Denis, rrom, bosniaque, exilé

Denis a douze ans et il rêve d’aller à l’école. Mais, depuis quatre mois qu’il est en France avec sa famille, il n’a pas encore été question de le scolariser.
Rroms musulmans, ses parents ont fui la Bosnie pour échapper aux persécutions.
En Bosnie –Herzégovine, petit pays des Balkans,   » Il y a deux catégories de citoyens: d’un côté les trois «peuples constituants», c’est-à-dire les Bosniaques musulmans, les Croates et les Serbes, de l’autre tous les autres, dont les Juifs, Roms et autres minorités ».
Si l’on appartient à la deuxième catégorie on ne peut être élu ni à la chambre haute du Parlement ni à la présidence de l’Etat.
Si l’on est Rrom, on vit dans la misère. Plus de 50% des enfants ne vont pas à l’école. Trop pauvres. Et puis les enseignants les parquent tous ensemble dans des classes et les délaissent, surtout s’ils parlent le romani.

Denis et ses parents font partie d’un groupe de 91 Bosniaques (dont une cinquantaine d’enfants), arrivé en France, dans le Var, entre janvier et mars. Ils viennent du nord de la Bosnie.
Il y a dix ans, ils ont été déplacés à cause des affrontements. Lorsqu’ils ont pu retourner dans leurs villages ils ont découvert que leurs maisons étaient occupées. Depuis, privés de lieux de vie, victimes d’incessantes persécutions, ils errent d’un endroit à l’autre.
C’est pourquoi ils ont décidé de demander asile à la France, ce grand et beau pays qui s’est si souvent targué d’être celui des droits de l’homme.
Début avril, à la fin de la trêve hivernale, les Bosniaques ont été jetés à la rue. Grâce aux insistantes actions d’un collectif humanitaire, la préfecture a été obligée de reprendre la prise en charge et de trouver des solutions d’hébergement décentes.
Entre temps, les familles ont dormi sous des tentes et dans une église désaffectée ce qui a déclenché l’ire de la fange xénophobe.

Dimanche matin, nous (quelques membres de Resf) sommes allés à la rencontre d’un groupe de 16 personnes temporairement logées dans un pavillon désaffecté de l’Hôpital psychiatrique de Pierrefeu.
C’est là où j’ai connu Denis. Plein d’espoir, il nous a montré les cahiers où il recopie inlassablement des phrases de français enseignées par les bénévoles qui se relaient aux côté du groupe.
Indira, son adorable petit Roberto dans les bras, m’a demandé un ticket de bus pour Toulon. Sa sœur y est encore, elle ne sait ni où ni dans quelles conditions, elle est très inquiète.

Leur pauvreté est totale. A part quelques vêtements, ils n’ont rien.
Rien.
Pas d’argent, pas de maison, pas de terres.
Contraints à toujours quémander.
Condamnés à l’attente du bon vouloir de l’administration française. Mais il est malheureusement peu probable que leurs demandes d’asile soient acceptées.
Ce sera alors l’expulsion. Le retour forcé dans un pays hostile.

Comme trop d’enfants Denis n’aura pas accès à l’éducation. Marginalisés, maintenus dans des conditions de vie indignes, les Rroms n’en finissent pas d’être les boucs émissaires d’un occident qui,  tournant le dos à la solidarité, à l’humanisme, dégringole chaque jour un peu plus  dans la barbarie, l’égoïsme mortifère,  l’obscurantisme.

« Un pays sans Rroms est un pays sans liberté » (citation rrom)

« Et je suis fier d’appartenir à un peuple qui n’a jamais déclaré la guerre parce que, nous les tziganes, nous n’avons pas eu besoin d’avoir un territoire; nous n’avons pas éliminé et poussé les autres populations pour nous installer à leur place. »
Alexian Santino Spinelli, Rrom, Maitre assistant à l’université de Trieste

13 réflexions sur « Denis, rrom, bosniaque, exilé »

  1. Salut

    La mairie de la ville où réside Denis est OBLIGÉE de l’inscrire à l’école. C’est le seul droit encore respecté pour les migrant-es, avec ou sans papiers. OBLIGÉE.

  2. @Christine

    Je sais. Mais jusqu’à présent ça n’a pas été fait.
    C’est une des raisons pour lesquels nous sommes allés rendre visite à ce groupe.
    En principe, il doit être inscrit aujourd’hui à l’école du village.
    J’espère.

  3. Pierrefeu est un village qui bouge bien, pas mal de militants d’assos diverses et franchement pas les deux pieds dans le même sabot. Je leur ai passé le lien et j’attends des infos supplémentaires.

