Affronter les ombres

« De la création d’un ministère de l’Identité nationale à la stigmatisation-expulsion-punition-collective des Roms, en passant par les nationalités conditionnelles de seconde zone, se dessine en France un effondrement éthique d’une ampleur sidérante.
Une indécence majeure qu’aucun bénéfice politicien ne saurait justifier.
De très vieilles ombres sont de retour et nous fixent sans trembler.
» Patrick Chamoiseau

Samedi 4 septembre, nous avons été des milliers, en France et au dehors, à marcher dans la lumière pour affronter les ombres.

Un mauvais vent de xénophobie souffle sur l’Europe, de l’Italie entachée de honte par l’ignoble volonté de  la Ligue du nord et qui procède depuis des années aux brutaux démantèlements  des camps de Rroms, à la France qui, reniant les valeurs qui ont fait sa grandeur « Liberté, égalité, fraternité »   sombre dans l’abjection en s’acharnant  contre les populations les plus démunies, les stigmatisant afin de justifier d’ honteuses expulsions.
Le procédé, comme le souligne Antonio Tabucchi dans un bel article paru dans le Monde,  est bien connu:
« Désigner un bouc émissaire est un vieux réflexe européen. Nul besoin d’avoir une profonde culture pour savoir que le recours au bouc émissaire et le racisme s’allient depuis toujours aux moments les plus difficiles que traverse l’Europe : on commence par stigmatiser le plus pauvre, puis on arrive aux juifs, aux Arabes, aux homosexuels, aux handicapés, aux démunis, aux intellectuels, aux dissidents politiques ». Antonio Tabucchi

La France d’aujourd’hui ressemble de plus en plus à l’Italie berlusconienne. Des citoyens fragilisés, inquiets, absorbés par des quotidiens difficiles, effrayés par les perspectives d’avenir et qui se referment sur eux-mêmes, sombrent dans l’indifférence ou dans la haine.
Et l’étranger, surtout quand il est pauvre, devient un ennemi à combattre.

C’est aujourd’hui, maintenant, que nous devons réagir en dénonçant vigoureusement et systématiquement les exactions commises par le gouvernement. Il est de la responsabilité de chacune et de chacun de s’opposer aux dérives xénophobes, à la brutalité policière, aux expulsions, à l’hypocrisie des élus locaux qui n’aménagent pas d’aires d’accueil.

Européens, les Rroms, le sont depuis des siècles. Ils ont des droits et il est essentiel que ceux-ci soient respectés. Laisser un État, se livrant à de sombres manœuvres, les bafouer afin d’assurer son propre pouvoir, fermer les yeux, se laisser endormir par de mensongères rengaines sécuritaires, c’est renoncer à notre liberté. Il faut peu de temps pour dévoyer une démocratie et la transformer en dictature.
Le mot effraie et le concept plus encore. On n’y croit pas. Non pas chez nous, c’est impossible!
Et pourtant,  quand, lors des rafles, les femmes et les hommes sont brutalement séparés, les enfants arrachés à leurs parents, les habitats ravagés et les objets détruits, les droits des êtres humains sont piétinés et la démocratie menacée.

« Allons-nous laisser sans réagir se développer cette politique qui, en France indigne et révulse jusqu’au sein de la majorité actuelle et ne recueille, à l’étranger, que l’assentiment, en Italie, du parti anti-immigré de la Ligue du Nord? Rappelons-nous comment évoluent ces stratégies. La politique menée à l’égard des étrangers n’est jamais que le laboratoire de celle qui sera pratiquée à l’égard des nationaux. Le mépris, la discrimination, l’abus de pouvoir, l’exclusion sont des maladies contagieuses. Si nous cédons à la lâcheté, si nous nous taisons aujourd’hui, si notre voix n’arrive pas à couvrir cette honte, c’est notre peuple tout entier qui demain devra se taire, se soumettre et se renier. » Serge Portelli

Si les pontes du gouvernement ont su extirper de l’histoire les techniques de manipulation des peuples, les réactualiser, les adapter pour assouvir leurs ambitions et favoriser les riches amis du président, nous, qui refusons de vivre soumis, qui ne supportons plus les souffrances injustes et inutiles infligées aux populations les plus démunies, saurons tirer les leçons du passé, nous inspirer des luttes sociales menées par celles et ceux qui nous ont précédés et inventer de nouvelles actions.
Nous ne nous résignerons pas et continuerons à marcher, dans la lumière!

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