Obama : l’histoire le dira

La foule en liesse se haussait du col pour recueillir une miette de gloire. Venus du fond des cœurs les hurlements de joie montaient d’un puissant élan vers les cieux dont le maître supposé avait été dûment remercié. Oh my god, bless America !

Sur les mânes d’Abraham Lincoln.
Porté par le souffle de Martin Luther King.
Barack Obama, né des amours d’un Kenyan et d’une Américaine, est devenu le grand chef de l’Amérique.

Des larmes coulaient, des rires fusaient, des inconnus se souriaient.
« Car nous savons que le patchwork de notre héritage est une force et non une faiblesse. Nous sommes une nation de chrétiens et musulmans, juifs et hindous et non-croyants. »

De Sioux, de Hopis, d’Apaches…

Dans les villes et les villages africains on se réjouissait de cet avènement, si bien présenté, si beau, qui donnait tant d’espoir.
« A tous les peuples et les gouvernants qui nous regardent aujourd’hui, depuis les plus grandes capitales jusqu’au petit village où mon père est né : sachez que l’Amérique est l’amie de chaque pays et de chaque homme, femme et enfant qui recherche un avenir de paix et de dignité, et que nous sommes prêts à nouveau à jouer notre rôle dirigeant. »
« Aux habitants des pays pauvres, nous promettons de travailler à vos côtés pour faire en sorte que vos fermes prospèrent et que l’eau potable coule, de nourrir les corps affamés et les esprits voraces.
»

En Europe aussi, on était ému, on avait envie d’y croire.
Son discours emportait :
« En ce jour, nous sommes réunis car nous avons préféré l’espoir à la peur, la volonté d’agir en commun au conflit et à la discorde. »

Sa voix se détachait sur la ferveur du silence, « Nous demeurons la nation la plus prospère, la plus puissante de la Terre. »
Ses compatriotes se rengorgeaient, n’étaient-ils pas les citoyens du pays de la liberté.

Les pauvres soupiraient de soulagement, enfin on allait penser à eux : « Mais cette crise nous a rappelé que sans surveillance, le marché peut devenir incontrôlable, et qu’une nation ne peut prospérer longtemps si elle ne favorise que les plus nantis. »

Et lui, l’homme que certains comparaient au messie, celui qui porterait désormais les espérances d’un peuple, et bien plus encore, celle d’un monde meilleur, à quoi pensait-il durant ces heures de gloire ?

L’Empire avait pour lui déroulé ses fastes. Il brillait de tous ses feux et son éclat rebondissait d’un point à l’autre de la planète, catapultant dans les oubliettes les médiocres dirigeants occidentaux, tellement antipathiques.
Comme l’était ce Bush qu’on ne revit jamais, qui disparut de nos existences, emportant avec lui son odieuse épouse et ses clébards poilus.

Le nouveau président, par contre, était sympathique, souriant, dépourvu de l’insupportable petit air méprisant qu’affichaient presque tous ses collègues européens, voire même internationaux. Michelle et lui échangeaient des regards tendres, rieurs, complices.

Le savait-il, qu’il n’était pas le messie et que nul ne l’est ni ne le sera jamais ? Que celui-ci n’existe que dans l’imaginaire ?
Que l’homme providentiel n’est qu’un fantasme qu’on propose aux peuples pour les dominer et les asservir ?

Avait-il conscience de la puissance mortifère de celles et ceux qui l’entouraient, le flattaient, l’avaient porté aux nues avec la même ardeur qu’ils mettraient peut-être un jour à l’écraser ? Etait-il déjà le complice des grands manipulateurs, donneurs de mort, de torture, de remontrances et de leçons ?
Le deviendrait- il ?
Ou réussirait-il à aider les plus pauvres, les plus désespérés de la planète à aller mieux, à aller bien ?

L’histoire l’écrirait.

Source des citations du discours d’investiture de Barack Obama

28 réflexions sur « Obama : l’histoire le dira »

  1. beaucoup d’américains, les plus pauvres prennent Obama pour un messie, il n’en est pas responsable, la pauvreté , la misère et la souffrance qu’engendre le racisme ont besoin de foi…
    il tente de s’en défendre, met en garde, appelle à la responsabilité collective, un homme seul, ne peut rien…il le sait bien
    sans attendre des miracles on peut attendre du mieux.

  2. @Anne

    « sans attendre des miracles on peut attendre du mieux. »
    oui, je le pense aussi, sans compter qu’on voit mal comment il pourrait être pire que son prédécesseur.

  3. On sait bien qu’Obama a fait très attention de ne pas choquer la profonde amérique. Je serais plus critique sur les choix de ses collaborateurs dont certains très à droite, voire pire.

    Tant que les intérêts US ne seront pas en contradiction avec ceux du reste du monde… on peut compter sur lui. Il est intelligent, lui…

  4. @jardin

    D’accord sur le choix des collaborateurs qui me rend peu optimiste, mais quand même, j’attends de voir la direction qu’il prendra avant de m’indigner, ou non.

  5. Les inégalités sont si importantes aux USA qu’il ne pourra pas faire de miracle. Espérons, tout de même, qu’il améliore les conditions de vie des classes populaires.

    Il est vrai qu’il faut garder la tête froide tant la présence de certaines personnes dans son équipe est inquiétante…

  6. Il risque bien d’ëtre pris par les événements et d’agir par obligation . Une hypothèse Gorbatchev, viser la réforme du système de l’intérieur et finalement le détruire.
    http://www.dedefensa.org/
    C’est un peu plus d’info sur ce site, faut foullier un peu..

  7. Le « battage médiatique » correspond quand même à un événement historique que l’on ne peut nier.

    Il y a des attentes… c’est cela qui est significatif : il y aurait eu des manques, avant ?

    Les premières décisions prises par Barack H. Obama vont dans le bon sens : discussions en cours sur le problème du Proche-Orient, fermeture programmée de Guantanamo, encadrement des salaires des collaborateurs de la Maison blanche, etc.

    Laissons lui un peu de temps au lieu, immédiatement, de gâcher l’espoir qu’il a su lever.

  8. Obama est homme mais aussi un symbole et il en joue très bien.
    C’est un prêcheur, presque un apôtre, il a su remuer les foules, redonner du courage et de l’espoir aux gens.
    Il est intelligent, bien dans sa peau, ouvert.

    Mais il est avant tout américain, c’est à dire pragmatique, messianique, aventurier et religieux.

    Mais il devra accompagner le déclin de l’Amérique… et lui servir de passeur pour un autre livre de son histoire.

    Le spectacle était grandiose, professionnel (sauf le bafouillage du juge), jusqu’à la scène finale de Ken et Barbie noirs dansant un slow sensuel mais néanmoins classieux. Mais dès potron minet, mise en scène dans une posture présidentielle de la signature de l’ordre de stopper les jugements de Guantanamo… un président au travail, entouré de pros de chez pro…

    Fascinant… ce n’est pas chez nous qu’on verrait ça…

  9. @Mohamed
    Je ne sens pas ce texte, je suis incapable de dire pourquoi exactement, ou je ne comprends pas, il me laisse une gène.
    Tu peux en dire plus sur le pourquoi de l’original ?

  10. @pas perdus
    « Espérons, tout de même, qu’il améliore les conditions de vie des classes populaires. »
    Il semble décidé à agir dans ce sens, pour une fois un président ne vient pas des couches supérieures de la société, sa grand-mère était ouvrière et même si il a étudié dans des universités très élitistes il a aussi trvaillé dans des quartiers défavorisés.
    Disons qu’il est, par ses origines, très loin de Bush, ou même très loin de Sarkozy enfant du XVI arrondissement.

    @yelrah
    merci pour le lien, les articles de dedefensa , sont généralement excellents (faut que je le mette dans la blogo 🙂

    @Dominique
    évènement historique, absolument!
    Je suis aussi d’avis d’attendre avant de critiquer, même si je déplore son silence pendant la guerre à Gaza.
    Par contre, comme tu l’écris ses premières décisions vont dans le bon sens.

    @Annie
    effectivement il devra accompagner le déclin de l’Amérique…lourde tâche car il risque de « payer » pour son archinul prédécesseur…et pas seulement!

    je suis peu friande de ces grandes manifestations de gloire même si je comprends ce qu’Obama représente pour le peuple américain et particulièrement pour les noirs et les plus humbles!

    ceci dit, c’est vrai que pour l’instant, par comparaison, la médiocrité de nos dirigeants, les Sarkozy, les Blair, les Berlusconi…saute aux yeux!

    @Marc
    wait and see en ouvrant un œil attentif

    @mohamed

    ce texte est beau et terrible…presque dérangeant

  11. @Yelrah

    Ce texte a été écrit à l’origine pour Nelson Mandela par Wole SOYINKA. J’ai substitué son nom par celui de Barack Obama.
    Il oppose au célèbre concept de négritude, fondé par Léopold Sédar Senghor, le concept de tigritude à propos duquel il dira « qu’un tigre ne proclame pas sa tigritude. Il bondit sur sa proie et la dévore. »

    Si j’ai choisi ce texte, c’est pour mettre en évidence que les intellectuels noirs sont divisés sur la question de l’identité et que le consensus des médias occidentaux autour de la personne d’obama traduit un retour du concept du « bon noir » tel que Sidney Poitier l’interprétait dans le célèbre film Devine qui vient dîner ?

    Wole SOYINKA, La terre de Mandela, éditi
    ons Belfond, 1989.

  12. @mohamed

    merci de cette très intéressante et pertinente précision!

    effectivement, l’idée du « bon noir » s’inscrit dans une vision colonialiste, les blancs restant quoiqu’il en soit supérieurs!

    loin, très loin , d’Aimé Césaire

  13. Je ne suis donc pas le seul à trouver ridicules, voire minables, les dirigeants de notre belle Europe ! Et ce qui m’amuse le plus, c’est de voir Sarko oublier Bush et s’apprêter à sympathiser avec lui.
    J’ai malgré tout mal quelque part à nous savoir, nous, une fois de plus à la traîne…
    Mais le plus important n’est pas le personnage d’Obama, pas plus que ne le fut celui de Martin Luther King. Ce qui nous transporte, c’est l’élan qu’ils ont tous les deux suscité, c’est ce désir d’agir et de changer.
    Obama ne fera sans doute pas de miracle, mais il arrive à point nommer pour rassembler les énergies qui se sont jusqu’à présent cherchées.

  14. Obama garde la distance polie et respectueuse des créoles, à mi-chemin de la négritude intégrale, que n’auraient pu avoir ni Luther King, ni Malcolm X.. peut-être l’élégant Miles Davies!?

    Obama est avant tout un politique formé à Harvard, ce n’est pas un Black Panther, sinon, il n’aurait pas été élu!!

    Il ne fait peur à personne, il en rassure beaucoup sur la capacité de régénération des USA, il restera politiquement correct, et en surprendra plus d’un, par son conformisme. Alors, est-ce qu’il peut vraiment apporter qqchose de nouveau, j’en doute…l’establishment US l’a déjà rattrappé par la manche, s’il avait cru pouvoir y échapper…, ce dont je doute.

  15. @Mohamed
    OK . Je voie mieux .
    « Tant que les gazelles n’auront pas leurs chroniqueurs les lions auront le beau role »
    Proverbe d’Afrique.

  16. @Michel

    « Obama ne fera sans doute pas de miracle, mais il arrive à point nommer pour rassembler les énergies qui se sont jusqu’à présent cherchées. »

    espérons que cet élan ne sera pas superficiel, qu’il saura aussi résister aux désillusions.

    @vieil anar

    « Alors, est-ce qu’il peut vraiment apporter qqchose de nouveau, j’en doute… »

    l’avenir le dira, pour l’instant, ses toutes premières mesures sont positives: Guantanamo, la fermeture des prisons secrètes de la FBI et l’affirmation de son engagement à défendre le droit des femmes à l’avortement.

    Mais bon, faut voir!

    @yelrah

    très belle citation, tellement juste !

  17. il doit son statut de Messie à la gravité exceptionnelle de la situation économique, et aussi à la nullité de Bush et à celle de Mc Cain. Je pense que ça a aidé aussi à sortir une personnalité comme lui, comme ça aurait pu faire sortir une femme. Le pays était tellement en attente, désespéré, qu’il fallait vraiment une personne qui présentait une vraie différence avec le prédecesseur. C’est fait. Maintenant je pense que ça va retomber et que les gens vont le voir comme un homme très capable, volontaire, etc. mais moins comme un ‘faiseur de miracles’ … enfin c’est ma perception des choses en tous cas.

  18. @Emelire

    « Maintenant je pense que ça va retomber et que les gens vont le voir comme un homme très capable, volontaire, etc. mais moins comme un ‘faiseur de miracles’ … enfin c’est ma perception des choses en tous cas. »

    je la partage.
    heureusement, car l’idée irrationnelle d’un « faiseur de miracles » est contre-productive: on attend tout de quelqu’un et on ne fait rien soi-même, alors que la bonne marche de l’humanité est entre les mains de toustes, ou plutôt, devrait l’être.

  19. Bonjour Celeste,ça faisait longtemps!

    Il y a une phrase qsui me fait frémir »nous sommes prêt à jouer notre rôle dirigeant »déja là je commence à me méfier!
    Et la je dis ce que je pense

    http://www.lepost.fr/article/2009/01/21/1395193_obama-quel-changement_1_0_1.html

    Et dire aussi que je jugerais sur les actes et non sur les paroles.
    On a été tellement souvent floués que ça me semble plus raisonnable.
    Et pour avoir cru en son temps au père noël moscovite,j’ai du mal à croire au père noël états-unien.
    Comme d’autre je pense qu’il est coulé dans le moule WASP,même si il n’est pas blanc.
    Le seul vrai changement ne concerne que les USA,un noir élu à la présidence fait reconnaitre la moitié de la population.Et ça s’arrête la.
    Après on verra à l’usage!

  20. Vraiment je ne comprends pas trop cet interet pour cette élection…cet effet d’intox de toute la bonne presse…Vraiment je m’en fous completement de sa couleur de ses origines…Dans 3 mois plus personne n’en parle et tout continu exactement pareil…Et puis je ne peux m’empecher de penser que si il a gagné c’est tout simplement parce qu’il disposait d’un maximum de fric et donc du maximum de visibilité.Maintenant reste a savoir ce qu’attendent ceux qui ont « misé » sur la marque Obama …Question couleuvres fandrait éviter de s’endormir la bouche ouverte…En gros : ca m’énerve!!!

  21. @Jean Claude
    ”nous sommes prêt à jouer notre rôle dirigeant”

    Cette phrase, s’accorde parfaitement avec celle d’Hilary Clinton
    “L’Amérique ne peut résoudre seule les problèmes les plus pressants du monde et le monde ne peut pas les résoudre sans l’Amérique”

    La logique reste impérialiste, aucun doute la-dessus!
    Tout ce qu’on peut souhaiter, c’est plus d’humanisme, plus de justice, moins de guerres.

    Mais un bouleversement total, non!

    moi je n’ai jamais cru au père noël, ni moscovite, ni autre chose…

    mais j’aime bien la conclusion de ton billet sur le post:
    « Les peuples ne peuvent compter que sur eux même pour changer »

    @Dom

    c’est vrai que cette investiture a été hyper médiatisée, d’une façon presque indécente, imagine ce que cet hymne à la gloire de l’Empire a pu coûter!
    c’est aussi cela que je voulais souligner dans mon billet: tout ce fric, toutes ces attentes.

    Il y a pour moi dans tout cela une dimension tragique, c’est pourquoi j’ai écrit ce billet et que j’ai utilisé l’imparfait, plus solennel, plus mystérieux.

    Je crois que cette investiture aura été le dernier soubresaut glorieux de l’empire.

    Désormais tout va s’écrouler, par pans entiers, inexorablement, entrainant l’Europe dans la chute (probablement aussi la Chine, le Japon, la Corée).

    l’Inde devrait être moins touchée, le pays est encore très rural, il y a énormément de petites, toutes petites entreprises, de petits ateliers, de petits commerces, et surtout les modes de vie et les mentalités sont différents.
    Les Indiens savent encore vivre de peu, et l’attention qu’ils accordent aux biens matériels, même si elle s’est accrue ces dernières années, reste bien inférieure à la nôtre.
    autrement dit, quand les occidentaux crèveront de frustration et de manque devant des magasins vides, les Indiens (et pas seulement eux, les Africains, les Indonésiens aussi) s’en accommoderont et trouveront des solutions alternatives.

  22. Chère Celeste,

    « De Sioux, de Hopis, d’Apaches… »

    Et oui.
    Aussi.
    Et même avant tout (et tous les autres).

    Nous ne sommes pas nombreux, je crois, à avoir fait remarquer cet oubli malheureux et significatif.

    Une autre chose dans le discours d’Obama m’avait fait dresser l’oreille :
    « Nous ne nous excuserons pas de notre mode de vie, de même que nous ne vacillerons pas dans sa défense »

    Cela rappelle en à peine plus « soft » ce que déclara George Bush père au premier sommet de la Terre en 1992 « le mode de vie des américains n’est pas négociable ».

    Pas forcément réjouissant a priori, mais la prise en compte de l’impact écologique, au moins dans le discours, est déjà un mieux par rapport au fils Bush qui avait carrément boycotté le sommet de la Terre de 2002.

    Comme disent les anglo-saxons: « Time will tell ».

    Arf !

    Zgur

  23. salut Zgur 🙂

    “Nous ne nous excuserons pas de notre mode de vie, de même que nous ne vacillerons pas dans sa défense”

    cette phrase là m’a frappée aussi, cette affirmation de ne devoir rien changer, et dans quel domaine? l’écologie et tous les dégâts qu’occasionnent la société de consommation?
    ou les mœurs qui peuvent être, qui sont, critiqués par les religieux?

    enfin, quoiqu’il fasse, c’est pas nous qui l’auront invité 🙂

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