Italie : la recherche piétinée

« La ricerca calpestata », la recherche piétinée, c’est le message qu’ont voulu délivrer les chercheurs italiens, samedi 29 novembre, sur la piazza Maggiore de Bologne.

« Nous sommes des femmes et des hommes, jeunes ou moins jeunes, précaires, chercheurs, techniciens, employés de l’administration, travailleurs à temps déterminé, boursiers, doctorants, collaborateurs, nous sommes celles et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, vivent de la recherche publique et la font vivre.

Nous sommes celles et ceux qui se donnent du mal pour expliquer ce que veut dire faire de la recherche scientifique, ce que cela signifie en termes de retombées sur la vie de tous les jours, en termes de passion, en termes de difficultés dans le travail, en termes de perspectives pour le futur.

Et nous sommes celles et ceux qui se sentent piétinés, dans leurs droits, dans leurs attentes, dans la considération et l’importance qui sont apportées à leurs travaux ».

Iacopo, chercheur en physique nucléaire

En tapissant la place de 1865 photos d’eux-mêmes que toute la journée les passants ont foulées de leurs pieds, ils ont voulu exprimer leur colère et leur inquiétude face au peu de cas, c’est le moins qu’on puisse en dire, que, depuis des années, l’Etat italien accorde à la recherche.

Dans sa grande entreprise de destruction de l’enseignement public, la Ministre Gelmini, obéissant à Berlusconi, son chef, non contente d’avoir sauvagement attaqué l’école élémentaire, pourtant considérée comme une des meilleures d’Europe, les collèges, les lycées et l’Université a aussi décidé de diminuer les fonds destinés aux laboratoires expérimentaux et d’encore plus précariser celles et ceux qui ont choisi de se consacrer à la recherche.

A la recherche des fonds perdus

Sur la place l’ambiance était joyeuse. Les chercheurs avaient organisé des expériences scientifiques pour les petits et les grands, ils ont tenu des colloques, répondu aux questions, distribué du thé et du vin chaud. La Banda Roncati, un groupe de copains musiciens, qui participe allègrement à toutes les manifestations qu’organise la gauche bolognaise, est venue apporter son grain de sel.

L’originale manifestation de samedi était due à l’initiative du CNR et de l’INAF (institut national d’astrophysique). Le but était de sensibiliser l’opinion publique sur le piètre état actuel de la recherche publique.
Sensibiliser, mais aussi expliquer à quel point les enjeux sont importants, au-delà de la précarité dont les chercheurs, comme beaucoup d’autres Italiens, sont les victimes.

En Emilia-Romagna, environ 40% des employés des centres de recherche ont des contrats à durée déterminée, qui ne leur accordent que peu de droits. Certains s’accommodent depuis des années, parfois plus de vingt ans de cette situation, d’autres, comme Emanuele, chercheur à l Université de Leicester, ont choisi de travailler ailleurs.
Parce que, dit-il « En Italie, je n’ai pas la possibilité de faire ce que j’aime, en étant proche des personnes que j’aime ».

Quand la recherche publique, dont les découvertes ont considérablement amélioré nos conditions de vie dans une infinité de domaines, est délaissée, la recherche privée prend le pas.
Et, suivant ses propres buts, commercialise, destine aux nantis des progrès dont tous devraient bénéficier.

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