Saboter les mots, trahir les idées, réprimer

Telle est la ligne politique actuellement suivie en Italie et en France.

Vous pensez que j’exagère ?
Alors je vous rappelle que Julien Coupat, malgré la décision  d’un juge des libertés et de la détention, est emprisonné, sans inculpation, depuis 100 jours.

Julien Coupat, pourrait-être vous, votre fils, votre amant.
Désormais, quiconque parmi nous a le malheur d’attirer sur lui, volontairement ou non, l’ire présidentielle peut se retrouver enfermé dans les geôles de l’état pour une durée indéterminée.

Assiste-t-on pour autant à de fortes manifestations de soutien ?
Son cas est-il en première page des journaux ?
Que nenni, d’autres arguments accaparent l’attention des gratte-papiers qui conchient chaque jour les colonnes de la presse dominante avec leurs articles sournoisement favorables au pouvoir.

En Italie, la répression se fait chaque jour plus présente, après l’attaque à la Constitution lors de la triste affaire Eluana, la suppression de la gratuité des soins aux clandestins, l’incitation à la délation et les multiples détournements berlusconiens, soi disant « humoristiques », de dramatiques évènements passés, voilà que l’Etat fait appel aux civils pour organiser des « rondes citoyennes ».
Ces dernières, souvenons-nous, étaient dans les années trente, effectuées par des individus en chemises noires.

Un autre épisode, que je suis de près car il concerne mon compagnon, est à mes yeux extrêmement significatif de la mise en place d’un régime totalitaire.

Il y a deux semaines, les enseignants de l’école Longhena de Bologne, n’obéissant pas à une loi, par ailleurs pas encore en vigueur, qui leur enjoignait d’évaluer leurs élèves avec des notes et non des appréciations, avaient choisi, symboliquement, d’attribuer 10 à tous les enfants.

Une broutille à l’échelle d’un pays où tous les autres enseignants, non seulement ont obtempéré mais ont décerné une effarante quantité de notes négatives, particulièrement en conduite, à tel point que les parents, consternés, se sont lamentés.

Vilipendés par les journaux, violemment attaqués par la ministre en personne qui réclame des sanctions et leur a envoyé un inspecteur chargé de les interroger un à par un, accusés de sabotage par leur hiérarchie, et malgré le soutien actif de l’ensemble des parents d’élèves, ils sont maintenant attaqués en justice.
Un député du PDL vient de les dénoncer au procureur  qui s’est empressé d’ouvrir un dossier; les motifs  de l’attaque n’ont pas été dévoilés.

Autrement dit, dans l’Italie d’aujourd’hui,  un acte aussi ridiculement mineur que refuser de noter des gamins de primaire est assimilé à du sabotage et mérite une action en justice.

« La sémantique au service d’une politique totalitaire » a écrit récemment Agathe à la suite du précédent billet et la formule est hautement pertinente.

Depuis des années, les politiques, les publicitaires, tous les suppôts de l’ultra libéralisme ont consciencieusement détourné les mots de leur sens, en ont affadi les concepts, les ont ridiculisés ou se les sont appropriés.

Non, une bagnole, n’est pas révolutionnaire, une bagnole c’est une bagnole, un objet qui sert à se déplacer, rien de plus, rien de moins !

La révolution, c’est autre chose !

Et non, Monsieur Sarkozy, le travail ne libère pas. Bien au contraire, dans sa forme actuelle trop souvent il enchaine, il tue, il blesse ou conduit à la dépression.

Le même Sarkozy qui n’a pas hésité à exploiter honteusement la mort de Guy Mocquet, afin de s’approprier les idéaux des résistants.

L’heure est grave, si nous ne régissons pas, bientôt, en France comme en Italie et sans nul doute ailleurs, les peuples se diviseront.
Ceux qui manifestent déjà de graves penchants à la délation, à l’exclusion, au mépris, à l’individualisme forcené rallieront les pouvoirs en place.
Les chiffes molles courberont l’échine en regardant le bout de leurs pantoufles et prieront (vainement) pour que la répression les contourne.
Les autres lutteront, chacun avec ses armes (écriture, manifestations, désobéissance civile, résistance passive ou non) pour la liberté, la justice, l’humanité.

J’ai déjà choisi mon camp.

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