. J’ai tourné les talons, ulcérée!

  3. @jardin

    Oups!
    Merci de me signaler cette erreur.
    comme c’est une histoire vraie que j’ai écrite il y a plus de dix ans, quand j’étais encore maîtresse, j’ai changé le prénom mais pas complètement 🙁 (quelle gourde!)

    Et pourtant, j’ai relu le texte au moins 20 fois avent de le publier.

    C’est comme pour les enfants, on leur dit de relire et de se concentrer sur les fautes mais tant qu’ils n’ont pas pris de recul par rapport à ce qu’ils ont écrit, ils ne voient pas les fautes.

    j’ai corrigé, c’est l’histoire de Michael, comme le souligne @la plus sympa des sardines du port de Marseille, Alexandre c’est une autre histoire.

    Les deux sont liées.

    @jardin
    L’amitié entre les deux mamans a bien fonctionné, elles se sont aidées mutuellement avec leurs enfants.

    « Oui, il suffit parfois que quelqu’un la conforte dans le droit de s’affirmer et de se faire confiance pour qu’une femme humiliée se sente soudain le courage de TENIR BON. »

    C’est tout à fait ça.
    Quand une femme subit des violences conjugales, elle perd complètement confiance en elle-même. Il suffit parfois de peu, que quelqu’un l’écoute, la soutienne, la comprenne, lui donne la possibilité d’avoir à nouveau confiance dans ses capacités pour qu’elle trouve le courage de se battre.
    Au contraire, tous les discours du mode  » Moi à ta place… » et « Pourquoi tu ne… », sans empathie, font mal, condamnent et paralysent.

    @Le Monolecte

    Oui, c’est tristement banal
    « Tu comprends, ce ne sont pas nos affaires» , « elle doit aimer ça si elle reste»

    c’est tout à fait ça, le jugement, la lâcheté.
    Si par hasard l’homme est une personnalité locale, les bouches restent closes.

    Mes dix dernières années d’enseignement, je les ai passées à me battre pour défendre des enfants maltraités, des mères battues.

    Avant, pendant longtemps j’ai été titulaire mobile, je voyais les problèmes mais je n’avais pas la possibilité d’agir.

    Cela m’a valu pas mal d’inimitiés, y compris parmi mes collègues mais aussi beaucoup de satisfaction, d’émotion quand j’arrivais, effectivement, à aider, quand il y avait des résultats, comme pour Michael et sa maman.

  4.  » Elle doit aimer ça, si elle reste », j’ai déjà entendu ça, aussi, souvent même et plutôt dans la bouche des femmes, comme avec une pointe d’envie…!?

    Il y avait des chansons, à certaines époques, sous formes de confidences de femmes, avec Piaf et « Mon légionnaire » et puis celle là aussi, Lucienne Boyer, peut-être, « Mon homme »,; « Je l’ai tellement dans la peau, qu’j’en suis marteau- Dès qu’il s’approche, c’est fini, je suis à lui- Quand ses yeux, sur moi se posent- J’me sens toute chose.. », puis plus loin; » Il m’fout des coups.. », etc, etc…!

    Quelque chose de poisseux, mais d’enviable… Attention, je ne prends pas parti pour la victime de l’image virile, pas si loin, en fait…!

    Alors, bien sur les contrecoups sur l’enfant ou les enfants, sont incalculables…! Je ne parle même pas des femmes, qui sont souvent des hommes comme les autres… aïe, aïe, pas taper, bon, je sors !!

    Je reste encore un peu, pas longtemps…, souvent on croit avoir surmonté, certaines phases d’évolution…et puis, non, je ne dis pas non plus qu’il faille généraliser, mais la sujétion, souvent ancienne, la posture dominant-dominé, paraissant inéluctable…etc, etc…! Je ne sais pas à quelle époque se situe ton récit, Céleste, on peut deviner dans quel milieu…, mais quand on a dit ça, même avec les réponses, on fait quoi avec, au delà du constat,…à part quelques exceptions !?

    Bon, je me doute que ça va pas plaire, mais, je persiste, au delà du constat…!? Quoi faire ?

  5. Oui, celeste, y’a que ça à faire, construire la solidarité des femmes entre elles et s’affirmer présente et disponible.

    Et se battre aussi pour que les hommes cogneurs ne soient pas salués comme si de rien n’était. Construire le mépris autour d’eux.

    En vrai, je serais assez aussi pour envoyer des hommes solidaires leur péter la gueule (oui, des femmes pourraient le faire aussi)

    Solidarité et porte ouverte, n’importe quand

  6. @v.a.

