La peur

Elle est partout. Inévitable. Laide. Insidieuse. Destructrice.
Elle est, a écrit Dostoïevski « la malédiction de l’homme ».

Elle s’est imposée ce matin pendant un débat que j’animais dans une classe de lycée.
Le thème en était le téléphone portable.
J’ai demandé à mes élèves s’il était indispensable.
Ils ont répondu que oui.
-« Pourquoi ?
– Pour pouvoir à tout moment joindre quelqu’un : les amis, les parents.
– Pourquoi ?
– Pour se sentir en sécurité.
– Vous avez donc tellement peur ? »
Un oui d’abord indistinct mais qui peu à peu prenait de la vigueur a circulé de table en table.

Alors je leur ai raconté que lorsque j’avais vingt ans, j’ai voyagé pendant deux mois au Japon et que, durant ce séjour, j’ai peut-être envoyé deux lettres à mes parents mais que je ne leur ai jamais téléphoné.

Un « ahhh » collectif de surprise s’est élevé.
Puis un grand et beau gaillard de 17 ans a dit :
« Si je fais ça ma mère me tue. Elle m’appelle dix fois par jour. C’est trop, souvent je ne lui réponds pas. Elle m’appelle même pour savoir si je suis allé aux toilettes »
Rires dans la classe.
«- Elle a tout le temps peur.
– Peur de quoi ?
– De tout. »

Je leur ai alors parlé des voyages que j’ai effectués, il y a longtemps, en auto-stop.
« Vous n’aviez pas peur ? a demandé une fille
– Non
– Ah… Oui mais maintenant c’est plus dangereux. » a affirmé une autre.

Il est ressorti de cette discussion qu’ils sont convaincus de vivre dans un monde où le danger règne en permanence.

Sur le chemin du retour je me souvenue d’une anecdote.
C’est l’histoire d’une dame entre deux âges, la taille épaisse et la mine revêche, qui de sa fenêtre voit arriver un vendeur ambulant africain. Au lieu de sonner il pousse le portillon et pénètre dans le jardin.
Le sang de la dame ne fait qu’un tour, la peur se transforme immédiatement en haine et elle se précipite sur le pas de sa porte pour invectiver le malheureux.
De quoi a-t-elle peur ?
D’être volée ?
D’être violée par l’intrus ?
D’être frappée ?

Elle a peur de cet étranger noir. Une peur qu’elle ne sait dominer et qu’elle croit évacuer en éructant des injures, des menaces et le spectre de la maréchaussée.
L’étranger débouté, la dame se rue sur son téléphone ou son ordinateur pour narrer sa mésaventure.
Elle enveloppe sa peur dans une diatribe raciste qu’elle justifie au nom de sa liberté de femme blanche occidentale face à l’envahisseur noir africain.
La dame hait le multiculturalisme et de ses tripes avachies elle vomit sur l’islam qu’elle suppose être la religion du vendeur ambulant.
Elle exulte de joie mauvaise en alignant des phrases d’un humour pathétique.
Elle est sûre de son bon droit.

Qui est alors le plus dangereux, l’homme pauvre qui fait du porte à porte pour gagner quelques euros ou la dame propriétaire de son petit chez soi qui insulte, qui chasse, qui discrimine ?

Comme tant d’autres la dame est manipulée par une propagande omniprésente qui dicte les motifs de peur.

– peur d’autrui, surtout si autrui est différent
– peur de la pauvreté
– peur de perdre son travail, fut-il harassant, mal payé, humiliant
– peur de manquer
– peur d’être jugé
– peur de ne pas être comme les autres
– peur d’être agressé
– peur d’être malade
– peur d’avoir peur
– peur des terroristes
– peur de vieillir
– peur de mourir
– peur de vivre

La manipulation par la peur est devenue une arme de destruction massive.
Car « La peur bloque la compréhension intelligente de la vie. »
Jiddu Krishnamurti

C’est la peur de la victime qui donne du courage au bourreau.
Il ne tient qu’à nous de la combattre, de la chasser d’un revers de main, de nous interroger sur la réalité de ses motifs et de la transformer en courage.

