Italie: des gens et des chiffres, drame en deux actes

Acte 1
C’est dans une grande et belle maison, une soirée à prétention caritative. Il s’agit de convaincre une cinquantaine d’individus de la riche Bologna « per bene », de se délester de quelques euros au profit d’une association caritative qui agit auprès des populations pauvres d’un pays émergeant.
Une fois dégustée la première coupe champagne, les tableaux d’un jeune peintre soutenu par l’association sont vendus aux enchères.
Naïfs et imparfaits, ils n’ont pas grand succès et malgré la richesse évidente des participants les enchères, menées parmi les plaisanteries, ne s’élèvent pas au-delà de 50 euros.
Puis arrivent les choses sérieuses : une vente de sacs à main de luxe.
Il se trouve que quelque part à Bologne vit une femme qui n’aime que les sacs. Elle en  a tellement qu’elle ne sait combien elle en possède, plusieurs centaines nous dit-on. Chacun ayant coûté environ 1000 euros, parfois plus, parfois moins.
Ne sachant plus où entreposer ces merveilles la dame a décidé de s’en défaire.
En les donnant à l’association ?

Non, n’exagérons rien.
Vingt sacs ont été expertisés. La dame empochera le prix déterminé par des spécialistes en sac à main de luxe et, sur chaque vente, l’association gagnera 100 euros.
Ce qui nous met chaque sac à environ 450 euros (quand même !).

A cette annonce, les dames de la soirée qui ont mollement assisté à la vente précédente, un sourire condescendent sur leurs lèvres gonflées de botox, soudainement métamorphosées en perruches avides s’agitent et s’extasient, comparent, tâtent, flairent et alignent les biftons.
Le salon s’emplit de leurs rires et de leurs piaillements joyeux.

Acte 2
C’est ce matin dans la presse les conclusions de l’Istat sur le sort des Italiens.
Le rapport est désolant : vieux, sédentaires et pauvres.
Un pays inquiet, sans futur.
En un an la perception positive que chacun a de ses propres conditions de vie a chuté de 8%. Seulement 43,7 % des Italiens sont satisfaits des leurs, en 2001, ils étaient 64,1%.
Grâce aux étrangers vivant en Italie (et dont certains partis politiques critiquent violemment la présence) le taux de natalité a augmenté de 0,2%, ce qui est insignifiant au regard du vieillissement de la population : un Italien sur cinq a plus de 65 ans (dont 5,3% plus de 80 ans).
Ce qui fait de l’Italie le pays d’Europe où la population est la plus âgée.
Parallèlement, indique l’Istat, le nombre de suicides a augmenté de 5,3%, celui des homicides de 3,3 % et celui des violences sexuelles de 12%.

A ces chiffres alarmants on peut ajouter le rapport de la Caritas (confédération internationale d’organisations catholiques) paru récemment et qui affirme que 15 millions d’Italiens ne mènent pas une vie décente.
15 millions de personnes, c’est un quart de la population.
Pire encore, 7,5 millions des habitants de la péninsule, vivant majoritairement dans le sud, doivent se contenter de moins de 500 euros par mois, ce qui les situe en dessous du seuil de pauvreté.

Sans surprise, le système de protection social italien et le plus inefficace d’Europe.

« C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches. »
Victor Hugo

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