    « Fais moi mal Johnny Johnny… »
    et autres rengaines vantant la virilité agressive…mouais 🙁

    Je ne peux pas dire que l’homme façon légionnaire, le beau tatoué à la main leste avec « maman je t’aime » gravé sur son biceps poilu me séduise.

    un florilège de citations plus affligeantes les unes que les autres.

    rien d’enviable dan la violence!

    les coups ça fait mal, tout simplement.
    rien d’esthétique.

    Les solutions?
    @Christine les donne: solidarité, soutien mutuel, dénonciation systématique des actes violents.

  7. Ok pour la solidarité, le soutien et la dénonciation des actes . Mais surtout, apprendre aux filles et aux garçons que le coup, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, n’est pas un comportement socialement civilisé. Point barre. Si tu frappes, tu sors du cercle. Et pour les filles particulièrement, mais pour les garçons aussi, savoir que la premier coup est inadmissible, que l’on ne doit jamais attendre le deuxième. Et que le respect des autres passe par soi. Même en amour, même dans le plus fou, se souvenir que l’être aimé ne peut pas être lui-même dans cette violence. Même s’il ne le sait pas. Et que même dans l’optique d’une aide par amour, on doit sortir d’abord et avant tout du cercle de la violence. De suite, sans réflêchir et sans penser. C’est le conseil que mon père donnait à ses filles : « si un homme te ouche, une fois, tu reflêchis pas, jour ou nuit, avec ou sans fric, été ou hiver, tu prends tes mômes sous le bras et tu te casses. Après, tu verras. » Ne jamais attendre.

  8. Pour les garçons aussi car les relations dominants-dominés peuvent survenir dans toutes les formes de couples. Homosexuels ou hétérosexuels. Et qu’il existe aussi une minorité d’hommes battus qui ont encore plus de mal parfois que les femmes à avouer leur condition : ils sont souvent aux yeux des autres, ou au moins le pensent-il, les traitres, les minables qui dévirilisent l’ensemble des hommes.

    Il y a donc deux combats qui se superposent et se rejoignent : celui des femmes et de leurs droits au sein de ce monde et celui de toutes les victimes, femmes, hommes, enfants, vieillards, de violences domestiques.

    Qu’aucun n’occulte l’autre, nous pouvons avoir assez d’indignation pour les deux

  9. @Sardine

    « si un homme te touche, une fois, tu réfléchis pas, jour ou nuit, avec ou sans fric, été ou hiver, tu prends tes mômes sous le bras et tu te casses. Après, tu verras.»

    très avisé, ton papa 🙂

    Je donne toujours le même conseil aux filles, un homme qui frappe, que ce soit sa femme ou ses enfants, doit être immédiatement quitté.

  10. @sardine again

    « Pour les garçons aussi car les relations dominants-dominés peuvent survenir dans toutes les formes de couples. Homosexuels ou hétérosexuels. Et qu’il existe aussi une minorité d’hommes battus qui ont encore plus de mal parfois que les femmes à avouer leur condition : ils sont souvent aux yeux des autres, ou au moins le pensent-il, les traitres, les minables qui dévirilisent l’ensemble des hommes. »

    absolument!

    malheureusement le monde dans lequel nous vivons est régi par la relation « dominant/dominé »
    partout, à tous les échelons de la société.

    marcher la tête haute, d’un pas équilibré ni dieu, ni maître, ni esclave, ni seigneur, ni exploité, ni exploiteur

    LIBRE 🙂

  11. J’ai croisé un jour la souer de cette femme et le frère de cet enfant…

    LE VOLCAN

    (La scène se passe dans un car en partance vers l’Ukraine)

    …Ça va se dégeler par la grâce involontaire (et peu gracieuse) d’un monstre de pas cinq ans monté à Metz avec sa mère. Il commence fort en sommant les gens du fond de faire comme lui ne fera jamais : parler plus bas. Sourires discrets, alentour, et ces passagers pourtant peu volubiles ne lui en voudront pas, qui deviendront ensuite ses fournisseurs attitrés en caries dentaires. Et il continue à gêner de toutes les façons malgré sa mère, inapte à calmer cet ouragan couleur de prune. Les sourires se raréfient.
    Tant qu’au bout de quelques heures, à une halte en Pologne, je finis par discrètement offrir à la dame mes services de conteur pour enfants (prof un jour, prof toujours). Elle bafouille un refus – mais après une heure m’appelle au secours sous une énième poussée du geyser. Ça marche, cahin-caha car le temps a un peu grippé mon moulin à contes. Monstro s’apaise rapidement, et se convertit ensuite en silencieux monteur de Legos. J’ai un œil au plastique, car il m’a élu conseiller technique, et une oreille à la maman, qui veut me remercier ; mais d’un coup craque pour livrer en vrac à ses voisins de sièges sa vie cassée, cassée comme sa jambe droite, cadeau de ce que seule la loi appelle mari, au vrai une brute perverse, vulgaire et méprisante (mentirait-elle à qui ne la reverra jamais ?) qu’épuisée elle fuit pour deux mois de repos dans sa famille à Kiev. Nous sommes alors plusieurs à la soutenir, à lui dire qu’elle a raison de vouloir le quitter, qu’elle est en train de se battre, pour elle, pour son fils, pour que Mini-Macho ne devienne pas le clone de son père tant déjà il la rudoie du haut de ses pas cinq ans.