Reste la peur fondamentale, celle de la mort.
Mais la mort est inéluctable, à quoi bon s’en préoccuper.
J’aime cette phrase de Camus : « Ce qui vient après la mort est futile. »

Les autres ne sont que des peurs de circonstances.
Un peuple apeuré est plus facile à gouverner. Du moins c’est ce qu’ils pensent, les dirigeants actuels.

Faisons en sorte que leurs machinations échouent.
«Les grands ne nous paraissent grands que parce que nous sommes à genoux. Levons-nous !» Loustalot

« Le grand courage, c’est encore de tenir les yeux ouverts sur la lumière comme sur la mort. » (Albert Camus)

En lien, une interview de Raoul Vaneigem, un très beau texte d’Albert Camus et un autre de Noam Chomsky

et en prime ce billet de Cui-cui sur le village des NRV

42 réflexions sur « La peur »

  1. Pour la combattre, je ne vois qu’une chose : les autres.

    Il faut créer des occasions de rencontre entre gens différents, se parler, échanger ses connaissances et ses opinions. On a peur de ceux qu’on ne connait pas.

    Et le plus difficile : créer des espaces de lutte qui soient aussi des espaces de solidarité matérielle.

    Je ne suis pas sûre que le viol ait à voir avec le physique des victimes.

  2. Quelle histoire affreuse que cette femme blanche qui se met à insulter un malheureux camelot parce qu’il est noir. Comment est-ce possible?
    Cela me rappelle quelqu’un que j’ai connu et qui avait une haine farouche des Noirs. Sans avoir jamais eu maille à partir avec certains, puisque, là où il habitait, il n’y en avait strictement aucun et qu’il n’en avait donc même pas côtoyé. C’était donc totalement irraisonné.

    Mais le destin est parfois cruel: son propre fils, qui était parti travailler en Afrique, a épousé une Africaine noire et son petit-fils est donc métis.
    Je ne sais pas ce qu’il en pense. Je ne l’ai pas revu depuis.
    Tu as oublié, Céleste, me semble-t-il, également la peur du terroriste qu’on instille à longueur de reportages et de discours.
    Le problème, c’est que ces peurs servent à nous vendre la « sécurité » aux dépens de nos libertés (fichages, prélèvements ADN, biométrie, etc.).

    « Je ne suis pas sûre que le viol ait à voir avec le physique des victimes » -> Je suis bien d’accord avec Christine. Personne n’est, hélas, à l’abri de ces malades.

  3. Vrai aussi! 🙂
    Je n’ai pas trouvé de terme adéquat pour les décrire. J’ai utilisé « malade » au sens large, disons. Un régionalisme, peut-être.

  4. Moi je n’ai peur de rien, enfin que d’une chose : que le ciel me tombe sur la tête. Ou, pour mettre la peur antique au goût du jour : que la planète devienne invivable, que les hommes s’entre-tuent jusqu’au dernier, que l’humanité disparaisse, que … j’arrête, je vais encore avoir des bouffées d’angoisse !

  5. @madamedekeraval

    Si l’humanité disparaissait tous les autres habitants de la terre pourraient enfin vivre en paix!

    la planète va probablement devenir invivable et les hommes vont s’entretuer (coutume « normale » pour ces primates nuisibles).

    les ressources naturelles vont diminuer, les loups devenir encore plus féroces et les privilégiés d’un égoïsme meurtrier.

    parfois j’ai moi aussi des bouffées d’angoisse, mais très brèves car si ce monde là s’écroule, un autre naîtra et peut-être pourront nous contribuer à le rendre meilleur.

    l’idée du changement peut-être douloureuse, mais en même temps je suis curieuse.
    je n’ai pas peur, être conscient des périls n’est pas avoir peur.

    merci de ton passage, j’en profite pour signaler à aux visiteuses et visiteurs que madamedekeraval écrit , très bien et qu’elle est éditée par, devinez qui…filaplomb!
    à découvrir « Le chasseur de légendes »
    une incursion dans une autre dimension

  6. Quelque part, on a tous peur de quelque chose, l’avenir n’étant pas un « lit de roses », mais le tout est de ne pas se laisser aller à des peurs irraisonnées, qui ne servent qu’à nous replier sur nous-mêmes et à faire de nous des êtres atrabilaires et invivables.
    Le bilan d’une vie passée à haïr irrationnellement les autres doit être bien triste.

