Ficher, trier, expulser

« Un pays sans Rroms est un pays sans liberté », citation rom (ter)

Dans la catégorie « les Droits de l’homme on s’assied dessus », Roberto Maroni, le ministre de l’Intérieur italien, vient de franchir une nouvelle étape. Il a en effet présenté devant le comité des affaires institutionnelles de la Chambre des Députés des dispositions concernant la communauté rom.
Il s’agit ni plus ni moins, et bien qu’il s’en défende, d’un véritable fichage ethnique puisque les empreintes digitales de tous les habitants des campements nomades italiens (environ 140 000 personnes) seront relevées.
Y compris celles des enfants.

« La commission Européenne ne commente pas officiellement ce qui n’est pour l’instant que des déclarations politiques. Toutefois, répondant aux questions de quelques journalistes, Pietro Petrucci, porte parole du Commissaire Européen Jacques Barrot, a annoncé que, suivant les règles de l’UE, le fichage n’est de toute façon pas possible et que cela ne s’est jusqu’alors jamais produit dans un pays membre ». (Il Manifesto)
De même, Thomas Hammarberg le commissaire aux droits humains du Conseil de l’Europe a déclaré « Je suis très préoccupé, ce sont des méthodes qui rappellent des mesures prises dans le passé et qui ont porté à la répression des Roms ».
Terry Davis, le secrétaire du Conseil de l’Europe a déploré que « cette proposition prête à des analogies historiques qui sont tellement évidentes qu’il est inutile de les citer« . Puis il a ajouté : « Je pense que la démocratie et les institutions de l’Italie sont suffisamment mures pour empêcher de telles idées de devenir des lois mais je suis néanmoins inquiet de ce qu’un haut responsable du gouvernement de l’un des Etats membres du Conseil de l’Europe ait apparemment avancé une telle proposition« .

Belles réactions, certes, mais de principe, car sur le terrain le fichage des roms a déjà commencé, comme à Naples, depuis une semaine, où il semblerait que les enfants de moins de 14 ans aient été épargnés.
A Milan le préfet Gian Valerio Lombardi ne cache pas son enthousiasme “Rien de neuf, sur les empreintes, les normes déjà en vigueur autorisent la photosignalisation pour qui ne parvient pas à prouver sa propre identité et même pour les mineurs ».
Là-dessus le préfet cite la loi de référence, numéro 633 du 22 avril 1941, promulguée par les fascistes et qui fut utilisée pour ficher les indésirables du régime : les roms (comme par hasard), les juifs et les opposants politiques.

Prenant la parole devant la Commission des Affaires constitutionnelles de la Chambre des députés, Maroni, pas démonté pour un sou par les critiques venues de l’Europe, a affirmé « Il ne s’agira pas d’un fichage ethnique mais d’une garantie supplémentaire pour la protection de leurs droits« . Avant d’extirper de ses manches un alibi humanitaire :
« Nous prendrons aussi les empreintes des mineurs pour éviter des phénomènes comme la mendicité. La garde des enfants sera retirée aux parents qui les envoient mendier plutôt qu’étudier à l’école« .
« Ce sera un véritable recensement pour pouvoir garantir à ceux qui ont le droit de rester dans le pays, de pouvoir vivre dans des conditions décentes. Et de renvoyer chez eux ceux qui n’ont pas le droit de rester en Italie« .

Côté italien Rosy Bindi (PD) s’est offusquée de la mesure « Le gouvernement veut remettre en cause les fondements de la solidarité, en prenant leurs empreintes digitales aux enfants comme s’ils étaient des criminels. »

Le président d’Unicef-Italie, Vincenzo Spadafora a exprimé « la stupéfaction et la grave préoccupation » de son organisation à la suite de l’initiative du ministre Maroni.
« On a envie de lui proposer, pour respecter le droit à l’égalité de tous les enfants, de ficher de la même manière tous les enfants italiens. Les enfants roms ne sont pas différents des autres enfants, mais surtout les enfants ne peuvent pas et ne doivent pas être traités comme des adultes« , a ajouté Vincenzo Spadafora.

Si l’on note avec soulagement les quelques réactions politiques suscitées par cette nouvelle ignominie on ne peut par contre qu’être frappé par le mutisme de la société civile. Il faut dire que des sondages indiquent que près de 80% des italiens seraient favorables à ces mesures.

80%… un chiffre qui laisse un sale goût.

Celui qui est prêt à sacrifier un peu de sa liberté pour plus de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre , et finit par perdre les deux.
Thomas Jefferson

Important une pétition en ligne pour soutenir les droits des Rroms

source principale « Il Manifesto« 

textes précedents: « Latcho drom« , « Pogrom alla napolitaine« 

15 réflexions sur « Ficher, trier, expulser »

  1. L’Italie fait vraiment peur, en ce moment (en tout cas vue de l’étranger)… Où et quand cette fuite en avant fasciste s’arrêtera-t-elle ?

