Italie : Autour d’Eluana

Plongée dans les ténèbres d’un coma irréversible, inerte sur un lit dont jamais elle ne se lèvera, Eluana ignore à jamais que son cas divise l’Italie.
En janvier 1992, un accident de voiture a définitivement éteint son sourire, l’a privée de toutes ses facultés, l’a condamnée au silence, aux sondes, aux tuyaux qui transpercent ses bras.

Depuis des années son père se bat pour qu’enfin elle trouve le repos définitif. Eluana, il s’en souvient, le lui avait dit, elle aurait préféré mourir que vivre ainsi.
Pendant des années les procédures se sont succédées, finalement, le 13 novembre 2008, la Cour de cassation a rendu un arrêt l’autorisant à cesser d’alimenter et d’hydrater sa fille.

Mardi, elle a été admise dans une clinique privée d’Udine, où à partir d’aujourd’hui, vendredi, elle ne sera plus ni alimentée ni hydratée. Les autorités médicales affirment qu’étant en permanence sous sédatifs, elle ne souffrira pas et que son décès interviendra, en douceur, au bout de deux semaines.

Mais les vautours politiques et religieux s’acharnent à lui imposer une vie qu’elle n’est plus en mesure de vivre.

Cet après-midi, le Conseil des Ministres a promulgué, dans l’urgence et à l’unanimité, ce  décret-loi :
« L’alimentation et l’hydratation, en ce qu’elles sont des formes de soutien à la vie ou ayant pour objectif physiologique de soulager la souffrance, ne peuvent en aucun cas être refusées par les personnes intéressées ou suspendues par ceux qui assistent les personnes qui ne sont pas en mesure de décider pour elles-mêmes. »
« Je ne veux pas être responsable de la mort d’Eluana » a proféré Berlusconi, ajoutant dans une envolée grandiloquente « Tout doit être fait pour la sauver. Eluana pourrait faire des enfants. »

Non, je n’invente rien, et oui, je n’ignore pas non plus ce que vous pensez déjà du personnage, mais il vient pour moi de franchir une nouvelle étape en direction du dégoût total ; il a bel et bien déclaré, sa voix métallique articulant chaque mot « Eluana potrebbe fare figli »

Le Président du Conseil de la République italienne pense qu’une femme, murée depuis 17 ans dans un coma irréversible, qui a perdu tous ses sens, qui n’a plus conscience de rien, pourrait faire un enfant.
Un enfant, né d’une mère éternellement absente, fantôme hérissé de tuyaux allongé dans la blancheur d’une chambre.

Et le Vatican de s’esbaudir : « Le gouvernement est courageux, il nous a écoutés »
Le pape, quant à lui, a récemment éructe que l’euthanasie est une «fausse solution au drame de la souffrance» et une attitude «indigne de l’homme».

Le président Napolitano refusant de signer le décret-loi, Berlusconi choisit le passage en force :

« Si le Président de la République ne signe pas, nous changerons la Constitution sur les décrets d’urgence. Je convoquerais le Parlement pour approuver dans les trois jours une loi indiquant la norme sur l’hydratation et l’alimentation prévue dans le décret »

Au-delà de l’aspect humain de cette odieuse affaire au-delà de la souffrance d’Eluana et de ses proches « Si ce décret-loi devait être approuvé il serait à mon avis non seulement anticonstitutionnel mais aussi d’une violence inouïe: le gouvernement veut-il imposer par la force la sonde alimentaire pour tous?« , s’était précédemment interrogée l’avocate Franca Alessio qui défend l’intérêt d’Eluana.

Eluana, dont le lumineux sourire passé apparaît sur toutes les premières pages des journaux, Eluana, devenue objet, l’objet d’une lutte glauque, nauséabonde.
Eluana ne saura jamais qu’alors que d’une main, le gouvernement de son pays utilise sa vie en la lui imposant violemment, de l’autre, il condamne les clandestins à la maladie en leur retirant la gratuité des soins médicaux et en engageant les médecins à la délation.
Eux, ils pourront mourir tranquillement, dans l’indifférence.

sources , et

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