    Mais, la peur (opposée à la béatitude) peut-être aussi signe de vigilance qui doit stimuler en nous la capacité de nous indigner et de lutter.

  7. @emcee
    « Mais, la peur (opposée à la béatitude) peut-être aussi signe de vigilance qui doit stimuler en nous la capacité de nous indigner et de lutter. »

    absolument, le problème n’est pas d’avoir une réaction, spontanée, irréfléchie, de peur, mais de ne pas avoir la capacité de la dominer (de l’utiliser) pour réagir.

    il y a actuellement des choses qui sont réellement effrayantes, en avoir conscience devrait provoquer la réflexion, la lutte.

  8. Tout ça est très juste. Régulièrement dans des discussions avec des suédois ou des danois reviennent le thème de l’insécurité, où ils m’expliquent à quel point leur pays est peu sûr (alors que toute personne y ayant un jour mis les pieds ne pourra que trouver l’idée même d’insécurité en Scandinavie complètement ridicule).

    Une note positive est néanmoins le grand succès de communautés comme couchsurfing ou hospitalityclub, dont le principe même repose sur la confiance accordée à des étrangers quasi-complets. C’est une inversion du comportement par défaut dans notre société (la méfiance) et rien que pour ça, ça fait vraiment du bien !

  9. En effet, le texte du Monolecte est également très bien vu.

    Intéressante, aussi, cette notion de « couchsurfing » que je ne connaissais pas. Je vais approfondir cela.

  10. Je vais faire mon parano : je crois que cette peur sert aux pouvoirs (économique, politique, médiatique). Des gens qui ont peur sont des gens faibles et isolés, prêts à toutes les manipulations et incapables de lutter ensemble.

    Tiens, une histoire qui remonte à quarante ans, autant dire la préhistoire :

    LA DAME DE PIQUE

    En ces temps où, sur les routes, personne ne craignait personne, l’auto-stop était l’arme des faibles d’argent. Donc, étudiant fauché sans même avoir produit le moindre blé, la mienne.
    Ce matin-là, c’est une R8 qui s’arrête. Au volant : surprise, une jeune dame brune. A côté, son petit garçon, nez à la retroussette, silencieux et curieux. A l’arrière, dans son moïse posé sur le plaid en écossais où je m’assois, un bébé blond paille gazouilleur (j’apprendrai qu’il s’agit d’une demoiselle) étonné de voir un si grand échalas s’encastrer derrière le dossier de sa maman. Mais guère inquiet. Kilomètres et arbres défilent, la conversation enfile des banalités courtoises, les confidences en auto-stop ne sont point mon fort.
    Au moins pas d’entrée de jeu, pas comme cette fois où le voyage avait fait la pause dans un salon de thé-château-galerie d’art avec une jeune fille aux yeux bleus dont l’indépendance et la sérénité pointue m’avaient plu. Elle aussi avait accepté de s’encombrer d’un intrus : il faut dire que rentrer seule de Madrid et de nuit parce que votre famille d’accueil a été plus que malgracieuse, cela forge un aplomb. Ou quand, à mon tour conducteur, j’avais embarqué un globe-trotter barbu, engoncé dans une grosse doudoune, parti de son Québec depuis deux ans, arrivé d’Amérique du Sud depuis trois mois et connaissant déjà mieux la France – et ses vins – que certains indigènes. Je ferai vingt kilomètres de plus pour l’entendre raconter ses découvertes et son ancien métier d’hydravionneur.
    J’ai pourtant en tête depuis le début une question, que je poserai quand l’ambiance y conduira. Comment une femme (qui, on le voit bien, n’a rien d’une chercheuse d’hommes) peut-elle sans frémir embarquer un inconnu ?
    – Parce que c’est à mon tour de dépanner les gens. Quand j’étais étudiante, je revenais chez moi en stop toutes les semaines.
    – Et vous n’êtes jamais… mal tombée ?
    – Si, une fois, un représentant qui a voulu très vite exhiber son catalogue privé, avec démonstration participative. Je lui ai dit que des comme la sienne, mon travail d’élève-infirmière m’en montrait douze par jour, et parfois plus conséquentes. L’affaire s’est dégonflée illico, il l’a rangée, il a repris son volant à deux mains, et je n’ai plus jamais eu à parler métier avec qui que ce soit !

