Conditionner, diviser, diaboliser, réprimer

« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans » écrivait Rimbaud quand il en avait seize et que, déjà, Charleville lui semblait trop étroite.

L’adolescence est le passage qui mène de l’insouciance de l’enfance au sérieux de l’adulte. Peu à peu, chassé par les contraintes, l’enfant s’efface et avec lui, la légèreté.

Tu seras une femme ma fille, tu seras un homme mon fils. Tu seras partie prenante de ce monde que nous, les adultes, avons créé à notre image et qui ne te ressemble pas car la fougue et les incertitudes de notre jeunesse, nous les avons oubliées, nous les avons reniées.
Afin que tu rentres dans le moule que nous avons construit pour toi nous allons te contraindre, briser tes élans, canaliser ta sève : travailleur ou soldat, parent car il faut bien que l’humanité se reproduise, consommateur pour que le marché t’entraine dans ses engrenages infernaux, bouc émissaire si le pays va mal.

Nous te conditionnerons !

Et nous serons sans pitié, la loi du marché et la survie de la suprématie de certains l’exigent et puis tu as épuisé le capital sympathie que parfois t’apportait, il y a encore si peu, ton statut d’enfant.
Sache que désormais tu devras te conformer à nos injonctions.

Chacun à sa place, les riches avec les riches, et la racaille avec la racaille.
Pas de chance pour toi si tu es né dans le camp de ceux dont les parents sont venus en France quand le fier hexagone avait besoin d’exploiter la force de  leurs bras. Pour rejoindre les beaux quartiers et les emplois bien rémunérés tu devras être excellent, meilleur que les autres et surtout, gommer les différences.
Des gouvernements de couleurs politiques variées ont  laissé croire à tes parents que tu aurais les mêmes opportunités que tous les autres petits français de ton âge et bien, comme tu as pu le constater, ce n’était pas vrai !
Jeune fille, ne t’avise surtout pas de cacher tes cheveux sous un foulard car on t’accusera d’afficher ta religion, de revendiquer ton identité et des esprits obtus et teigneux s’en sentiront agressés. Tu ne pourras plus avoir accès à l’école et des « fashion victim » te reprocheront haut et fort d’être une femme soumise
Jeune homme, accepte sans broncher que tes perspectives de futur aient peu de chance de dépasser le parking de ton immeuble, sois obéissant, soumis et reconnaissant, respecte l’ordre du pays qui a « accueilli » tes géniteurs même si celui-ci t’ignore.

« Ainsi, sans passé autre que celui de la France, terre d’accueil, les enfants des immigrés – qu’ils soient « maghrébins », portugais, des pays de l’Afrique subsaharienne ou turcs importe peu – sont assignés à une autochtonie, un « être français », qui les met en apesanteur nationale. Car ils ne voient pas trace de cet « être français » dans leur vie sociale où flotte le risque permanent d’être discriminé socialement sur des bases ethniques et culturelles, moins encore dans leur vie familiale qu’il leur faut transformer, assimiler ou abandonner.»
Nacira Guenif Souilanas « Des beurettes aux descendantes d’immigrants nord-africains »

Pire, maintenant que la France va mal, on te diabolise, tu es devenu le nouveau barbare.

Au-delà de la religion, tu as enfin trouvé à la mosquée un lieu fraternel et paisible et tu t’es parfois laissé charmer par des discours radicaux.
Mal t’en a pris car cette foi qui te rassures et que tu arbores comme un étendard te sépare encore plus du reste de la société française. Rétrograde pour rétrograde, tu aurais été mieux inspiré en rejoignant les rangs des intégristes catholiques qui eux ont pignon sur rue et n’effraient pas les âmes sensibles.
Au nom de la laïcité et du « féminisme d’état » prôné par le gouvernement, l’Islam que tu pratiques et qui est majoritairement modéré, se retrouve accusé des pires maux : obscurantisme et sexisme.

Encore une fois, tu n’es pas dans le bon camp :

« Que ce soit sous la forme d’une racaille in civilisable laissant libre cours à ses pulsions machistes et ethniques, ou sous la forme encore plus pernicieuse d’un néo communautarisme islamique, le « garçon arabe » est construit comme un corps triplement étranger à la modernité: étranger à la modernité laïque, individualiste et rationnelle; étranger à la modernité républicaine, jacobine et à l’ethnicité française; étranger à la modernité féministe, égalitariste et à la féminité post féministe.
Le clivage a l’avantage de la simplicité et de la clarté et explique les raisons d’un tel consensus pro féministe: d’un côté la modernité, le progrès, l’égalité, la République. De l’autre, la tradition, la régression, l’inégalité, le communautarisme. En d’autres termes, l’axe du bien contre l’axe du mal.
». Nacira Guénif-Souilamas

Au lieu de mener une politique sociale équitable qui t’aurait permis de vivre paisiblement dans une société harmonieuse on a préféré t’isoler, te discriminer, monter en épingle tes rebellions, te pousser sournoisement vers la délinquance et te faire porter le chapeau de l’insécurité.

Désormais tu fais peur et l’on doit te combattre, toi et tous ceux dont l’état estime, sans bien sûr s’autoriser la moindre autocritique, que vous êtes « désocialisés ».

On va donc vous ficher encore un peu plus, sanctuariser les écoles et créer une de peine de trois ans d’emprisonnement « pour participation en connaissance de cause à un groupement, même formé de façon temporaire, poursuivant le but de commettre des atteintes volontaires contre les personnes ou contre certains biens« . Le délit de mauvaise fréquentation n’est pas loin car « Appartenir à une bande doit être un délit » a déclaré le président.

Conditionner, diviser, diaboliser et réprimer les nouvelles générations tel est le cruel et irresponsable credo Sarkozien, un mec, qui rappelons-le, avait comme slogan électoral : « Ensemble, tout est possible ! »

A lire sur le site Basta: la longue marche des jeunes maghrébins

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