  4. rectification, ce n’est pas le même Pierrefeu, j’me disais aussi… Réponse du pote : » Adiu Brigitte, il s’agit de Pierrefeu du Var… etant a la commission CCAS du village ainsi qu’a la com scolaire ( et très attentif au RESF) crois moi que ne serais pas reste en silence face a cette situation… potons »

  5. Je me permets d’évoquer un problème annexe: L’armée française est intervenue en Bosnie comme au Kosovo pour établir la liberté et les droits de l’Homme! Qu’en reste-til? La plupart des réfugiés politiques arrivant en France sont aujourd’hui Kosovars… Rappelons-nous notre volonté de voir le Mal absolu chez les serbes et le Bien partout ailleurs. Les serbes ont été exclus du pouvoir… Reste le Bien!
    Il y a comme un problème qu’il faudrait qu’on m’explique!
    Le monde n’étaitdonc pas si simpliste mais que ne l’a-t-on pas dit alors!Quelle manipulation pour quels intérêts?
    Mais on se persuade que tout le monde oublie. Hélas, c’est vrai et on se retrouve dans cette situation lamentable que tu décris.

  6. @Hermès

    Tu as tout à fait raison.
    Il y a tellement de zones d’ombre sur cette guerre!
    Tant d’encre a coulé pour écrire tout et n’importe quoi.
    Tant de sang et de larmes surtout.

    Les décideurs jouent au Risk et les populations meurent.

    Aujourd’hui en Bosnie, tout le monde n’a pas les mêmes droits.
    Lamentable, en effet!

  7. Les roms sont cruellement discriminés dans tous les pays d’Europe de l’Est. Et nos voyageurs et voyageuses locaux, s’ils ne sont pas roms, n’en sont pas moins traités comme des sous-citoyen-nes.

  8. @Christine

    En fait eux aussi sont Rroms

    « Les Rroms sont un peuple d’origine indienne, dont les ancêtres sont venus de la moyenne vallée du Gange, en Inde du Nord, il y a environ 800 ans. Ils sont aujourd’hui dispersés dans le monde entier, surtout sur notre continent, où on compte environ 12 millions de Rroms.
    Les Rroms au sens large se subdivisent principalement en Rroms dits « orientaux » (85% du total), en Sintés (souvent appelés Manouches en France ~ 4%) et en Kalés (ou Gitans ~10%), sans compter divers groupes de moindre importance numérique mais tout aussi Rroms que les autres Rroms. Au niveau européen, ils sont aujourd’hui sédentaires à 96%.

    Les Rroms sont un peuple sans territoire compact, qui n’a jamais eu de revendications territoriales, mais qui est lié par une conscience identitaire, une origine, une culture et une langue communes. Ils sont environ un demi-million en France. »

    C’est extrait de ce site, très intéressant:
    http://rroms.blogspot.com/

    Et tu as raison, en France aussi ils sont traités comme des citoyens de seconde zone.

    Le dernier Cassandre Horschamp, intitulé « L’autre, sans qui je meurs. Rroms, un peuple de promeneurs » leur est consacré.

    http://www.horschamp.org/

  9. Je revois aussi Denis avec son cahier à spirales qu’il tenait comme un trésor les bras croisés sur la poitrine.
    Merci infiniment Céleste pour l’émotion de cette rencontre .
    Une histoire en résumé « Qui sont les roms? »
    d’après un article d’Elizabeth Clanet, dite Lamanit, chargé de mission au CNED sur mon blog mysp..

  10. @Bonsoir Frayent 🙂

    Merci de ta visite, de ton com et de ton lien.

    Ce qu’explique Lamanit est très intéressant. J’ai fait beaucoup de recherches sur les Rroms et je n’avais jamais lu cette version-là.

    Par contre quand on voyage en Inde, on comprend très vite les racines indiennes des Rroms.
    Indira, que nous avons rencontrée hier, a un prénom indien.
    Et Denis avait des boucles d’oreille, des petits brillants, comme les rajpoutes du Rajasthan (nord de l’Inde).

    Au Rajasthan, justement, les femmes portent de longues jupes, des foulards, des bijoux en or, comme les gitanes.

    Baci

  11. Hypothèse intéressante et vraisemblable que celle développée par Frayent via Lamanit, de l’origine supposée des Roms et qui met un coup sérieux au mythe du nomadisme, autant sur le plan historique que philosophique…!

    Ca n’enlève rien, bien sur, au fond de ton billet, Céleste…! et à sa triste réalité..!!

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