  11. c’est bien une des choses que je trouve le plus effrayante, ces gens qui vivent constamment dans l’angoisse et la peur sans être capable de dire d’où vient la menace

    Ceux qui en viennent à refuser toute spontanéité dans les contacts humains, en se refermant sur eux-mêmes alors qu’on sent bien qu’il n’y sont pas à l’aise non plus…

    je trouve ça complètement désemparant: que leur dire? triste époque. je serais tentée de leur dire « jetez la télévision, vous vous sentirez d’autant mieux » 😉

  12. si encore ça ne se voyait pas au-delà de 17 ans, le cellulare qui fait office de cordon ombilical… A mon avis c’est de l’ordre d’une dépendance affective réciproque qui évidemment ne facilite pas l’ouverture et la découverte du vaste monde.

  13. Ma fille est allée à Barcelone avec une amie en stop pendant 7 jours. Je lui ai demandé 3 Textos pas plus. Je me suis beaucoup retenu de l’appeler pendant son voyage. La peur est là toujours présente mais elle ne doit pas nous empêcher de vivre et de laisser vivre nos enfants.

  14. seule peur que j’ai : quand les gens sont sur la route (un accident qui a fait quatorze orphelins d’un coup dont six dans la famille)
    et la peur du regard de l’autre dans un salon
    sans quoi pas si sure que l’exemple du départ lointain soit le bon, c’est hors de la vie normale, cela relève un peu à leurs yeux de l’optimisme
    ce qu’il faudrait c’est se moquer de leurs petites peurs de tous les jours, comme d’aller dans certains quartiers, les rendre ridicules à leurs propres yeux
    Et ne pas oublier que les ados aggressifs des « quartiers » ont peur aussi – rester naturel, ne pas empiéter, cotoyer

  15. Oui aussi… seule peur que j’ai aussi.La violence de la route…Pourtant je ne devrais plus avoir peur, plus personne ne me téléphonera pour m’annoncer le pire…le pire est passé normalement. Le téléphone ne sonnera plus à 8h du mat « Dom…Cette nuit…Oui elle est morte »
    On ne meurt qu’une fois hein?
    Ou jamais…
    Soyons un peu tolérant…
    La peur peut nous prendre le coeur…tout comme le désespoir…et sont tellement imbriqués.
    Je n’ai peur de rien…de personne .
    Juste terrifié par ce vide de l’absence.
    Alors je suppose que pour d’autres ce doit être pareil…Je me dis  » D’ou vient cette peur? »
    Perdre un enfant je suppose que ce doit être pareil
    Je me souviens du regard d’un ami m’annonçant le cancer juste diagnostiqué.
    Je me souviens de mes jambes tremblantes quand quelques jours après le courrier ( un 24 Decembre 🙂 me demandait de consulter mon medecin de toute urgence « taches suspect au poumon droit »
    Toutes ces choses…ces expèriences…alimentent tout au long de la vie le petit tiroir de nos peurs secretes.
    Alors je deviens un peu plus tolérant…juste un peu.
    Mais j’emmerde la droite
    Sarko est un pantin pignouf
    L’UMP est une bande de branleurs qui poussent des cris comme des macaques…
    Les bonobos seront les plus forts.
    Je sais je ne peux pas être sérieux 5mn…
    La dérision…ça aide aussi.
    J’en abuse…
    Abuse…
    Abuse…
    Comme tous ici…

    (Aimer ça le fait bien aussi 🙂

  16. Des fois, j’voudrais pouvoir faire des longues reponses a tes textes philosophiques, mais j’arrive pas a mettre en place mes idees. Du coup j’ferme ma gueule.