  2. L’Italie, l’Europe avec la « fameuse » loi récente sur le contrôle de l’immigration dont tu as parlé ici, la France qui parque les étrangers comme des bestiaux dans des centres de rétention …
    Les pays rivalisent d’idées répressives, pour exclure, stigmatiser, pour accuser …Pour trouver des causes.

  3. « Il faut dire que des sondages indiquent que près de 80% des italiens seraient favorables à ces mesures. »

    Il faut quand même regarder de près quelle question a été posée. Histoire de se remonter le moral ;-))

  4. effectivement je me méfie des sondages, c’est pourquoi j’ai écrit « seraient »
    quand le président du conseil possède ou contrôle les médias on peut avoir des doutes sur la fiabilité des sondages.
    quelle question et à qui.

    ceci dit, malheureusement, en dehors du cercle d’amis (qui se ressemble s’assemble), les Italiens que j’entends commenter ce fichage y sont favorables (commerçants et clients, parents d’élèves, relations croisées chez des amis d’amis d’amis…etc).

  5. En droite ligne (oui, extrêmement droite) de la « directive retour » votée par le Parlement européen.

    Nul doute que Nicolas Sarkozy fasse, pendant six mois, des pieds et des mains pour s’opposer à ces mesures qui donnent une image et une réalité à vomir de « l’espace européen » dont il sera le représentant suprême.

  6. En contre partie selon un article paru dans « Le courier des Balkans » (sur le net) l’Italie investit massivement en Albanie…
    La main droite ignore ce que fait la gauche

  7. Je vais passer pour un pédant mais la citation de Jefferson était :

    « Celui qui est prêt à sacrifier un peu de sa liberté pour plus de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre __et finit par perdre les deux.__ »

    Je crains qu’il n’ait raison.

  8. Le monde va où il est toujours allé,
    là où le fort profite du faible .
    Nous en sommes plus conscients et d’autant plus frustrés face à notre impuissance à changer le cours des choses.

    Les Rois de France et d’ailleurs ont toujours expulsés les juifs et les roms qui dérangeaient en raflant leurs biens au passage.
    Le truc rigolo avec ces communautés minoritaires pendant une grande partie du Moyen age, c’est de les réautoriser à s’installer dans le royaume au bout de quelques temps, en payant une taxe d’entrée bien sûr.

    Les accapareurs de grains et les trafiquants du blé hantent toutes les archives de l’Ancien Régime.
    Les boursicoteurs de matières premières n’ont rien inventé, c’est l’ampleur de leurs agiotages qui changent.
    Pas ce qui leur sert d’âme…

  9. @merci ti_cyrano
    j’ai écrit la citation de mémoire et je n’en étais pas complètement convaincue.
    je change illico presto

    par contre ton message était resté coincé, je ne sais pas pourquoi, sorry

    @la sardine
    tout à fait, rien de change dans les mentalités, mais ça devient de plus en plus rapide, décomplexé

  10. Loi italienne non abrogée,directive européenne scélérate qui va pousser à la création non de lieu de rétention,mais de camps de concentrations,note judiciaire sarkosienne sur ceux qui soutiennent les prisonniers ou étrangers en situation irrégulière assimilés à des terroristes,loi Hortefeux,même un aveugle comprend ou « ils » veulent nous emmener

  11. Il paraît que Pupa Garribba, juive recensée en’38 par le régime mussolinien, explique le sens de l’initiative de l’Aned:
    «Le jour où le camp sera fiché nous avons l’intention de nous présenter sur place et de donner aussi nos empreintes digitales. Il suffit de connaitre à
    avance la date du recensement»

  12. Encore une étape de franchie… On ne peut vraiment pas en être fier…
    L’Italie, la directive de l’Europe, cela prend une très mauvaise tournure…

  13. L’italie sous l’empire de la haine

    Il est inconcevable dans un Etat membre de l’UE qu’un groupe social spécifique soit visé par une mesure de collecte d’empreintes digitales.
    La gauche dénonce «un climat délétère qui alimente l’intolérance et la xénophobie», alors que la majorité sortie des urnes en avril a fait campagne sur la tolérance zéro contre l’immigration clandestine et que certains responsables, de la Ligue du Nord se sont laissés aller à des déclarations racistes.
    Il faut se souvenir que les mesures adoptées en 1938 à l’encontre des juifs (exclusion de certaines professions, interdiction des mariages mixtes…) ne résultèrent ni d’un diktat nazi, ni d’une pression émanant de la rue ou des milieux fascistes.
    A ce propos, je conseille vivment de revoir « Salò ou les 120 journées de Sodome » de Pier Paolo Pasolini.

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