Sexisme et conséquences

« J’étais petite, je ne sais pas si c’est vrai, ou si j’en avais tellement peur que j’ai cru que c’était réellement arrivé. »
Elle se tait, aspire une bouffée de sa cigarette.
« Mais j’ai encore la sensation de l’eau froide sur mon visage. La terreur. Je veux hurler mais l’eau pénètre dans ma bouche. »
Autour d’elle nous sommes silencieux. Elle rajuste une mèche de ses longs cheveux noirs hâtivement noués en queue de cheval. A 33 ans, avec ses pantalons de jogging larges, ses jeans et ses chaussures plates, elle semble toujours adolescente.
« Quand ma mère était en colère contre nous, elle nous attrapait par les chevilles. Elle était forte ma mère, et elle nous tenait la tête la première au dessus du puits en nous menaçant de nous lâcher.»
J’en ai la chair de poule.
Elle a son petit sourire un peu ironique.
« Pour elle c’était normal, sa mère faisait pareil, et la voisine aussi. Au village ça ne choquait personne. »
Silence.
« Mais ce n’était pas ça le pire. Le pire c’était que ce traitement était réservé à nous, les deux filles, nos frères avaient tous les droits, nous non, chez nous c’est comme ça.
– Encore maintenant ?
– Maintenant les enfants sont moins battus, mais mon frère et ma belle-sœur n’élèvent pas mon neveu et ma nièce de la même façon. Lui, c’est le protégé. A chaque fois que j’y vais, je me dispute avec mon frère, mais il n’y a rien à faire, il ne comprend rien. Heureusement, j’ai pu étudier, ça m’a permis de venir à Bologne. Je ne retournerai jamais vivre là-bas »

Là-bas ce n’est pas sur un autre continent.
Les gens qui y vivent sont essentiellement des catholiques pratiquants.
Des citoyens d’un pays occidental.
Réputé pour sa douceur de vivre.
Pour ses musées et ses églises.
Pour ses plages.
Les touristes l’adorent.

Là-bas c’est le sud de l’Italie.

Le sexisme s’y porte encore fort bien.
Le racisme aussi, normal, ces deux plaies ont la même racine : le refus de l’altérité.

Pour justifier d’indignes mesures d’expulsion des étrangers en situation irrégulière et des politiques belliqueuses envers certains pays détenteurs de précieuses ressources naturelles, une vague de racisme, dûment alimentée par certains médias affidés à des dirigeants politiques eux mêmes aux ordres d’une nébuleuse financière gérée par des requins, parcourt l’échine de la vieille Europe.
Bien vieille en effet l’Europe, à l’agonie même, oublieuse des idéaux qui ont fait sa grandeur.
Égoïste, ne voulant pas partager sa part de gâteau, en refusant même les miettes aux indigents, aux affamés du monde entier.
Cruelle, allant jusqu’à emprisonner des enfants que la misère a conduits sur ses terres.
Sotte, car incapable de comprendre qu’étant donné le faible taux de natalité de ses citoyens d’origine si elle refuse d’accueillir des populations venues d’ailleurs elle est vouée à la disparition.
Peureuse, car prête à se réfugier dans les obscurantismes religieux, leur cédant jour après jour du terrain.
Ce qui la rend particulièrement dangereuse pour ses éléments féminins dont les libertés sont de plus en plus menacées.
Et puis encline à la délation, à la stigmatisation des minorités, à la haine, au rejet.

Pourquoi, partant de la violence sexiste subie par mon amie dans son enfance en suis-je arrivée à cette critique de l’Europe ?
Parce que tout est lié. Tant que les petites filles ne seront pas totalement considérées comme les égales des petits garçons, les sociétés seront déséquilibrées, affaiblies par la catégorisation qui mène inévitablement à la hiérarchisation, donc au patriarcat.

« Les femmes ont en commun d’être séparées des hommes par un coefficient symbolique négatif, qui comme la couleur de peau pour les Noirs ou tout autre signe d’appartenance à un groupe stigmatisé, affectent négativement tout ce qu’elles sont ou font. » Pierre Bourdieu

Une fois admise cette première catégorisation homme/femme, les autres suivent : blancs/noirs, chrétiens/pas chrétiens… etc. (car la liste serait longue), chacune entraînant sa vilaine petite hiérarchie.

Comment peut-on, alors, espérer progresser vers la paix et la justice sociale ?

« Ta gueule…t’as compris…ta gueule! » de Nole

8 réflexions sur « Sexisme et conséquences »

  1. L’adoption par le Parlement européen (décidément une instance très démocratique) de la « directive retour » est le signal inquiétant de la convergence des politiques réactionnaires, donc anti-humanistes, dans les 27 pays qui se targuent d’une unité de façade.

    On est suspendus au-dessus d’un puits noir.

  2. @Dominique
    noir, inquiétant et profond, mais ne dit-on pas qu’arrivé au fond il suffit de frapper le sol pour remonter à la surface?

    cette directive est honteuse

  3. tout de même une chose : dans nos belles civilisations méditerranéennes le sexisme ou du moins ces traitements sont le fait des mères, l’espionnage souvent des autres femmes/
    Les pères sont généralement plus indulgents, sauf les quelques qui pourraient pousser l’amour un peu loin, mais ce n’est pas une spécialité locale.
    Et en remontant en arrière d’une quarantaine d’années, un mauvais résultat en première année d’architecture a été pour moi synonime de plus d’argent pour des études, puisque les filles ça se marie et qu’il y avait cinq enfants derrière moi.
    Accepté parce que je culpabilisais, et pour la seconde des raisons, et pas assez d’assurance pour me lancer à 18 ans dans un mélange petit boulot études (d’autant que sténo dactylo ça laisse peu de temps libre).
    Pas intéressant si ce n’est que : milieu plutôt privilégié, pays dans la moyenne

  4. « Il faut que tout change pour que tout reste comme avant » … Phrase extraite du Guépard de Luchino Visconti.
    Le sexisme et le racisme … Tu as raison de les relier Céleste dans cet excellent billet (belle écriture), ce sont d’ailleurs des « valeurs  » pronées par un certain chroniqueur (je tais le nom du « trouduc » car le Bondy blog vient de faire les frais d’un commentaire http://20minutes.bondyblog.fr/news/200806200001/un-commentaire-qui-peut-couter-45-000).
    L’Europe prévoit également des moyennes d’heures de travail de 48 à 72 heures … Espèrons qu’un Léon Blum repointe son nez au train où ça va. Il ne manque plus que le retour des locomotives à vapeur …

  5. Je suis révoltée depuis l’enfance de ces différences. Alors que les filles devaient faire la vaisselle, les garçons pouvaient aller s’amuser. Aujourd’hui, j’ai un mari qui fait la vaisselle et mes trois garçons font le ménage dans leur chambre, savent mettre la machine à laver en route, repasser,… De cette façon ils ont un modèle et des habitudes qui leur permettront plus tard de ne pas prendre leur femme pour leur servante.
    Je comprend que ces attitudes puissent être une cause de divorce.
    Quelque fois on me rétorque que je ne sais pas réparer la voiture. Je leur répond que cette activité ne prend pas plusieurs heures quotidiennes. Non mais!

  6. L’autre jour une amie me rétorquait alors que je lui disais avoir acheté une moto : Ton mari est sympa.
    Parce que forcément cela ne pouvait être que lui qui me l’avait achetée cette moto, ou qui m’y avait autorisée.
    Le sexisme est encore plus inadmissible quand ce sont les femmes elles mêmes qui le véhicule.

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