    Je fais peur aux vieilles, kan je les dépasse, elles serrent leur sac. C’est vrai souvent aussi des jeunes femmes.

    J’ai peur de la nuit dans la forêt ; ça j’y vais jamais. Du silence. Des esprits. Je suis rassuré par le béton et l’odeur d’essence.

    En sport de combat, la peur est l’ennemie ki paralyse. Celle ki te met à terre de facon invisible. Le partenaire n’a juste k’a passer derrière. Pour ne pas la laisser s’installer, j’ai trois secrets :

    1) l’expérience et l’entrainement.
    2) mes appuis au sol.
    3) la fluidité du mouvement (c’est kan ca bloque ke la peur s’installe, au lieu de couler)

    Bisou

  17. @nattford
    très intéressant ces nouvelles communautés.
    il y a eu une forte poussée d’extrême droite au Danemark, non?
    mon fils y travaille tous les étés, pour les récoltes, mais finalement il a peu de contacts avec les danois. tous ceux qui travaillent comme lui sont étrangers.

    @PMB
    merci pour votre histoire
    des anecdotes d’auto-stop j’en ai plein, il faudra que je pense à les écrire

    @brigetoun
    j’ai moi aussi peur des chauffards, difficile de faire autrement!
    tu as raison l’exemple du voyage lointain n’est pas forcément le meilleur, il m’est venu spontanément pendant le débat…ça arrive 🙂

    @tiusha
    effectivement une dépendance affective

    @marc
    tout à fait d’accord.
    j’ai laissé beaucoup de liberté à mes enfants.
    parfois j’ai vraiment dû surmonter mes angoisses. je pensais que ça aurait injuste de les bloquer, de les freiner à cause de mon tempérament de mère poule.

    @dom
    tu l’as écrit aussi dans un autre com et je suis entièrement d’accord: aimer ça fait du bien!
    baiser est l’activité la plus belle, la plus simple, la plus amusante que l’on puisse faire
    et pas besoin de t’excuser 🙂

    @wajdi
    philosophique, philosophiques…n’exagérons rien
    des réflexions tout au plus.
    c’est significatif ce que tu écris; tu fais peur aux vieilles (aux femmes), simplement parce que tu es jeune, parce que tu es comme tu es.
    c’est terrible, cette méfiance généralisée.

    « En sport de combat, la peur est l’ennemie ki paralyse »
    j’aime beaucoup aussi ce parallèle que tu fais avec le sport que tu pratiques.

    pour ne pas laisser la peur s’installer
    « la fluidité du mouvement (c’est kan ca bloque ke la peur s’installe, au lieu de couler) »

    pourrait-on parler d’une fluidité de la pensée, de la respiration?
    ne pas se crisper, être fluide.

    je voulais aussi te dire que j’ai lu ta participation au jeu de zoridae, j’ai bien aimé et ça m’a donné envie d’y participer.

    bon dimanche à toutes et tous

  18. @ Celeste! Si l’on commence avec les histoires de stop ( et non pas d’auto-stop 🙂 … Je sens une vieille bande de routards prête à ouvrir l’album photo…
    – Une fois, juste avant Brindisi…patati patata…

    J’adore ces histoires.

  19. Bon, à la demande générale dont moi, une autre histoire de stop, avec la même idée : la confiance a fait comme les dinosaures, disparaître.