    Puis celui qui est redevenu un enfant s’endort, la tête contre moi. J’en informe aussitôt la maman, qui l’allonge délicatement sur la banquette. Je rejoins ma place. Autour, tout dort, bientôt c’est elle. Et je revois alors sa gène du début, je comprends son impuissance à dompter le fauve, sa quasi-fuite quand pour plaisanter je lui avais dit, à l’étape précédant celle de l’offre, que son fils ferait un bon gendarme.

    Madame, avant de quitter ce car enfin chaud malgré le noir opaque de la nuit ukrainienne, je vous ai en tout honneur bisé à la mode de Bretagne : deux aller-retours sur les joues (plus un bisou au front du volcan qui a eu la bonne idée de rester éteint.) Bien petit geste pour dire, en notre nom à tous, que vous n’étiez pas seule dans votre lutte. Aura-t-il servi ? La suite aura-t-elle fini par vous donner une vie plus digne ?
    Je paierais cher pour avoir la réponse.

  12. @ Celeste, # 9, et suivants, et @ Sardine aussi, quand je citais; « C’est mon homme », ou tu cites aussi B.Vian, mais lui, c’est de la dérision, ..bien sur que je ne cautione pas les postures viriles, ou soit disant telles…!

    Il y a quand même, même encore maintenant, une forte imprégnation, dans le discours dominant, même politiquement correct, de cet invariant culturel patriarcal…. bon, ce n’est pas moi qui vais me lancer, dans un discours féministe 🙂 … mais on voit bien comment les notions d’égalité deviennent de la parité, par exemple !

    Sardine, toutes les femmes n’ont pas la possibilité, (enfin, si..théoriquement!), de partir au 1er haussement de ton, surtout avec les gamins sous le bras, même si ton père avait raison.
    Alors, oui, c’est la violence, quelle qu’elle soit, qu’il faut arriver à atténuer, l’éliminer parait difficile, et ça, ça passe par la culture et de ce côté là, on est mal barrés..! 🙁

  13. Dans mon métier d’avocate, j’ai vu des femmes battues qui soulignaient aussi le côté « échec » de la relation, difficile à assumer vis-à-vis des autres et de la famille. L’homme que l’on présente, que l’on impose, d’une certaine façon, on le montre beau et lisse et bien aux autres.
    A la première baffe, ce joli monde s’écroule. On a le choix de laisser sa fierté de côté, ou pas. Quelquefois, ces femmes n’ont plus que l’apparence à défendre. Parce que la société est régie par l’apparence, et depuis longtemps…

  14. @strychnine

    Ce que tu écris est tout à fait exact. Je le sais, je l’ai vécu.

    Si ce n’est que pour moi le monde ne s’est pas écroulé d’un coup, à la première baffe. Ce fut plus progressif, des années de remarques blessantes, de méchancetés gratuites, d’humiliation. Mais je ne disais rien, à personne.
    Je voulais défendre l’apparence.

    Et particulièrement vis à vis de mes parents qui n’avaient jamais aimé mon mari.
    Je ne voulais pas entendre ces éternels et insupportables « On te l’avait bien dit », « si tu nous avais écoutés », « C’est de ta faute t’avais qu’à pas… »

    Et puis, quand la violence est arrivée, j’ai continué à ne rien dire. Pendant des mois.
    J’étais bloquée, paralysée, incapable de parler, de raconter.

    Au contraire, quand on est victime de violences, conjugales ou autres, il faut le dire, en informer les autres, la justice et se libérer de ce poids.

    Sortir de l’enfer conjugal est un processus très complexe. L’avocat y joue aussi un rôle essentiel, pas seulement pour le côté juridique de la chose mais pour le soutien qu’il apporte.

    Le mien a été très bien. Il m’a rassurée, épaulée, aidée à reprendre confiance en moi.

  15. VA : « quelque chose de poisseux, mais d’enviable » : pourriez-vous développer ?

    Céleste, je pense que ce qui coince par action anti-spam est la tinyurl que je donne en signature. Ça m’arrive sur un certain nombre de blogues, comme causeur.fr ou sur des blogues sous dotclear. De là à dire que c’est dirigé contre l’Harmattan, qui comme chacun sait est le mouton noir de l’édition, héhé…

    J’ai la chance de ne jamais avoir eu affaire, dans mes relations (mais ou travail) à de tels hommes. Juste une certaine personne portée sur le dénigrement psychologique. Il y a une justice : mon fils ne veut plus la voir, et ne veut pas lui confier ses fils.

