Bologne, il était une fois une ville où il faisait bon vivre

Au joli temps de Bologne la rouge, début des années 80, on prenait l’autobus gratuitement. Pas toute la journée, certaines heures. Cette mesure était prioritairement destinée aux étudiants, ces mêmes étudiants qui, les jours de neige, déblayaient les trottoirs dans toute la ville.

Trois décennies plus tard, le moindre trajet en autobus coûte un euro et  quand sévit le froid personne ne s’occupe des trottoirs, transformés depuis quelques jours en de redoutables patinoires.

Les étudiants qui n’ont pas encore déserté la ville pour rejoindre leurs familles provinciales ne se sentent nullement concernés par l’affaire et la mairie a décrété, depuis déjà plusieurs années, que la tâche de nettoyage incombait aux riverains. Lesquels riverains font majoritairement la sourde oreille et si quelques commerçants ont déversé de la sciure ou du sel devant les entrées de leurs magasins la plupart  s’en sont abstenus.

Résultat, les passants, mus par la fièvre de Noël qui les condamne implacablement à une forme aigüe de consommation, glissent, dérapent, s’étalent sans grâce sur la glace.

Les guirlandes lumineuses ont beau scintiller l’humeur générale des Bolognais est plutôt morose, agacée, fébrile, inquiète.
Comme partout en Italie, les opinions se sont radicalisées. Les anti et les pro Berlusconi s’affrontent de plus en plus ouvertement. Le récent épisode baptisé ici « Il duomo di Milano » du nom de l’objet que le  Cavaliere a récemment reçu en plein poire (ce qui par ailleurs ne me réjouit pas, j’en réfute la violence) et dont un  mouvement cherche à démontrer qu’il s’agirait d’une mise en scène (démonstration finalement plausible tant on en vient à penser que la manipulation des populations par leurs gouvernants n’a pas de limites) a attisé les haines, délié les langues.

Parmi tous les exemples de l’ambiance malsaine qui règne sur la ville, en voici un, à la fois odieux et banal.

C’est dans une pharmacie où je patiente pour acheter de l’aspirine. Au comptoir, une cliente achète des produits « dermatologiques », aucun n’étant pris en charge par l’USL (version locale quoique différente de la sécu), l’addition est élevée. La dame  fait remarquer à la pharmacienne – digne personne déjà âgée mais encore tellement jeune sous son brushing impeccable, parée de bijoux coûteux, maquillée pomponnée, retouchée par la main experte d’un chirurgien-  qu’il est vraiment regrettable que ces produits soient à sa charge, car, somme toute, elle ne les achète par confort ou souci esthétique mais parce qu’elle souffre d’une maladie de la peau.
La pharmacienne acquiesce en silence.
« Et vous, les pharmaciens, continue la cliente, vous ne pouvez pas intervenir auprès de l’USL ?
Nous, s’exclame la pharmacienne, nous ? Qu’est-ce que vous voulez qu’on y fasse ? Avec tous ces extracommunautaires (les immigrés bien sûr) qui sont en train de nous chasser de notre pays, comment voulez-vous qu’on s’occupe de ça ? ».

La cliente opine du bonnet.
Et moi je quitte l’officine, ma migraine attendra.

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