    LE MANS DANS LES POCHES

    En stop, encore et toujours. Cette fois-ci, vers mon incontournable de juin pendant des années : les 24 Heures du Mans. Sac au dos, j’attends à la sortie de Nantes. Il y a sur le trottoir, pouce levé et sourire scotché pour attirer le chaland, de la concurrence. Que j’écrase quand s’arrête un break Anglia, gris, chargé ras le toit d’étudiants qui, miracle, vont là où je vais : hop, en voiture Arthur. Très vite ça roule, et la conversation aussi, elle tourne comme un moteur à plein régime : Ferrari va battre Ford, c’est sûr ; oui, mais, les mécaniques vont-elles tenir ? Porsche va-t-il jouer le troisième larron ? Et même, pris d’une passion à l’odeur de ricin brûlé, nous refaisons le monde automobile en deux coups de clé à cliquet : les Françaises auront enfin de vrais moteurs, et non ces moulins à café anémiques qu’un constructeur national se borne à leur fournir.
    Tout ça pour tomber dans le plus gigantesque embouteillage répertorié depuis l’invention de la voiture à pétrole : quelques radiateurs péteront une durite dont ils se souviendront, et nous mettrons plus de temps à atteindre le circuit qu’à faire Nantes-Le Mans. Le temps pour moi de déplier mes grandes jambes et d’aller vingt mètres plus loin attendre, sur une borne kilométrique, que me rattrape mon carrosse de louage. Le temps pour des garnements, dans le minibus au hayon haut ouvert qui nous précède, de sortir par l’arrière et remonter par l’avant en jubilant pendant que leur mère chauffe le biberon du benjamin. Et, allez, celui qu’aurait eu un lierre d’escalader nos roues, si le goudron ne lui avait barré fermement la voie !
    Enfin le circuit, sa foule et son vacarme. Je m’apprête à vivre sa vie.
    – Bon, qu’est-ce que tu fais de ton barda ?
    – Ben… heu…
    La demoiselle du groupe :
    – On n’a qu’à laisser la voiture ouverte ?
    – Ça va pas, non, et les voleurs !
    Moi, une idée comme je n’oserai plus en avoir :
    – Heu… ben… laissez-moi un double de clé ?
    Le conducteur :
    – D’accord. Allez, salut !
    Et grâce à eux je pars vivre, mains dans les poches et doigts sur la clé, mes plus fantastiques 24 Heures. Et je verrai après une course effrénée mes favorites, blessées, maculées d’huile, cabossées comme elles ne le seront plus jamais maintenant que les gardent au frais et restaurées les plus vigilants des collectionneurs. La chèvre de Monsieur Ferrari a été dé-vorée au petit matin par le Grand Méchant Ford. Sniff.
    Quelques mois après, j’apprendrai que mon conducteur d’un jour a, sur cette même route, trouvé la mort dans son break Anglia, gris.

  20. excellente mise en évidence d’un phénomène qui est en effet capital dans la décrépitude et la dérive générale de la civilisation actuelle (et du totalitarisme hideux qu’elle va entraîner)!

    c’est vrai que comme dit un autre la peur ça vient et ça ne se controle pas; par exemple maintenant j’ai une peur bleue des flics! Et aussi de prendre la voiture maintenant, justement quand on voit tous les abus qui peuvent vous tomber dessus sans prévenir.
    C’est comme de voyager à l’étranger, par avion, ça oblige à passer par les aéroports, et on ne sait jamais ce qui peut arriver maintenant là.

  21. @Celeste: je viens d’arriver au Danemark, mais il y a en effet une atmosphère pas toujours très sympa vis-à-vis des gens au bronzage suspect. La mairie de Copenhague est franchement à droite et il y a le FN local dans la coalition gouvernementale actuelle… Et rien qu’à voir comment je suis traité par les services d’immigration avec mon passeport français et mes jolis diplômes, je n’ose imaginer ce que ça doit être quand on n’a pas la peau de la bonne couleur…
    Mais une bonne partie des danois résístent, heureusement, et il y a notamment une vie underground à Copenhague (Christiania mais pas seulement) qui fait vraiment plaisir à voir.