  16. @ PMB, « quelque chose de poisseux, mais d’enviable », c’est juste que dans ce genre de situation, il y a souvent de la passion…, bonne ou mauvaise, (y’a-t-il de la bonne ou de la mauvaise passion…!? :-/ ), et la passion, c’est du sel ou du piment, dans une vie souvent monotone…!

    Ca n’explique, ni n’excuse rien..!

  17. « Mais quand la violence s’installe dans une famille rien ne l’arrête, elle empire, se nourrissant d’elle-même ».
    Rien ne l’arrête : la preuve que non, tu étais là.
    Autre chose qui peut arrêter la violence, c’est d’aller faire un signalement au tribunal ou par lettre recommandée au Procureur de la République. Il y aura enquête sociale et jugement. Bien entendu, souvent faute de moyens, la Course est celle d’une course de fonds. La loi protège. Continuons d’informer les Citoyens et citoyennes victimes de violence sur les possibles…

  18. complément au #23
    Je travaille dans le sens de Céleste, à titre personnel comme professionnel.
    Il est indispensable de s’alerter (voire alerter) au premier signe de violence conjugale, et ne s’y résigner jamais en aucun cas. Une vie conjugale n’a de sens que dans la tendresse et l’amour, et n’est possible que dans le respect de l’autre.
    Malheureusement on sait que trop souvent la violence y a sa place sous toutes ses formes. La pire (s’il faut graduer) étant l’inceste, pour ses conséquences abominables. Voir, par exemple, Eva Thomas « Le viol du silence » dont je signale (http://throughdoors.blogspot.com/search/label/Thomas%20Eva) un bref extrait – mais à propos d’un autre thème : la transmission de la violence.
    Mais est-ce bien un autre thème ? La violence n’est pas un « objet » comme les autres, c’est un fluide, on ne le contrôle pas facilement, on ne l’élimine pas comme on fait d’un objet ennemi dans un jeu vidéo.
    Il est aussi de notre responsabilité lorsqu’on écrit (et c’était là un clin d’œil à Céleste d’un collègue modeste et faillible) d’éviter de la présenter (la violence) au premier degré comme susceptible d’appartenir à un groupe humain en particulier. Pas toujours facile d’y réussir, mais le sourire aide.

  19. J’ai subi pendant quelques années les violences verbales de mon ex-épouse et je peux vous assurer qu’elles sont probablement pires que les violences physiques.
    Après plus de 3 ans de procès j’ai obtenu mon divorce, j’étais libre de toutes contraintes financières et j’ai réussi à me reconstruire.

  20. @gaspard

    Tu as raison de souligner qu’il faut veiller, quand on écrit, à ne pas involontairement, ou non, stigmatiser toute une population (je sais ton amour des mots, du mot juste 🙂

    Si j’écris « l’Antillais », ce n’est certes pas pour stigmatiser les Antillais, en sous-entendant qu’ils sont tous violents. (et je sais que tu l’as compris)

    c’est tout simplement par souci de la vérité, au village, on l’appelait « l’Antillais » et puis il y avait une famille de norvégiens, on les appelait « les Norvégiens ».
    C’est très souvent comme ça, j’ai une amie américaine qui vit depuis 30 ans au Poitou, elle est encore « l’Américaine ».
    Et moi à Bologne, dans mon quartier je suis « la Francese »

    tout simplement 🙂

    Je vais mettre des guillemets pour marquer la distance, en fait j’aurais dû le faire depuis le début

    merci pour tes explication et le lien 🙂

    @le passant

    « J’ai subi pendant quelques années les violences verbales de mon ex-épouse et je peux vous assurer qu’elles sont probablement pires que les violences physiques. »

    Impossible de comparer les diverses faces de la violence. Le ressenti dépends aussi du vécu de chacun.

    Moi j’ai connu les deux, violence verbale et violence physique et les deux sont insupportables, odieuses mais lorsqu’il m’agressait verbalement, je pouvais me défendre et je le faisais, alors que lorsqu’il m’agressait physiquement, la différence entre nous était telle que je pouvais, au mieux, me protéger.

  21. Merci Céleste pour ta gentille réponse.
    J’avais oublié de mentionné que ces violences verbales étaient presque toujours faites en public que ce soit dans la rue ou devant la famille ou les amis.
    Aujourd’hui je vis heureux avec ma compagne qui m’a beaucoup aidé dans ma reconstructuon.

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