Berlusconi, l’homme qui plaisante sur les desaparecidos

« Ces Messieurs de la gauche, ils ont dit de tout sur moi. Que je suis l’ogre d’Arcore, que je suis comme Hitler et Mussolini, que je suis comme ce dictateur argentin qui, pour éliminer ses opposants les mettait dans un avion avec un ballon, et ouvrait ensuite la porte en disant: ‘c’est une belle journée dehors, allez jouer un peu».
A déclaré Silvio Berlusconi, content de lui et gesticulant du haut de sa tribune, devant deux mille personnes assistant à son show du palais des sports de Cagliari, le 13 février.
Et la salle de s’esclaffer !

Là bas, en Argentine, les mères de la Place de Mai n’ont pas ri.

Au pouvoir de 1976 à 1983 la dictature militaire argentine a éliminé 30 000 personnes, torturé, massacré. Les soutes des avions ont craché dans l’immensité de l’océan des hommes et des femmes artificiellement endormis que leurs proches ont ensuite cherché pendant des années.

Pfffff ! « C’était une blague », a d’abord rétorqué le gouvernement italien quand, de l’Argentine, est monté un légitime cri d’indignation.
« C’est un grand malentendu. Le Président du conseil voulait justement souligner l’atrocité des crimes commis contre les dissidents et la tragédie des desaparecidos pour expliquer à quel point il est se sent offensé et insulté par ses opposants quand on le compare aux dictateurs. »
Le quotidien argentin Clarin ayant ensuite  titré : « Berlusconi, macabre avec les disparus » le gouvernement italien s’est empressé de poser son cador en victime en parlant « d’attaque calomnieuse ».

Il n’empêche que  ce soir là, à Cagliari, la salle a ri, et Berlusconi, patelin, a ajouté le sourire aux lèvres : « Ça fait rire, mais c’est dramatique ».

Or malheureusement Berlusconi n’est pas seulement un mauvais comique mais aussi et surtout l’homme qui dirige un grand pays occidental, l’Italie.

Il est aussi l’homme qui veut priver les clandestins de soins médicaux, l’homme qui maintient des centaines de migrants dans des conditions inhumaines au centre de Lampedusa, l’homme qui prône la délation, qui ment, qui triche, qui dépossède les femmes de leurs droits à l’avortement, qui attaque la Constitution italienne, qui détient les principaux médias et se joue de la justice.
L’homme qui en 2003 dans une interview à l’hebdomadaire britannique The Spectator et au quotidien La Voce di Rimini avait déclaré que « Mussolini n’a jamais tué personne! Tout au plus, il se contentait d’envoyer des opposants en vacances… »

En plaisantant sur l’ignoble sort des desaparecidos, il en minimise l’horreur, la rend anecdotique.

Ce n’est certainement pas fortuit,  banaliser l’horreur est une tactique qu’il utilise depuis  longtemps.

Toujours en 2003, lors de sa présidence de l’Union européenne, au député allemand  Martin Schulz qui l’attaquait, à juste titre, sur sa probité, il avait rétorqué : «Je sais qu’en Italie il y a un producteur qui est en train de monter un film sur les camps de concentration nazis. Je vous proposerai pour le rôle de kapo. Vous êtes parfait».

Ce faisant il flatte les plus bas instincts de son électorat et ça marche, la victoire tristement éclatante de son parti aux récentes élections pour la présidence de la Sardaigne en est la preuve.
Un récent sondage de l’IRPEF indique que sa cote de popularité s’élève à 55%.

On peut aussi penser que, afin de juguler des mouvements sociaux que la crise économique actuelle ne manquera pas de provoquer, il habitue l’opinion publique qui lui est favorable à l’avènement de la répression, rendue banale, « normale ».

Et la dictature, sournoisement, s’installe.

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