    Quant à couchsurfing (et hospitalityclub que je connais moins), je t’encourage vraiment vivement à essayer, ou au moins à contacter les gens qui sont dans le même coin que toi. C’est une manière absolument géniale de voyager et on rencontre très facilement des gens formidables ! On peut en causer par mail si tu veux plus de détails.

  22. La peu est mauvaise conseillère, et socialement et politiquement (c’est même un poison utilisé sciemment par certains régimes ….) et aussi individuellement et statistiquement!
    « Selon le “New York Times”, une étude récemment publiée par les “Archives of General Psychiatry” montre que le risque, pour un américain, de “mourir dans un attentat terroriste” est à peu près équivalent à celui de “se noyer dans la cuvette des chiottes”.
    Par contre, le risque de mourir d’une maladie cardiovasculaire est entre 300% et 500% plus élevé chez les gens qui ont peur de la menace terroriste. »
    source: http://exdisciplesleblog.unblog.fr/tag/la-peur/

  23. @pmb
    merci pour votre histoire

    @Roland
    effectivement des choses intéressantes en suivant le lien que vous donnez. je ne connaissais pas se site.

    @nattford
    il y a déjà un moment que je pense à m’inscrire à une de ces associations;
    j’ai un ami qui l’a fait récemment (mais j’ai oublié le nom de l’assoc). il y a deux semaines il a reçu un jeune Israélien qui venait à Bologne;
    Le même jeune homme Israélien arrivait de Sienne où il avait été reçu par un Palestinien
    je précise que ce jeune homme vient tout juste de terminer son temps d’armée obligatoire.
    bel exemple de solidarité.
    ça rend optimiste.
    je t’écris un mail pour avoir plus de détails sur couchsurfing

    @Salut Pescade œil de lynx 🙂

  24. Très belle la bannière.

    L’Inde voilà un pays où je n’ai pas éprouvé la peur.

    Au Brésil, tu fais tellement de choses pour ne pas te faire peur que c’est une obsession. Chaque pays donne une certaine couleur à la peur…

    A Recife, je connais une dame plutôt âgée mais qui ne renoncerait pas à sortir, elle le fait pour aider les autres d’ailleurs. Elle a un deuxième sac à main dans sa voiture. Avec un téléphone portable qui ne marche pas.

    C’est pour que le voleur soit vraiment satisfait. Elle s’est d’ailleurs fait braquer plusieurs fois.

    J’ai peur que mon commentaire soit un peu long, ah, ah.

  25. @mtislav

    pareil, en Inde je n’ai jamais peur, ni d’ailleurs en Indonésie ou dans d’autres pays asiatiques.

    je ne suis jamais allée au Brésil, je me sens moins attirée

  26. La peur….et son remède….

    Quoi de plus fort, de plus puissant, pour que la peur disparaisse à jamais….
    L’amour!
    Quand on aime on a confiance, on soulève des montagnes, on a envie de faire des projets, d’exister, de partager…
    A quand les cours d’amour à l’école?

  27. Un peu tard mais ça va un peu dans le même sens:
    http://www.ecrans.fr/Indien-et-cow-boy,4292.html
    sur Night Shyamalan l’auteur de « Sixième sens ».
    Je pense pour ma part que si on est plus paranoïaque que les générations précédentes, alors que les crimes n’ont pas augmenté, c’est parce que nous sommes très -ou trop informé sur les crimes. Je me souviens d’une histoire qui racontait d’un troupeau d’animaux sauvages dans une savane africaine, qui prennent peur à l’approche d’un petit avion et se met en fuite. S’il y a un journaliste dans le troupeau, les animaux continueront à avoir peur pendant longtemps après que l’avion s’est éloigné, alors que s’il n’y a aucun journaliste, dès que l’avion disparaît à l’horizon, les animaux s’arrêtent de courir et reprennent leur vie de tous les jours.

  28. Il faut rajouter un phénomène socio-cognitif désormais bien connu, plus un comportement indésirable se raréfie, plus il devient intolérable.

    C’est parce que les violences contre les personnes se raréfient qu’elles deviennent objet de panique.

    Lisez « Je, François Villon » de Jean Teulé, et dites-moi si, quand même, nous n’avons pas fait quelques progrès?

  29. Sans être parano, mais franchement, on croirait que le gouvernement, l’état, les industries et autres lobby pharmaceutique, les médias… entretiennent la peur….

    Et cela dans quel but? La peur fait obéir…
    on achète, on rejète, on ra-chète…..on a peur de manquer, de tomber malade….bref le contraire de la confiance, de l’amour….

    On ferait quoi avec des personnes qui ont trop confiances????C’est indomptable!

    Bonne journée!

  30. C’est intéressant tous ces textes sur la peur.
    J’ai vaincu ma peur des hommes personnellement, c’est eux qui ont peur de moi maintenant. Si, si. Il faut les regarder dans les yeux quand ils veulent nous effrayer.
    Les foudroyer d’un regard comme la méduse.
    Je ne les effraie pas beaucoup en vérité.
    Trëve de plaisanterie.
    De quoi ai-je peur, moi?
    De ma précarité qui augmente
    De mon pôle -emploi qui vient de me redemander plus de 1000 euros pour cumul de travail de mai à août. de mai à août, je devais gagner 600 euros à tout casser! En août, je campais dans les gorges du Tarn en surveillant mes dépenses.
    Il y a des choses qui m’échappent…
    PLus de 1300 euros. ce qui nous reste peut-être.
    Sortons de mon cas.
    La précarité, elle n’est pas due aux étrangers. Du travail, il n’y en a pas! Plus de demandeurs que d’emplois. c’est tout!
    Des formations pas adaptées au marché du travail
    Des formations bidon
    des employeurs sans scrupules
    Plus de formation sans argent
    Eliminer les chômeurs de niveau 1 dont je fais partie.
    On sait tout ça.
    De quoi ai-je peur?
    Des abus de mes employeurs, des contrats qui ne viennent pas. « je prends, je jette!  »
    Des abus de certaines associations qui exploitent leurs salariés.
    Du manque d’amour pour les autres et de la haine qui couve.
    De tous ces gens sans scrupules qui arnaquent les vieux, les naifs
    Du manque d’amour pour les femmes.
    De la bêtise et de l’ignorance qui s ‘amplifient
    De la mort occultée dans nos sociétés
    Du culte de l’esthétisme et du superficiel
    Du culte du plaisir aux dépends de la culture et de l’intelligence
    Le plaisir, oui mais l’instruction, l’information
    Du culte imbécile du néant
    De l’oubli des vieux
    De la morale des biens-pensants qui pensent si mal

    Sinon, je n’ai plus peur de rien.
    Le stop, ça reste dangereux pour un individu seul. Un jour, une mauvaise rencontre. On n’est pas à l’abri mais on ne ferait plus rien sans prendre de risques, c’est vrai. C’est ce pourquoi j’en prenais.

    Il faudrait dédramatiser la mort, en parler, l’ accompagner partout. Pourquoi ne pas former des chômeurs à accompagner les mourants par exemple et les payer. Pas un salaire de misère. Il y a des bénévoles. ça ne suffit pas.

    Partout, on déplore le manque d’argent, de moyens, de personnel. Du personnel, il y en a. Il y a tous ces chômeurs qu’on stigmatise alors qu’ils ne demandent qu’à trouver un travail décent.

    Qui profitent réellement du système? Qui?

    C’est rassurant de lire vos textes.
    Lutter.
    Mes amitiés.

  31. Bonsoir Valerie

    Merci d’avoir commenté ce texte, je l’avais oublié.
    Et c’était bien dommage car tous ces commentaires sont passionnants.

    Et merci surtout pour votre message, touchant, juste.

    Ce qui vous peur m’effraie aussi, ce mélange de bêtise, d’ignorance, d’égoïsme…

    Résister, bien sûr encore et toujours…

    à bientôt j’espère

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *